Le cocon
Judith Scott, créatrice d’Art Brut, est considérée comme une artiste majeure de la fin du XXe siècle. Alexandre De Moté et Natacha Sicaud s’emparent de l’histoire vraie de cette personnalité atypique afin de nous faire découvrir ses créations et son parcours hors du commun.

© Le cocon – Alexandre De Moté et Natacha Sicaud – Glénat – 2026
Ohio 1943 : les jumelles Judith et Joyce Scott voient le jour. Judith, atteinte de trisomie 21, sourde et muette, grandit au contact de sa sœur avec laquelle elle tisse des liens indéfectibles, même si aucun échange verbal ne peut s’établir entre elles. À l’âge de 7 ans, l’institution scolaire américaine la juge inapte et incapable, et ne veut plus d’elle dans ses rangs. Judith est déclarée « déficiente mentale » et devient pupille de l’État de l’Ohio qui la place à la Columbus State School, une institution hospitalière dans laquelle elle restera enfermée plus de 35 ans.
De l’enfermement à la création
Quand sa famille lui rend visite, elle est méconnaissable et apathique du fait des calmants qui lui sont administrés. Les pages retraçant son « séjour » dans l’établissement sont difficiles du fait de la violence qui s’en dégage. Judith est incomprise et n’a d’autres moyens que la violence et les cris pour s’exprimer. Voulant la maîtriser à tout prix, le personnel médical se révèle extrêmement brutal et Judith passe beaucoup de temps à l’isolement, comme dans une prison. Pendant ce temps, sa sœur agit dans l’ombre pour obtenir sa tutelle – elle y parviendra en 1985 – et l’emmène vivre en Californie. Judith renaît au contact de Joyce et intègre le Creative Growth Art Center, un atelier artistique pour les personnes en situation de handicap. Lorsque Judith découvre le travail sur les fibres, un nouvel univers s’ouvre lui permettant de s’exprimer à travers l’art. Ses créations sont uniques, composées d’objets en tout genre qu’elle enveloppe de fils, créant ainsi un cocon.

© Le cocon – Alexandre De Moté et Natacha Sicaud – Glénat – 2026
Alexandre De Moté et Natacha Sicaud ont consacré environ deux tiers de l’album à l’enfance et à l’enfermement de Judith, ce qui peut paraître beaucoup, mais permet au lecteur d’appréhender le monde et la solitude dans lesquels elle a vécu pendant près de 45 ans. En consacrant autant de pages à la mise à l’écart de Judith par la société américaine de l’époque, les auteurs passent un message fort au lecteur, celui des dégâts irrémédiables causés à des enfants par une mauvaise compréhension du handicap.

© Le cocon – Alexandre De Moté et Natacha Sicaud – Glénat – 2026
La force des liens
Le parcours de Judith Scott semble se déployer autour d’un motif essentiel : celui du lien. D’abord, le lien primordial qui l’unit à sa sœur jumelle. Entre elles, circule une relation silencieuse mais profonde et une complicité forte qui jouent un rôle central dans la vie de l’une et l’autre. Puis, lorsque Judith est coupée du monde et placée en institution, c’est dans l’absence de relations sociales que se façonne, en creux, l’artiste qu’elle deviendra.
Dans ses œuvres, Judith crée un noyau à partir d’objets trouvés, parfois dérobés, qu’elle entoure patiemment de fils, de cordes et de tissus, créant ainsi des cocons géants. Ces fils qui enveloppent les objets semblent protéger le cœur de l’œuvre, comme une membrane protectrice. Il ne serait guère hasardeux d’y voir une métaphore avec sa propre histoire. L’acte de création devient alors un geste de relation. Par ses cocons, Judith invente un nouveau langage, sa manière à elle de renouer avec le monde et de prendre sa place dans la société.

© Le cocon – Alexandre De Moté et Natacha Sicaud – Glénat – 2026
Les liens, chers à Judith Scott, sont parfaitement retranscrits visuellement dans l’album. Natacha Sicaud leur « donne vie » grâce à des lignes, des courbes et des fils qui sont présents tout au long du récit et finissent par s’entremêler ensemble dans les cocons géants. Le duo Alexandre De Moté et Natacha Sicaud se révèle d’une parfaite harmonie. Chacun semble avoir su s’effacer au bon moment, pour le plus grand plaisir du lecteur. Dans la première partie de l’album, celle de l’enfance et de l’enfermement, la narration et les dialogues occupent une part centrale pour immerger le lecteur dans la vie de Judith. Dans la seconde partie – celle de la naissance de l’artiste -, les dialogues s’estompent pour laisser le dessin prendre le relais et parler son propre langage.

© Le cocon – Alexandre De Moté et Natacha Sicaud – Glénat – 2026
Le cocon nous rappelle que les relations humaines ne passent pas seulement par la parole. Parfois, les liens se tissent autour d’un silence, d’un geste, ou d’un fil entourant un objet. Alexandre De Moté et Natacha Sicaud signent ici un album passionnant et très bien documenté, porteur d’un message d’espoir en faveur de l’inclusion.

© Le cocon – Alexandre De Moté et Natacha Sicaud – Glénat – 2026
Une chronique écrite par : Claire
Informations sur l’album :
- Scénario : Alexandre De Moté
- Dessin : Natacha Sicaud
- Couleurs : Natacha Sicaud
- Éditeur : Glénat
- Date de sortie : 25/02/2026
- Pagination : 128 pages
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