Les fictions, et particulièrement la bande dessinée, transforment certains paysages ou certains personnages, pour mieux enthousiasmer le public. Par le biais de scénarios mordants, ironiques et non conventionnels, le cadre et les protagonistes des intrigues peuvent se retrouver à l’opposé de ce que l’imaginaire collectif aurait pu attendre. C’est le cas dans Tropicana, tome 2 de la série Havana Split, où le Cuba de la fin des années 50 devient une opérette sur-rythmée et où les personnages – en particulier les femmes – ont un comportement détonnant.

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©Dupuis, 2026 – Havana Split tome 2 : Tropicana – Brrémaud, Vic Macioci

1958. Cuba vit sous le choléra de la dictature corrompue, avant de connaître la peste communiste castriste. C’est sur cette île, paradisiaque pour les riches mafieux, terre à bannir pour beaucoup d’autres, que Lily était venue revoir Valdès, son père. Malheureusement, rien ne s’est passé comme prévu, le paternel s’est fait enlever et la fille s’est retrouvée en cavale avec les associés du malheureux, John et José. Pour cette petite équipe, la seule solution pour retrouver Valdès a été de kidnapper Concepción, la « fiancée » de Don Ernesto, un ponte ultra puissant de la mafia locale. Mais qui dit « affront à la mafia » dit « gros danger », surtout sur ce territoire cubain où on ne sait plus vraiment où est l’autorité, qui dirige quoi et si le régime est bien pérenne. Et quand les amis de Don Ernesto lâchent « El Torturador » aux trousses de Lily, la pagaille s’installe définitivement et en sortir indemne relève de la gageure.

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©Dupuis, 2026 – Havana Split tome 2 : Tropicana – Brrémaud, Vic Macioci

Quand c’est trop, c’est Tropicana

Après un premier tome mené au pas de charge, le scénariste Brrémaud continue sur le même rythme, pour ce deuxième opus d’une série qui, décidément, opte pour le déjanté assumé. En se fondant sur l’intrigue initiée dans le tome précédent, Tropicana est construit comme une immense chasse à l’homme (et, surtout, à la femme) où tous les protagonistes, qu’ils soient mafieux, américains, cubains, innocents (y en a-t-il vraiment ?) ou coupables éhontés naviguent dans une histoire qui les dépasse. Dès lors, pour comprendre un peu l’histoire, et la suivre comme on peut, le lecteur se doit de suivre les conseils donnés par les personnages mêmes de la BD : « C’est fou ce qu’un plan considéré comme génial par tous peut très vite s’avérer totalement ridicule » et « À votre place, je suivrais les mouvements de troupes… C’est pas con ! ». Car dans Tropicana, tout est ultra rapide. Le scénario est un joyeux foutoir dans lequel on déambule à vitesse grand V, quitte à aller parfois un peu vite, sans vraiment tout comprendre. Dans cet opéra un peu loufoque où tous les personnages ou presque sont troubles, doubles, on ne sait plus vraiment qui est qui, qui veut quoi et où va l’intrigue jusqu’à la surprise finale. Le ton est très ironique, souvent agréable, et très clairement entraînant, de sorte que le lecteur, même s’il peut parfois (souvent ?) être un peu perdu, a de fréquents bons moments de lecture et des sourires presque continus. Ça castagne, ça virevolte, ça déménage, ça trahit, ça surprend, ça valdingue et ça mord, tout ça pour – dans une forme ubuesque, tellement poussée à l’extrême qu’elle s’en trouve à la longue, lassante – faire revivre les thèmes éternels que sont l’amour, la mort, la violence et l’oubli, sans oublier la guerre des gangs. À noter que Tropicana propose une innovation dans sa forme : en fin de volume, le lecteur pourra y retrouver une planche alternative « pour les âmes sensibles » d’une page s’étant terminée dramatiquement. Espérons que cette initiative s’accroche à l’ironie continuelle du scénario de Brrémaud et ne soit pas amenée à être pérenne dans les bandes dessinées…

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©Dupuis, 2026 – Havana Split tome 2 : Tropicana – Brrémaud, Vic Macioci

Une atmosphère ultra pressée

Pour mettre en images un scénario rocambolesque en diable mené tambour battant, il fallait un dessin énergique et sortant du cadre et, à cet égard, Vic Macioci produit un travail tout à fait adéquat. Sa performance est à l’image de l’histoire de Tropicana: déjantée, allant un peu dans tous les sens et dans une débauche d’énergie pouvant sembler non maîtrisée (en apparence seulement ?). À voir la carrure des personnages, leurs proportions, la grandiloquence des décors ou bien encore les perspectives au rendu très étonnant, le lecteur sent une parfaite harmonie entre le scénario et le dessin et sait d’emblée, en feuilletant l’ouvrage, qu’il se trouve en présence d’une BD qui sort des sentiers battus. L’aspect peu conventionnel du dessin se voit aussi au niveau de la mise en page et du découpage de l’histoire, assurément ultra moderne. En alternant les planches « classiques » à d’autres ne représentant qu’une image en gros plans, ou à des doubles pages illustrant la presse, ou bien encore à des pages blanches uniquement ornées de quelques vignettes, Macioci donne au lecteur des pauses bien vues, pertinentes, lui permettant de respirer un peu avant de replonger dans la cohue d’une histoire qui déménage ! À noter les très belles couleurs de Maggie, ostentatoires, non conventionnelles et presque irréelles, faites d’un pastel se mélangeant à une palette surréaliste, rappelant, au final, les couleurs des sucreries de fêtes foraines. De quoi prouver que la lecture reste un bon divertissement ! Dommage que la couverture – en plus de ne pas vraiment restituer l’ambiance et l’atmosphère de l’histoire – soit l’élément le plus conventionnel et convenu de Tropicana

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©Dupuis, 2026 – Havana Split tome 2 : Tropicana – Brrémaud, Vic Macioci

Dans la veine d’un premier tome déjà déroutant, Havana Split se poursuit sur un ton encore amplifié, ce qui pourra éventuellement dérouter le lecteur de BD classique. Mais comme tout OVNI littéraire, Tropicana peut intriguer, questionner et, au final, attirer les fans de 9ème art toujours en quête d’une lecture divertissante. Alors, direction Cuba en 1958 et attachez vos ceintures !

Une chronique écrite par : Mathieu Depit

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©Dupuis, 2026 – Havana Split tome 2 : Tropicana – Brrémaud, Vic Macioci

Informations sur l’album :

  • Scénario : Brrémaud
  • Dessin : Vic Macioci
  • Couleurs : Maggie
  • Editeur : Dupuis
  • Date de sortie : 23/01/2026
  • Pagination : 80 pages, en couleurs

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