Lupin III – La Merveille
Après avoir traité avec humour et humanité de deux faits historiques *, Kid Toussaint et José Luis Munuera remettent le couvert. Dans la collection « Classics »** de Kana, le duo signe en effet l’adaptation en bande dessinée de Lupin III, aussi connu en France sous le nom Edgar de la Cambriole. Un titre taillé sur mesure pour les deux auteurs par son mélange détonnant d’action et d’humour.
Chaque voleur a son arlésienne. Pour Lupin III, c’est « la Merveille », trésor mystérieux que même son célèbre aïeul n’avait jamais réussi à débusquer et dérober. Mais le gentleman cambrioleur, toujours accompagné de ses acolytes Jigen et Goemon, et poursuivi par l’inspecteur Zenigata, ne sait même pas à quoi ressemble « la Merveille ». Alors quand la belle et magnétique Fujiko en rajoute une couche en lui annonçant qu’elle est en couple et enceinte, c’est la déprime totale pour Lupin. À moins que…

© Monkey Punch © Toussaint/Munuera/Sedyas – Kana, 2026
Copains d’avant
Il y a quelque chose de particulièrement réjouissant dans l’histoire de Lupin III. Né en 1967 sous le crayon de Monkey Punch (1937-2019), le personnage va peu à peu échapper à son créateur pour devenir une véritable icône de la culture populaire japonaise. Séries ou films, Lupin s’est réinventé sans perdre son insolence. Et comment ne pas évoquer Le Château de Cagliostro, réalisé par Hayao Miyazaki en 1979, qui a aussi contribué à faire découvrir le personnage au public occidental ? Moins connu en France que les autres héros de la collection « Classics », Lupin III grille la priorité, en bon filou qu’il est, à d’autres personnages comme Ulysse 31 ou Cobra, fortement attendus par de nombreux lecteurs nostalgiques. Reprendre un personnage si codifié, mais aussi symbole de liberté de ton, n’est donc pas une mince affaire.
Et le moins que l’on puisse dire c’est que Kid Toussaint s’en sort avec les honneurs. Son récit est à la fois moderne, dans son ton et son rythme, mais respecte à la lettre l’héritage de l’œuvre de Monkey Punch : humour burlesque, action déjantée, courses-poursuites à pied ou non, suspense, multiplication des pays visités, références à Arsène Lupin… Pour le fan des différentes versions de Lupin III, c’est un plaisir immense, pas seulement pour le ton de l’album mais aussi, bien évidemment, celui de retrouver ces personnages hauts en couleurs : le flegme de Goemon, qui dégaine son katana plus vite que l’ombre de Lucky Luke, Jigen toujours aussi ronchon, l’inspecteur colérique Zenigata… Et bien sûr, la fameuse Fiat 500 qui, bien qu’absente de la couverture, fait une entrée tout simplement iconique (après un teaser sous la forme d’un pédalo de la même couleur).

Tik Tak
Nul besoin, toutefois, de connaître l’œuvre originelle, les personnages sont parfaitement présentés et leur rôles et personnalités très rapidement identifiables. Kid Toussaint prend le temps de les introduire petit à petit. Tout d’abord Lupin, logiquement, en duo avec Jigen, un tandem qui fonctionne à merveille tant tout les oppose, que ce soit physiquement ou psychologiquement, puis l’inspecteur Zenigata, tout de suite tourné au ridicule. Ça va être compliqué pour lui tout au long de l’album même si un semblant d’heure de gloire le réhabilite un peu. Un peu. Fujiko vient ensuite dans une jolie scène qui pose la relation entre elle et Lupin et, finalement, le génial Goemon, dernier membre charismatique du trio. De fait, le lecteur novice découvre au fur et à mesure l’univers alors que le fin connaisseur apprécie les entrées en scènes successives.
L’intrigue est bâtie de la même façon, par révélations et retournements successifs, au gré des voyages et des confrontations avec, entre autres, Zenigata. « La Merveille » est au centre des enjeux, dès les premières planches qui mettent en scène Arsène Lupin en pleine fuite dans une course-poursuite savoureuse, dont un gag qui reviendra ensuite, pour le plus grand bonheur du lecteur. L’humour est évidemment omniprésent, dans les situations comme dans les dialogues. Le scénario fait la part belles aux scènes totalement absurdes, toujours parfaitement amenées et logiques. Malgré la folie du récit, Kid toussaint n’oublie pas de soigner le suspense et l’enquête sur « La Merveille ». En plus du fun, l’album est captivant jusqu’à une fin des plus convaincante, et même d’une poésie assez inattendue. Et bienvenue.

Faces book
Au dessin, José Luis Munuera prend son pied, de toute évidence. Il faut dire que les aventures de Lupin III sont un terrain de jeu qui sied parfaitement au dessinateur. Mélange d’action et d’humour, teinté d’ambiance un peu fantastique, la création de Monkey Punch autorise l’Espagnol à mettre en scènes des plans démentiels. Le trait dynamique, les visages ultra expressifs, les corps presque désarticulés dans les courses poursuites, des cascades improbables, tout dans le dessin de Munuera transpire l’hommage à Lupin III. Et le scénariste Kid Toussaint ne s’y est pas trompé en proposant à son dessinateur des scènes qui mettent en valeur son talent. Et puis il y la pyramide humaine des policiers, moment tellement absurde et exubérant, tellement génial qui rappelle notamment le générique de la série Sherlock Holmes, signé Hayao Miyazaki.
Si l’album est vraiment impressionnant, c’est également grâce aux décors très détaillés que Munuera met en avant dans des grandes cases juste sublimes. Les nombreux voyages des héros permettent des environnements très différents, de la Belgique au Japon, d’un majestueux château inondé par le soleil à une cité oppressante inondée par la pluie nocturne, éclairée par des néons. Les bâtiments sont variés et forment une suite de cartes postales assez classiques des histoires de Lupin III, mais aussi des films James Bond. Et, bien sûr, que seraient les ambiances de Munuera sans les couleurs de Sedyas. Le coloriste livre, encore une fois, une copie parfaite, avec un travail des lumières toujours aussi époustouflant et des teintes très pop tout en gardant cette texture si particulière qui caractérise son art.

Impossible de s’ennuyer devant cette suite endiablée d’aventures et de gags savamment ponctuée de moments plus calmes pour poser les enjeux. Le dessin toujours parfait de José Luis Munuera, servi par les fabuleuses couleurs de son acolyte Sedyas, répond à merveille au scénario déjanté de Kid Toussaint pour un pur moment de bonheur qui ravira les fans de la série originelle et n’aura sans doute aucun mal à séduire les novices. Reste à espérer une seconde aventure de Lupin III et ses camarades par ce duo d’auteurs qui a si bien su en tirer tous les atouts burlesques et exubérants sans en oublier le suspense de ses cambriolages rocambolesques. Et si « la Merveille » n’était tout simplement pas cet album ?
* La Course du Siècle et Woodstock, le Concert du Siècle, 2024 et 2025 chez Le Lombard
** La collection « Classics » de Kana regroupe les adaptations en BD de Goldorak, Albator, Saint Seiya, Captain Flam et, donc, Lupin III.
Chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

Informations sur l’album :
- Scénario : Kid Toussaint
- Dessin : José Luis Munuera
- Couleurs : Sedyas
- Éditeur : Kana
- Date de sortie : 25/09/2026
- Pagination : 112 pages en couleurs

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