Le dimanche perdu
L’éditeur Aventuriers d’Ailleurs continue d’explorer l’œuvre de la roumaine Ileana Surducan avec le Dimanche Perdu, un conte en one shot déjà paru aux Aventuriers de l’Étrange en 2021.
Nina en a marre. Le lundi, elle doit aider à l’entretien d’un immense jardin. Le mardi, il faut remonter ces satanées horloges qui ne sont jamais à l’heure. Le mercredi, c’est préparation des plats pour nourrir tout le village. Le jeudi, il faut travailler sur des expériences scientifiques qui ne sont jamais parfaites. Le vendredi c’est réparation des maisons, alors que le samedi Nina participe au tri des déchets. Et le dimanche ? Et bien, il n’y en a pas, le lundi suit le samedi ! Ou plutôt il n’y en a plus depuis qu’une sorcière le retient prisonnier au fond d’un puits. Et comme Nina en a marre, elle décide de descendre le libérer.

© le Dimanche perdu – Ileana Surducan – Aventuriers d’Ailleurs, 2026
La chanson du dimanche
Comme l’indique le court mais passionnant dossier en fin d’album, le Dimanche Perdu suit le chemin de nombreux contes traditionnels du monde entier. L’amateur de ce genre littéraire retrouvera dans le texte d’Ileana Surducan tout ce qui en fait la saveur : une jeune héroïne dont la gentillesse et la générosité cachent une détermination sans faille. Trois traits de caractères qui seront déterminants pour sa quête. Certes Nina n’est pas une protagoniste originale mais elle en remplit à merveille la fonction et l’autrice parvient à la rendre attachante dès les premières pages.

© le Dimanche perdu – Ileana Surducan – Aventuriers d’Ailleurs, 2026
Ce qui est moins habituel, en revanche, c’est le soutient dont bénéficie Nina de la part des autres villageois. Loin de l’héroïne isolée, elle est en effet encouragée dans sa détermination à libérer le Dimanche. Il n’en reste pas moins qu’elle devra se débrouiller seule une fois dans le puits. Et même pire, elle sera même ralentie par une autre jeune fille qu’elle y croisera, lui ressemblant physiquement mais à son opposé au niveau du caractère et des valeurs. Cet effet miroir est l’un des moteurs de l’intrigue accentuant l’aspect conte de celle-ci.

© le Dimanche perdu – Ileana Surducan – Aventuriers d’Ailleurs, 2026
Le récit est construit par des étapes que Nina devra franchir pour atteindre son but, fonctionnant là aussi comme un reflet du monde de la surface, les péripéties d’en bas rappelant les jours de la semaine d’en haut. Un procédé malin qui rythme efficacement le récit jusqu’au terme de son aventure. La figure de la vieille sorcière est une antagoniste traditionnelle des contes, il est donc assez logique de la retrouver dans le Dimanche Perdu, même si Ileana Surducan s’amuse avec les codes du genre pour ce personnage.

© le Dimanche perdu – Ileana Surducan – Aventuriers d’Ailleurs, 2026
Le lundi au soleil
Pour moderniser son récit, Ileana Surducan convoque, ironiquement, la figure incontournable des contes : le Loup. Dans le Dimanche Perdu, l’animal ne rode pas, affamé, dans les bois, il donne corps aux jours de la semaine, une allitération par journée, se nourrissant du labeur des villageois. Une idée qui fait mouche à la fois narrativement et visuellement. Il faut dire que, graphiquement, le Dimanche Perdu ne manque pas d’idées originales et abouties. À l’image des œuvres précédentes d’Ileana Surducan, telles Trésors, Songes et Souvenirs ou les Vacances de Nor, le Dimanche Perdu brille par sa générosité visuelle. Avec son trait si particulier et une liberté de mise en scène sans borne, l’autrice réalise des planches superbes qui sortent des sentiers battus.

© le Dimanche perdu – Ileana Surducan – Aventuriers d’Ailleurs, 2026
Ainsi Nina est régulièrement multiple dans une même case pour marquer son avancée. Ileana Surducan joue également avec les valeurs d’échelles pour illustrer les émotions ou les ambiances. Elle s’amuse aussi beaucoup à tordre les bâtiments dans des lignes courbes absurdes, avec les gaufriers, tantôt classiques, tantôt déformés ou même « explosés » pour marquer le rythme ou le danger… Le dessin colle parfaitement au ton du récit, alternant moment sombres et folie du conte, de même que les couleurs, parfois très sobres, et d’autres fois radicalement lumineuses.

© le Dimanche perdu – Ileana Surducan – Aventuriers d’Ailleurs, 2026
Entre conte traditionnel et récit résolument moderne, le Dimanche Perdu démontre encore le talent de sa créatrice et le vivier insoupçonné qui imprègne le Neuvième Art d’Europe de l’Est. Sur les cendres des Aventuriers de l’Étrange, Bamboo a fait naître les Aventuriers d’Ailleurs dont le catalogue regorge de pépites. Tout comme sa sœur Maria, Ileana Surducan en est une des parfaites représentations avec cet album drôle, captivant, intelligent et graphiquement superbe.
Une chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

© le Dimanche perdu – Ileana Surducan – Aventuriers d’Ailleurs, 2026
Informations sur l’album :
- Scénario : Ileana Surducan
- Dessin : Ileana Surducan
- Couleurs : Ileana Surducan
- Éditeur : Aventuriers d’Ailleurs
- Date de sortie : 25/02/2026
- Pagination : 72 pages en couleurs

© le Dimanche perdu – Ileana Surducan – Aventuriers d’Ailleurs, 2026
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