L’homme-chevreuil : sept ans de vie sauvage

Publié aux éditions Les Arènes BD, L’homme-chevreuil, sept ans de vie sauvage est scénarisé par Vincent Zabus et illustré par Jean-Denis Pendanx, d’après l’ouvrage de Geoffroy Delorme paru en 2021. Dès la première de couverture, le jeu sur les couleurs et la présence animale attirent l’œil pour offrir un visuel intrigant qui appelle immédiatement à la découverte.

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L’homme-chevreuil : sept ans de vie sauvage©Éditions Les Arènes BD – Jean-Denis Pendanx – Vincent Zabus – 2026

À vingt ans, Geoffroy fait le choix de s’éloigner du monde urbain pour s’aventurer dans la forêt de Louviers, en Normandie. Au détour d’un chemin, sa trajectoire croise celle d’un jeune chevreuil curieux, déclenchant une véritable fascination. Captivé par cette rencontre, il revient chaque jour dans les sous-bois pour observer l’animal, décoder ses habitudes et apprivoiser peu à peu ce territoire sauvage, jusqu’à faire le pari fou d’y trouver sa propre place. Cette immersion progressive transforme alors un simple récit d’apprentissage en une véritable quête d’harmonie avec le vivant.

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L’homme-chevreuil : sept ans de vie sauvage©Éditions Les Arènes BD – Jean-Denis Pendanx – Vincent Zabus – 2026

La transmission des connaissances naturalistes

C’est dans cette démarche que réside toute la force de l’album : il y a quelque chose du rêve et du fantasme dans ce qu’entreprend Geoffroy Delorme, mis en récit par Vincent Zabus. L’album réactive une forme d’appel de la forêt, un retour aux sources et ce besoin profond de se reconnecter à la nature ainsi qu’aux fondamentaux, sauf que lui franchit le pas. Son parcours rappelle une manière première d’habiter le monde, cette quête d’un lien essentiel où l’humain et son environnement vivent en harmonie, basée sur la compréhension mutuelle. C’est une connexion que notre société contemporaine a largement perdue, étouffée par le rythme urbain, le travail, les écrans et la surconnexion numérique. De ce point de vue, l’ouvrage offre une dimension presque magique. Mais au-delà de cette vision idyllique et idéalisée, l’album n’occulte en rien la réalité du terrain. Les préoccupations du quotidien reprennent vite le dessus, à commencer par la nécessité vitale de s’alimenter et l’immense difficulté d’affronter les éléments. Le récit montre de manière très concrète la rudesse de la vie en forêt, avec la gestion du froid intense et les risques bien réels d’hypothermie.
 

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L’homme-chevreuil : sept ans de vie sauvage©Éditions Les Arènes BD – Jean-Denis Pendanx – Vincent Zabus – 2026

L’histoire évoque par moments un récit à la Into the Wild, mais porté par une vraie expérience de terrain, loin de toute naïveté ou d’impréparation. Le lecteur fait face à une démarche à la fois documentée et habitée par une volonté d’émerveiller pour mieux instruire et protéger. Loin des bancs de l’école, c’est directement dans la nature que Geoffroy Delorme a forgé son savoir botaniste, ce qui lui permet de distinguer avec précision les plantes comestibles de celles qui s’avèrent toxiques. Cette expertise empirique s’accompagne d’une préparation matérielle minutieuse. Il détaille l’équipement indispensable pour braver les saisons dans les forêts normandes, tout en partageant des observations naturalistes rigoureuses. Ce savoir nourrit la relation unique qu’il tisse avec la faune : les chevreuils deviennent des personnages à part entière, chacun identifié et nommé au fil des pages, auxquels il devient inévitablement facile de s’attacher.

L’équilibre fragile d’une vie en forêt

Au fil du récit, le lecteur est naturellement amené à s’interroger sur la logistique de Geoffroy Delorme : comment dort-il la nuit, s’est-il construit un abri ? Progressivement, Vincent Zabus dévoile sa réalité et montre comment l’homme-chevreuil passe de la simple présence en forêt à une existence pleinement intégrée à cet environnement. Il ne s’agit plus seulement de vivre en forêt, mais véritablement de vivre avec elle, dans une dynamique de partage et de symbiose avec le milieu naturel.

Mais une tension vient traverser ce tableau : face à cet idéal de vie en communion avec la nature, la présence menaçante du monde moderne reste toujours en arrière-plan. Même au cœur de la forêt, la proximité des villes, des routes, des chasseurs et des véhicules rappelle la fragilité de cet équilibre. Une appréhension s’installe au fil des pages, marquée par la crainte constante de voir la civilisation surgir et briser cette harmonie. Sans tomber dans le conflit frontal d’un récit comme Fantastique Maître Renard de Roald Dahl, l’album évoque cet empiétement continu de l’homme sur la faune sauvage, où la frontière entre les deux mondes reste dramatiquement mince. C’est d’ailleurs par la force du dessin que cette tension devient palpable, Jean-Denis Pendanx réussissant à traduire toute la vulnérabilité de cet écosystème forestier face à l’avancée humaine. 

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L’homme-chevreuil : sept ans de vie sauvage©Éditions Les Arènes BD – Jean-Denis Pendanx – Vincent Zabus – 2026

L’immersion dans le milieu forestier

Pour rendre cette atmosphère palpable, l’album fait le choix d’une adaptation sans le moindre dialogue humain, laissant toute la place aux sons de la faune et de la forêt. Le récit repose entièrement sur une narration textuelle qui s’insère avec une grande fluidité dans le découpage. Visuellement, la structure s’appuie sur un gaufrier classique, mais débarrassé de tout ancrage rigide : les délimitations des cases naissent directement des bordures de la couleur et du travail de la ligne. 

Cette mise en page fait preuve d’une belle souplesse en adaptant le format des vignettes au rythme du propos. Les cases conservent des proportions généreuses qui laissent respirer le dessin et permettent d’apprécier la minutie des détails naturalistes. L’album s’accorde également de nombreuses planches en pleine page, accentuant l’immersion visuelle et renforçant le caractère brut et authentique du grand décor forestier. Cette générosité plastique offre le recul et le temps nécessaires pour entrer véritablement en sympathie avec le vivant.

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L’homme-chevreuil : sept ans de vie sauvage©Éditions Les Arènes BD – Jean-Denis Pendanx – Vincent Zabus – 2026

C’est précisément par cette sensibilité graphique que l’ouvrage dépasse sa seule valeur pédagogique pour toucher au cœur et modifier en profondeur notre perception de la faune. L’histoire dévoile chez le chevreuil des dynamiques familiales et une présence au monde d’une grande humanité. Homme et animaux partagent un même territoire et font face aux mêmes impératifs vitaux. L’album réussit ainsi le tour de force d’offrir, sans artifice ni grandiloquence, un hymne lumineux à la vie et à la coexistence.

Chronique écrite par : Charlotte Claeys
 

Informations sur l’album : 

  • Scénario : Vincent Zabus
  • D’après le roman de : Geoffroy Delorme
  • Dessin et couleur : Jean-Denis Pendanx
  • Typographie et lettrage : Stevan Roudaut
  • Éditeur : Les Arènes BD
  • Date de sortie (Québec) : 15/05/2026
  • Pagination :155 pages en couleurs

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