La Révolte avec Précédent
Troisième révolte pour les animaux rigolos et militants de Guillaume Meurice et Sandrine Deloffre. Une révolte qui a donc un précédent. Les auteurs ont-ils tout de même réussi à renouveler l’intérêt de la saga ?
Après avoir annihilé la domination des hommes sur les animaux dans leur première révolte, puis la dictature de Titi la Punaise de Lit à la deuxième, Jean-Louis, Michel, Fristouille, Didier et Catherine ne sont pas tirés d’affaire car le monde est dominé par le chat GPT robotique. Mais le félin IA reste un chat et, après avoir poursuivi un pointeur laser, il chute de son gratte-ciel. Fini l’intelligence artificielle. LA fin des ennuis ? Bien sûr que non !

© La Révolte avec Précédent – Meurice/Deloffre – Dargaud, 2026
« La peur c’est pour les bonnes femmes. »
Le résumé ci-dessus est rapide et haché ? En effet, mais le début de l’album l’est tout autant. Les premières pages rappellent la situation actuelle et la font évoluer jusqu’à la « mort » du chat GPT, et directement l’histoire d’amour qui renaît entre les bonobos Michel et Capucine. Ouf, ça va vite, trop vite et c’est assez déstabilisant. Mais Guillaume Meurice est fourbe. Annonçant « Fin » dès la treizième page, il enchaîne sur une famille humaine en train de lire La Révolution avec Précédent. Et de ne pas l’aimer. Et de partir avant de tourner la page. Alors que leur chien, couché sur le tapis, leur aboie qu’il y a encore une page après ! « Stupides humains » conclut-il. On est d’accord.

© La Révolte avec Précédent – Meurice/Deloffre – Dargaud, 2026
Et la page d’après n’est que la première du récit principal, une histoire débile plus habituelle pour la saga, même si la révolte titre n’est pas vraiment évidente. Ce troisième tome présente un nouvel antagoniste, £¥€$, mélange de Donald Trump et Elon Musk, milliardaire masculiniste, égocentrique et colérique, qui part dans l’espace avec un Michel qui cherche à devenir plus viril pour reconquérir Capucine. Ah oui, Capucine a encore quitté Michel pour un autre… Pendant ce temps-là, Jean-Louis le renard tente de construire une machine à remonter le temps pour empêcher qu’on empêche le bug de l’an 2000, Didier le raton laveur broie du noir, Catherine la licorne fait des cookies et la chienne Fristouille fristouille. Tout ça au milieu de dialogues savoureux et de « punchlines » ravageuses.

© La Révolte avec Précédent – Meurice/Deloffre – Dargaud, 2026
« T’façon les câlins c’est pour les wokes. »
Oui, c’est le bazar mais, étrangement, la magie opère et l’histoire tient parfaitement la route dans son absurdité assumée. L’humour de Guillaume Meurice, animateur radio sur Nova aux côtés de Juliette Arnaud, Aymeric Lompret et Pierre-Emmanuel Barré*, est corrosif quel que soit le média qu’il utilise. Car malgré la profonde débilité apparente de son scénario se cachent (très mal) des vrais enjeux politiques, sociaux et surtout moraux. La série des révoltes parle d’écologie, de souffrance animale, du danger de l’intelligence artificielle mais aussi de certaines politiques, de capitalisme, de responsabilité individuelle et collective… Le lecteur aura beau se marrer, il en ressortira certainement avec quelques questionnements sur ses choix et son rôle dans le monde qui l’entoure.

© La Révolte avec Précédent – Meurice/Deloffre – Dargaud, 2026
Le dessin de Sandrine Deloffre est toujours aussi frais et dynamique avec un sens indéniable du gag visuel et des expressions exagérées. Avec une mise en couleur à la fois pop dans un style aquarellé, ses planches ne sont pas révolutionnaires (elles) mais sont en adéquation parfaite avec le ton du récit et surtout son rythme soutenu. Les gaufriers sont la plupart du temps complètement éclatés, avec des cases qui semblent placées de façon aléatoires, participant au joyeux bordel de l’album. Mail il ne faut pas s’y tromper : si l’ensemble fonctionne c’est que le bazar est maîtrisé et réfléchi : l’absurde dans le fond et la forme ne sort jamais des rails de son grand huit. Car c’est bien l’impression qui reste à la fin de la lecture de La Révolte avec Précédent : un manège à sensations qui va tellement vite qu’à la fin, le lecteur ne comprend pas tout de suite ce qu’il vient de vivre. Mais le savoure ensuite.

© La Révolte avec Précédent – Meurice/Deloffre – Dargaud, 2026
« Je suis bien à Déniland », « Le mensonge, c’est la clé d’une relation de confiance », « La peste noire, c’est la faute aux vegans. Et leurs steaks végétaux là… ». Comme les deux premiers épisodes, La Révolte avec Précédent est riche en dialogues décalés et hilarants, mais illustrant avec tellement de justesse la pensée de certaines personnes, qui souvent ont du pouvoir. Débile dans son récit mais avec un fond plutôt malin, l’album se savoure comme une chronique radio de l’équipe de Guillaume Meurice.
Chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard
* Pierre-Emmanuel Barré et Aymeric Lompret se sont également distingué avec succès dans le Neuvième Art, le premier avec l’adaptation de ses Chroniques de Saint-Roustan (deux tomes chez Delcourt), le second avec l’adaptation de son one man show Yolo chez Dargaud. Guillaume Meurice, en BD, c’est également Loumi, chez Delcourt, une série jeunesse drôle, pédagogique et engagée.

© La Révolte avec Précédent – Meurice/Deloffre – Dargaud, 2026
Informations sur l’album :
- Scénario : Guillaume Meurice
- Dessin : Sandrine Deloffre
- Couleurs : Sandrine Deloffre
- Éditeur : Dargaud
- Date de sortie : 23/10/2026
- Pagination : 48 pages en couleurs

© La Révolte avec Précédent – Meurice/Deloffre – Dargaud, 2026
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