Les ailes du temps tome 3 : Le temps des Warbirds

Si, de tous temps, les guerres sont synonymes de drames, massacres et cruautés, elles sont aussi l’objet d’aventures incroyables et d’épopées extraordinaires. Parmi ces grands épisodes figure la fascinante évolution de l’aviation. Les avions et les courageux aviateurs sont des figures fortes des conflits internationaux depuis que les « fous volants » arpentent le ciel. Mais lorsque des pilotes sont perdus dans les méandres du temps à une époque des plus dangereuses, le talent et la maestria sont encore davantage mobilisés qu’à l’ordinaire, comme le prouvent Dunk et Lucie dans le tome 3 des Ailes du temps, Le temps des Warbirds.

1917. Un nouveau vortex s’est ouvert pour Dunk et Lucie, les deux pilotes d’un F-18 expérimental projetés dans les affres de la Première Guerre mondiale par une force qui les dépasse. S’engouffrant, à bord de leur avion de la Grande Guerre, dans le nouvel orage magnétique qui s’ouvre à eux, les deux pilotes ne reviennent pas à leur époque, mais en 1944, au large de Fréjus ! Abattus par les belligérants, ils n’ont plus qu’un espoir : retourner chercher leur F-18, caché dans la Marne par le cousin de Lucie. Pour cela, les deux héros doivent retrouver les protagonistes rencontrés en 1917 et, à nouveau, compter sur leur bonne étoile, d’autant plus qu’ils ne savent pas comment et pourquoi ils connaissent leur bien étrange aventure. Et la chance leur sourit à nouveau car Dunk trouve un de ses ascendants, pilote-lui aussi, qui prépare le débarquement de Provence et qui peut l’aider à entreprendre son voyage vers le futur. Mais les temps sont durs, en 1944, le destin ayant l’habitude de jouer un jeu délicat pour les plus hardis…

De l’importance de la chance pour les héros de BD

Les héros de bande dessinée classique ont l’habitude de vivre des aventures tour à tour extraordinaires, incroyables, étonnantes ou étranges. C’est très clairement le cas de Dunk et Lucie, que les scénaristes Zumbiehl et Buendia envoient coup sur coup dans les deux conflits mondiaux. Si, comme dans le tome précédent, ils focalisent l’histoire sur l’action pure et dure, les deux auteurs sèment ça et là quelques pierres qui permettent au lecteur de suivre le chemin d’une intrigue qui pourrait, de rebondissements en rebondissements, perdre son fil. Zumbiehl et Buendia n’oublient donc pas de faire s’interroger les deux personnages principaux sur les coïncidences rencontrées – notamment celles de se voir projeter dans des lieux et époques leur permettant de retrouver leurs aïeux – mais aussi de mentionner les commanditaires du vol d’origine de Dunk et Lucie, à l’époque actuelle, qui n’ont pas l’air d’en savoir davantage que leurs pilotes. Les scénaristes profitent également du changement d’époque de leurs personnages pour évoquer les affres de la Seconde Guerre mondiale, notamment la cruauté des hauts gradés allemands ainsi que la résistance de quelques héros du quotidien, côté français. Autant de réussites qui font que Le temps des Warbirds, s’il ne permet pas vraiment au lecteur d’en savoir davantage, procure un moment de lecture sympathique et mouvementé. Le « twist » final montre que le prochain opus de cette série risque, lui aussi, d’être assez endiablé pour des héros qui, décidément, n’ont pas la chance avec eux !

Comment éclairer une situation obscure

Les aventures mouvementées de Dunk et Lucie sont mises en images par Jolivet, qui rend, dans ce troisième épisode des Ailes du temps, une copie parfaitement lisible et nette. Si les deux héros vivent, de leur propre aveu, une situation floue, compliquée, incompréhensible, au moins ils la traversent dans un cadre parfaitement clair et adapté à tout lecteur. Dans son style réaliste précis, mais sans détail ou hachure superflu, Jolivet sait placer l’action, se focaliser sur un décor ou un personnage quand l’action l’impose, dans des plans variés, inventifs et presque cinématographiques. En suivant la mise en page et le cadrage simple et précis de Jolivet, le lecteur s’identifie aux deux personnages vedettes et les accompagne dans leurs tribulations. Le dessinateur, aguerri aux histoires d’aviation, excelle également dans les scènes de combats aériens, même si ceux-ci sont moins présents que dans les tomes précédents. Le lecteur amateur de cinéma, en contemplant les pages de Jolivet, pourra se souvenir de La bataille d’Angleterre ou de Nimitz, retour vers l’enfer, et ainsi entrer pleinement dans le dépaysement et l’évasion que procure une lecture de qualité. Le travail de Jolivet et parfaitement complété par celui de Caniaux, coloriste joliment inspiré. Virtuose de la palette, celui-ci utilise les tons les plus dynamiques pour accompagner l’action omniprésente. Caniaux s’illustre parfaitement dans les jolis bleus des cieux servant de théâtres aux combats, mais aussi dans les cases de soleil couchant, illuminant le décor provençal. Mention spéciale toutefois aux scènes de nuit, où ombres, contre-jour et luminosité blafarde accompagnent les tons verts et bleus des ténèbres.

Le nouvel épisode des aventuriers du temps que sont Dunk et Lucie les entraîne donc dans des situations incroyables, qu’ils ne comprennent pas. Malgré l’action sans cesse présente, le fruit de leur réflexion sur les incroyables soucis qui sont les leurs donne toute de même quelques pistes à un lecteur qui, tout en étant porté par une histoire attrayante, cherche à en savoir plus ! Le cliffhanger de fin de cette troisième aventure des Ailes du temps attise déjà les attentes !

Informations sur l’album :

  • Scénario : Patrice Buendia & Frédéric Zumbiehl
  • Dessins : Olivier Jolivet
  • Couleurs : Nicolas Caniaux
  • Éditeur : Zéphyr
  • Pagination : 48 pages, en couleurs
  • Date de sortie : 13 février 2026