Le Bagne de Santo Stefano
Après La Mandiguerre et Les Cynocéphales, l’auteur italien Stefano Tamiazzo revient dans un tout autre registre avec Le Bagne de Santo Stefano pour la maison d’édition associative Mosquito. Conservant son style réaliste il nous livre les secrets d’un lieu méconnu et pourtant emblématique d’une part de l’histoire et de la société italienne.

À la fin du XVIIIe siècle le souverain de l’ancienne Parthénope, Ferdinand IV de Bourbon, fit construire un pénitencier sur la toute petite île rocher de Santo Stefano au large de cette capitale du royaume de Naples. Faisant abolir la peine de mort, il devait donc trouver un châtiment de substitution. Jusqu’en 1965, tous les dirigeants qui lui succédèrent y enfermèrent des prisonniers de droits communs, des révolutionnaires, des anciens patriotes et des opposants politiques ou des hommes jugés comme tels.

Un récit historique et social accessible
Stefano Tamiazzo, partant de l’état de délabrement actuel du pénitencier, retrace chronologiquement l’histoire de la prison de Santo Stefano, de sa conception en 1793 à son abandon en 1965, sans omettre l’homme et le lieu qui ont inspiré son créateur.
La présence très marquée des dix chapitres (feuillets blancs recto-verso simplement illustrés d’une chaîne qui pend et de la mention de leurs titres et numéros posés sur un petit dessin, à chaque fois différent, d’un objet propre aux prisonniers) accentue la mise en lumière des conditions terribles de survie des prisonniers et renforce l’isolement de cet enfer coupé du monde et du temps qui passe, comme pour signifier un peu plus l’exclusion totale de ces bagnards de la société. Et même s’ils n’ont aucune vue sur le monde et l’Histoire qui avancent sans eux, ils sont les victimes de leurs bouleversements que nous présente l’auteur de manière dynamique, diversifiée, originale, succincte et compréhensible de tous, sans être « pompeuse ».

Une illustration narrative de l’enfer et de la souffrance carcérale
De la première à la dernière page, l’auteur illustre formidablement l’immonde bagne sous tous les angles. On le découvre dans la pensée de son créateur, maquetté, puis sous sa conception réelle et enfin à l’état de friche décrépite.
Cette bâtisse en forme de fer à cheval, avec une tour au centre de la cour, pour mieux surveiller tous les prisonniers en même temps, est montrée au lecteur comme s’il se situait dans cette tour de contrôle. Il assiste ainsi naturellement à tout ce qui se passe, de l’arrivée des nouveaux venus à la violence quotidienne.
Le caractère sinistre du lieu est renforcé par un choix de dégradés sombres de bleus et de gris allant jusqu’au noir et avec une mise en page favorisant de grandes cases qui font ressortir tous les détails au point de donner l’impression que les personnages, aux traits hyper réalistes, prennent vie.
Chacun des visages des bagnards, même quand ils sont nombreux sur la page, est unique et chaque expression est différente. Il est possible de reconnaître les apathiques, les léthargiques, les rageurs ou encore les libres d’esprit. La souffrance elle aussi est affichée sans concession et les coups sont portés en gros plan au point de discerner les larmes retenues devant le bourreau, la transpiration de douleur et les gouttes de sang qui volent après un coup. Tout est mis en œuvre pour dévoiler l’immontrable de cet abyme de souffrances et d’expiations où la rédemption est impossible. Le silence des cases parvient à être bien plus puissant qu’un texte et fait ressentir bien plus fortement les hurlements et gémissement que n’importe quelle onomatopée.

Cruelle de vérité, la bande dessinée de Stefano Tamiazzo dénonce la danse macabre qui s’est jouée dans cette prison faisant de ceux qui réussissaient à survivre des zombies. Elle fait partie de la trop longue liste de ces enfers devenus aujourd’hui des lieux de mémoires qui ont marqué notre histoire est qui sont ancrés dans l’inconscient collectif à l’image de l’île du Diable du célèbre Henri Charrière dit « Papillon » ou le bagne de Robben Island où fût emprisonné Nelson Mandela.

Chronique écrite par Xavier G.
- Scénariste : Stefano Tamiazzo
- Illustrateur : Stefano Tamiazzo
- Éditeur : Mosquito
- Publié : 02/10/2026
- Nombre de pages : 146 pages
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