Le Territoire
Au milieu des années 1990, Philippe Xavier arrive aux États-Unis et y rencontre l’éditeur Joe Pruett. Les deux collaborent et deviennent rapidement amis. En 2003, le dessinateur revient en France mais les deux ne perdent pas contact. Pour fêter les trente ans de l’aventure américaine de Philippe Xavier, ils décident de remettre le couvert pour un projet qui se développe de façon inattendue. Prévu comme un comics US en trois chapitres, Le Territoire devient un épais one shot édité par Le Lombard avant d’être publié outre-Atlantique.

© Le Territoire – Xavier/Pruett/Maffre – Le Lombard, 2026
2054, cela fait seize ans qu’une apocalypse a ravagé le monde, balayant quatre-vingt pour cents de l’humanité. Cooper, un survivant, parcours le Territoire, zone immense, stérile et enneigée. Sa routine est rompue par l’apparition et le crash d’un petit avion non loin de lui. Il se dépêche alors de se rendre sur le lieu de la chute afin d’y arriver le premier pour récupérer ce qui est possible et éviter les mauvaises rencontres. Mais à l’intérieur de l’engin, se cachent une jeune fille apeurée et son violon. Cooper décide de prendre Sara avec lui.

© Le Territoire – Xavier/Pruett/Maffre – Le Lombard, 2026
« Et ça m’emmerde d’avoir une conscience. »
L’intrigue est des plus basique. Le contexte : un monde post-apocalyptique, sans explication. Le personnage principal : un homme seul, Cooper, qui a perdu sa famille, survivant en parcourant les terres hostiles enneigées. Le méchant : Bloodworth (Blood, le sang, et Worth qui évoque la valeur), dirigeant mégalo d’un complexe scientifique à la recherche de la vie éternelle. Le tournant : Cooper rencontre une jeune fille, Sara, qui fuit le méchant. Les enjeux : la jeune fille se fait prendre et l’homme va partir à sa recherche pour la délivrer mais aussi se venger du méchant, responsable de la mort de sa famille. Le soutien : un petit génie mécanique qui vit caché et prêt à aider Cooper dans sa quête. La clé de l’intrigue : un choix impossible.

© Le Territoire – Xavier/Pruett/Maffre – Le Lombard, 2026
Rien de révolutionnaire dans ses grandes lignes, mais Philippe Xavier et Joe Pruett distillent des petites touches beaucoup plus originales à leur intrigue, la rendant plus captivante que beaucoup de récits du genre. Les expériences menées sur Sara, par exemple, sortent des concepts habituels : pas de super pouvoir ou de forces démesurées, l’objectif est purement humain dans sa « déshumanité » et mène à un dénouement vraiment poignant. De son côté, Cooper a un côté optimiste qui change pas mal du poncif des survivants ayant tout perdu. Un trait de caractère qui en fait un personnage très attachant malgré son aspect brut. En général, le scénario tend vers une forme de réalisme froid, mais teinté de tendresse, très plaisant.

© Le Territoire – Xavier/Pruett/Maffre – Le Lombard, 2026
« Je leur ai donné le choix et ils ont mal choisi. »
Visuellement, on est à Hollywood, tous les personnages ont la gueule de l’emploi. Cooper et sa grande cicatrice dont il ne veut révéler l’origine, comme le symbole de son passé douloureux et d’une souffrance qu’il ne peut effacer. Sara et sa pureté juvénile aux grands yeux clairs qui s’assombrissent quand les traumatismes reviennent. Les méchants ultra stylisés, avec à leur tête le scientifique ridé qui n’en finit pas de vieillir sans mourir, branché à sa vie artificielle, au sens propre. Philippe Xavier ne fait pas dans la subtilité mais joue la carte du blockbuster américain. C’est assez caricatural mais ça colle parfaitement au récit, en créant un ensemble cohérent.

© Le Territoire – Xavier/Pruett/Maffre – Le Lombard, 2026
Ce parti pris visuel se retrouve également dans la mise en scène, alternant des scènes de marches, des flash-backs/rêves de Cooper et de Sara, des dialogues renforçant le lien entre les deux et bien sûr des combats d’une grande brutalité. Pour ces derniers, Philippe Xavier ne choisit pas des affrontements longs et épiques mais préfère souligner et insister sur l’implacable efficacité de Cooper qui massacre tout ce qui se met sur son chemin en quelques gestes. Pour les décors, le dessinateur aime prendre de la hauteur et dévoiler son univers enneigé dans des cases majestueuses sublimées par les couleurs de Jérôme Maffre qui offre aux planches des ambiances toujours parfaites. La neige est presque palpable et permet une grande lisibilité quand les personnages évoluent dans des décors isolés et immenses.

© Le Territoire – Xavier/Pruett/Maffre – Le Lombard, 2026
Avec son univers, ses personnages et son intrigue des plus classiques pour le genre post-apocalyptique, le Territoire pourrait passer inaperçu dans le flot continu des publications du genre. Mais le titre possède quelques atouts qui le démarquent du lot : quelques touches profondément humaines, des idées originales saupoudrées le long de l’histoire et, bien sûr les somptueuses planches du duo Xavier/Maffre. Une sorte de série B de luxe qui se savoure avec trois kilos de popcorn sur les genoux.
Chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

© Le Territoire – Xavier/Pruett/Maffre – Le Lombard, 2026
Informations sur l’album :
- Scénario : Joe Pruett
- Dessin : Philippe Xavier
- Couleurs : Jérôme Maffre
- Éditeur : Le Lombard
- Date de sortie : 16/10/2026
- Pagination : 168 pages

© Le Territoire – Xavier/Pruett/Maffre – Le Lombard, 2026
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