Il fait chaud en cet été 2026. La canicule qui vient et revient apporte son lot de fatigue aux organismes et mine le courage de chacun. Face à cela, peu de choses à faire si ce n’est recourir aux plus précieux des remèdes au découragement : la lecture. Et, en période de trouble, quoi de mieux que d’aller vers les classiques rassurants ? Parmi ceux-ci, les ouvrages de Patrice Pellerin. Comble de bonheur, le mythique dessinateur de la série L’Épervier a accepté de nous accorder une interview pour revenir sur son parcours dans le milieu du 9e art. Retour sur une conversation riche, passionnante et très sympathique avec une légende de la bande dessinée.

©Patrice Pellerin
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Les Amis de la BD : Bonjour Patrice Pellerin. Merci de nous accorder cette interview pour les Amis de la BD. Vous êtes aujourd’hui un auteur classique important dans le monde de la bande dessinée. Avez-vous toujours eu une passion pour le 9e art ? La BD imprègne-t-elle votre vie depuis votre plus jeune âge ?

Patrice Pellerin : Non, pas vraiment. Je n’étais d’ailleurs abonné à aucun journal de BD. À la maison, nous n’avions que les classiques, comme certains albums de Tintin ou d’Astérix. J’adorais lire, mais plutôt des romans, comme ceux de Dumas par exemple, ou les ouvrages de la collection « Signe de Piste ». À l’époque, j’étais aussi très intéressé par la peinture classique, celle de Raphaël, Michel-Ange ou Léonard de Vinci. J’étais vraiment passionné par cela, et le suis d’ailleurs toujours. Comme j’aimais ce type de peinture, ainsi que toutes ces œuvres classiques, j’avais une grande envie de dessiner.

Les ADBD : Dessiniez-vous beaucoup ?

P.P. : En parallèle à l’école, j’ai été admis sur dossier aux Beaux-Arts d’Avignon, où je vivais avec mes parents, à l’âge de 9 ans. J’ai eu une dispense d’âge, car normalement, on ne peut y entrer qu’à 12 ans. J’y faisais de la copie de sculptures grecques ou romaines en plâtre, par exemple. En parallèle, je recopiais les dessins de l’illustrateur Pierre Joubert, mais aussi certaines BD, comme Tintin ou Blueberry et m’exerçais à la peinture à l’huile. À partir de 15 ans environ, j’ai commencé à imaginer mes propres dessins.

Les ADBD : Y a-t-il eu à un moment, un vrai déclic BD ?

P.P. : Je me suis rendu compte que je pouvais retrouver dans la bande dessinée ce que j’aimais dans la peinture classique lorsque j’ai découvert la BD classique Prince Valiant de Hal Foster et Flash Gordon d’Alex Raymond. C’est à ce moment là où j’ai vraiment eu envie de faire de la BD. Après avoir passé mon bac, mes parents m’ont incité à continuer sur la voie du dessin. Je me suis présenté aux Arts Appliqués de Reims, où j’ai été admis directement en 3e année, sur dossier. Il devait normalement y avoir un cours de BD, mais j’étais le seul élève et mon professeur n’y connaissait pas grand-chose. J’ai donc décidé d’arrêter et de revenir à la maison pour préparer un Book, fait de dessins et d’illustrations que je suis allé présenter à des éditeurs à Paris. 

Les ADBD : Vous vous êtes ainsi « lancé » directement. Avez-vous eu du succès ?

P.P. : J’ai eu du boulot tout de suite, grâce à l’illustrateur Pierre Joubert, que j’admirais depuis mon enfance. J’ai pu le rencontrer et lui présenter mon travail. Il m’a beaucoup aidé, notamment en me prêtant ses dessins, dont je me suis imprégné. Il m’a ensuite orienté vers des éditeurs, Alsatia et sa collection « Signe de piste », et Hachette pour « La vie privée des hommes ». Les deux m’ont engagé. J’ai aussi travaillé avec les éditions Ouest-France qui m’ont proposé d’illustrer l’histoire des provinces françaises. Cerise sur le gâteau, Joubert a proposé de m’héberger à Paris, moi qui habitais alors en Bretagne. Ce coup de pouce qui devait être temporaire a duré plus de 9 ans ! C’est la preuve de la confiance et de la gentillesse de cet homme.

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Les ADBD : Vous avez ainsi commencé par l’illustration. À quel moment avez-vous rejoint la bande dessinée ?

P.P. : L’éditeur de chez Hachette à qui j’ai été présenté, s’est mis en relation avec Dargaud, pour lui parler de mes travaux. On m’a proposé du boulot sur des sous-séries peu intéressantes, avec des conditions de travail qui ne me plaisaient pas, donc j’ai refusé. J’ai préféré continuer avec l’illustration qui est une formidable école, car on y travaille différentes techniques : gouache, aquarelle, crayon… Le vrai rendez-vous avec la BD est un pur hasard. Un jour, je visitais une exposition de Moebius dans une galerie parisienne avec mon carton à dessins sous le bras. La providence a fait que ce même jour Jean Giraud – Moebius, donc – Loisel et Rouge soient là aussi. Loisel, intrigué par mon bagage, est venu me parler pour me demander de lui montrer mes dessins. Les trois ont regardé mon travail et m’ont complimenté. Giraud m’a donné son adresse, pour que nous puissions parler davantage. Et là, encore une fois, le hasard a bien fait les choses, car il habitait dans le Béarn, là où mon père, Haut Fonctionnaire, était en poste. J’ai donc pu profiter d’une visite chez mes parents pour aller voir Jean.

Les ADBD : C’est à partir de cette visite qu’a commencé votre carrière en BD ?

P.P. : Oui, c’est vraiment grâce à Giraud que j’ai pu débuter. À l’époque, il voulait arrêter Blueberry et cherchait un remplaçant. Il en a parlé à Jean-Michel Charlier, qui, lui, voulait continuer avec Jean. Cependant, Charlier était intéressé par mon travail pour reprendre Barbe-Rouge, en vacance de dessin, après le décès de Jijé. J’ai rencontré peu de temps après, il m’a fait faire des essais, qui ont été concluants. En un mois à peine, j’ai été engagé.

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Les ADBD : Donc, pour votre première BD, vous travaillez avec Charlier, considéré comme étant l’un des meilleurs scénaristes de l’histoire de la BD !

P.P. : Exactement ! C’était incroyable. En plus, Jean-Michel était d’une gentillesse extrême. Pour ne pas m’obliger à m’imposer le style de Jijé, il ne m’a pas fait terminer l’histoire en cours, mais il m’a créé un scénario, Trafiquants de bois d’ébène. Charlier me donnait une grande liberté. Il considérait son scénario et son découpage comme un cadre ou un squelette que le dessinateur devait s’approprier. Bien sûr, il fallait garder la trame et les péripéties, mais il acceptait des changements de dynamique ou des petites modifications de découpage. Il était très aidant et vraiment dans l’échange en plus d’être drôle et cultivé.

Les ADBD : Reprendre une série mythique à la suite de Jijé et Hubinon n’a pas été trop impressionnant ?

P. P. : Si on m’avait demandé de reprendre Blueberry, j’aurais sans doute refusé, car la marche était trop haute. En revanche, pour Barbe-Rouge, je m’en sentais capable car, autant j’aimais Hubinon sur Buck Danny, autant sur Barbe-Rouge, j’étais moins emballé. Le dessin n’était, selon moi, pas assez baroque et pas assez documenté. De plus, Charlier m’a demandé de rendre le dessin plus réaliste, plus dynamique, un peu à la Giraud, d’y apporter mon style. Donc, cela me convenait parfaitement.

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Les ADBD : Charlier est connu pour ses légendaires retards. Les avez-vous éprouvés vous aussi ?

P. P. : Oui, Charlier était toujours en retard ! Je recevais le scénario au compte-goutte, deux planches par ci, une planche par là… Giraud m’avait prévenu de cela et aussi du fait qu’il trouvait toujours une excuse baroque pour justifier son retard : grève de la poste, scénario oublié dans un taxi, papier qui s’envole, voyage imprévu… J’en ai profité pour continuer l’illustration et parfaire ma documentation, notamment grâce aux ouvrages de Jean Boudriot. J’ai aussi utilisé mon relatif temps libre pour parfaire un scénario que j’avais imaginé pendant mon service militaire et qui deviendra Les Aigles Décapitées.

Les ADBD : C’est donc grâce aux retards de Charlier que vous avez pu débuter cette nouvelle série ?

P.P. : Oui, on peut dire cela car, si j’avais été abreuvé de travail par Jean-Michel, je n’aurais sans doute pas eu le temps de la développer. Cependant, je me suis vite rendu compte que je ne pourrais pas dessiner deux séries en même temps, donc il me fallait trouver un dessinateur. A cette période, Jean-Charles Kraehn est venu me voir pour me montrer ses dessins. Je l’ai conseillé pour que le résultat soit probant et que nous puissions le présenter à un éditeur. Glénat l’a accepté et nous avons fait trois albums ensemble, puis elle a continué avec Kraehn seul et d’autres auteurs ensuite. Je n’avais plus le temps de travailler sérieusement dessus. La série se passe en France du temps de Saint-Louis, donc au XIIIe siècle. Cette période m’intéresse énormément, c’était d’ailleurs moi qui donnais toute la documentation à Jean-Charles. Je me souviens en avoir parlé à Charlier qui m’avait promis, dès le début de notre collaboration, de m’écrire une histoire se passant au Moyen-Age. Je ne l’ai évidemment jamais eu !

Les ADBD : Charlier meurt en 1989 après la publication de votre deuxième album ensemble, Les révoltés de la Jamaïque. La collaboration devait-elle continuer ?

P.P. : Oui, c’est vraiment le décès de Jean-Michel qui a stoppé notre collaboration. Nous avions commencé la troisième histoire. Comme il était toujours occupé, pris par le temps et ses différentes activités, je lui avais proposé d’écrire un synopsis d’histoire qu’il aurait ensuite découpé et dialogué. Il était d’accord et je lui ai remis ce scénario lors d’une de ses visites chez moi. Malheureusement, il est tombé malade juste après et est rapidement décédé. Même si Charlier avait dit qu’il voulait que je continue la série après sa mort, cela s’est révélé impossible. De multiples parties prenantes étaient investies pour récupérer les droits de Barbe-Rouge et j’ai vite compris que cela serait très compliqué et que je n’aurais pas pu récolter les fruits de mon travail. J’ai donc décidé de ne pas continuer après avoir fait huit pages. Mais j’ai gardé mon scénario qui allait devenir le premier tome de L’Épervier.

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Les ADBD : L’Épervier est donc né du fait des circonstances ?

P. P. : Oui, on peut dire cela. J’avais donc déjà le scénario et les huit premières pages de ce qui devait être un Barbe-Rouge. J’ai pris cette base pour créer L’Épervier. Tous les personnages de la série sont des adaptations de Barbe-Rouge et, par exemple, Eric est devenu Yann de Kermeur. Au début, L’Épervier devait se faire chez Novedi, l’éditeur de Barbe-Rouge. Malheureusement, cet éditeur ne publiait quasiment que des séries scénarisées par Charlier et à sa mort, Novedi a cessé son activité. Dupuis a racheté le catalogue et ne voulait pas de L’Épervier, le sujet étant jugé ringard. À l’époque, les responsables de Dupuis voulaient que je dessine des adaptations de romans de P.L. Sulitzer, très en vogue à cette époque. Je n’avais pas du tout envie de faire ça. Heureusement, par contrat, je pouvais continuer L’Épervier, malgré tout.

Les ADBD : Dès le premier tome, Le trépassé de Kermellec, la série trouve ses lecteurs.

P. P. : Tout à fait. J’ai tenu bon malgré les pressions de l’éditeur. Après le succès du premier tome, Dupuis a reconnu s’être trompé, d’autant que les adaptations de Sulitzer ont fait un bide. LÉpervier a été publié dans Spirou, ce qui est un signe de reconnaissance et de popularité parmi les lecteurs. Pour moi, au contraire de beaucoup de mes collègues, ce n’était pas une fin en soi, car enfant, je ne lisais pas ce titre. L’Épervier est arrivé au moment où Dupuis lançait sa collection « Repérages », qui publiait des BD un peu plus réalistes ou adultes. La série a pu s’y intégrer d’autant plus qu’elle était, par son sujet, un peu différente des autres séries de l’éditeur. Elle s’est donc démarquée.

Les ADBD : L’Épervier est une série reprenant des éléments classiques des grandes histoires d’aventures maritimes : trésor, pirates et corsaires, personnage accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. Avez-vous été influencé par vos lectures ou par des films pour scénariser la série ?

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P. P. : Oui, bien sûr, il y a toujours des réminiscences de romans, longs métrages, influences inconscientes. J’en parlais souvent avec Charlier, qui avait une très grande culture et s’inspirait de Féval, l’auteur du Bossu ou de Zévaco, auteur du Capitan. Mon unique ambition est de raconter de grandes histoires d’aventures, donc, forcément, cela reprend des thèmes classiques vus par ailleurs. À partir du tome 3, Tempête sur Brest, j’ai commencé à être de plus en plus rigoureux et précis au niveau de la documentation. Ces travaux de recherche m’ont par exemple permis de collaborer avec des revues historiques et de participer à des fouilles historiques en Guyane.

Les ADBD : L’Épervier a été adapté en série pour France 3, ce qui est assez rare pour être souligné. Comment cela s’est-il passé ?

P. P. : À l’époque, je venais de finir le 6e tome du premier cycle, et Dupuis a été contacté pour ce projet. Il s’avère que le producteur de la série à succès Plus belle la vie était fan de L’Épervier. Il a donc proposé l’adaptation à France 3, qui ne pouvait rien lui refuser. J’ai été intégré au projet dès le début, même si je n’avais aucun rôle en particulier. J’ai reçu plusieurs moutures de scénarios qui ont été revus au fur et à mesure, du fait de contraintes financières. J’ai été aussi invité à aller sur le tournage. J’ai rencontré l’équipe et notamment les acteurs Aurélien Wiik, Lou Doillon et Martin Lamotte qui étaient très enthousiastes.

Les ADBD : Le scénario final s’éloigne parfois assez sensiblement du vôtre. Avez-vous tout de même été séduit par la série ?

P. P. : Le scénario s’est effectivement éloigné du mien, mais c’est normal, car il y a des enjeux financiers derrière. Moi, que je dessine un ou dix gros vaisseaux, les coûts sont les mêmes, mais sur écran, c’est évidemment différent. À partir du moment où on accepte qu’un autre medium – ici, la télévision – adapte votre histoire, il faut laisser faire, d’autant plus que l’intrigue principale était respectée. Après, il y a des passages que j’ai beaucoup aimé, d’autres, un peu moins, mais dans l’ensemble, c’était satisfaisant. L’Épervier en BD est de l’aventure avec du romanesque, le feuilleton TV est du romanesque avec de l’aventure. La série a aussi été l’occasion de toucher un public plus féminin.

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Les ADBD : Après le premier cycle, L’Épervier n’est plus publié chez Dupuis, mais chez Soleil.  Quelle en est la raison ? 

P. P. : Dupuis a été racheté en 2009 par Media Participations, ce qui a engendré de grands changements à la fois dans la direction et aussi dans les différentes équipes. Ma directrice de collection, ma maquettiste et mon attachée de presse ont quittés Dupuis pour différentes raisons et ont rejoint Soleil. J’ai fait de même et travaille donc aujourd’hui avec la même équipe que chez Dupuis. Ce qui est étonnant, c’est qu’on peut faire le parallèle avec ma situation d’arrivée chez Dupuis. Chez Soleil, comme à l’époque chez Dupuis, ma série est atypique dans le catalogue, ce qui, finalement, lui permet de se démarquer. 

Les ADBD : Les conditions de réalisation du 2e cycle ont-elles été modifiées avec ce changement d’éditeur

P. P. : La maquette a été revue avec le titre de la série ainsi que le 4e de couverture ont changé, dans une optique « feuilletonesque ». J’ai aussi pu obtenir d’avoir des formats plus grands, ce que je n’avais pas pu avoir chez Dupuis. En revanche, l’éditeur ne souhaite pas changer de pagination, malgré mes demandes. On reste donc à 46 pages. Soleil a également racheté à Dupuis les droits du premier cycle et une nouvelle intégrale va être publiée, reprenant les 6 premiers volumes, ainsi que Archives secrètes.  

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Les ADBD : Pouvez-vous nous donner une visibilité sur la parution des deux prochains tomes, qui achèveront le 2e cycle ?

P. P. : Le 11e tome s’intitulera Red Coat, et paraîtra en fin d’année 2027. Le 12e tome n’a pas encore de date fixée, mais il n’y aura pas de fort écart de parution avec le tome précédent. A noter que ce 12e tome fera par exception 54 pages. Peut-être que cela sera mon dernier tome. En tous les cas, quelle qu’en soit la raison, si je ne suis plus en mesure de produire la fin du dernier cycle de L’Épervier, j’aimerais qu’une autre équipe reprenne cette aventure.  

Les ADBD : Comment organisez-vous le processus de création ?

P. P. : Je suis resté sur un modèle très classique, inchangé depuis mes débuts d’auteur complet. Tout part du scénario, que j’écris sur papier, sans dessin ou croquis, en respectant une page de scénario par page de BD, où je décris l’action. Il est relu par mes enfants et mon éditrice. Ensuite, je fais un petit story-board au crayon, pour avoir une bonne vision de ce que sera la planche. Je réalise ensuite mes dessins très précisément, au format de la planche, que je décalque ensuite via une table lumineuse. J’encre ensuite à la plume ou au pinceau, à l’encre de Chine. Je ne passe pas du tout par la voie numérique, même si je reconnais que cela aide bien ceux qui maîtrisent cette technique. C’est un peu trop tard pour moi pour l’apprendre.

Les ADBD : Vous êtes un auteur complet à 100% dans le sens où vous assurez les couleurs de vos albums, tâche généralement déléguée par les dessinateurs. Aimez-vous particulièrement cet aspect de votre travail ?

P. P. : Oui, je réalise les couleurs de L’Épervier. J’aime beaucoup cette tâche car je pense mon dessin pour sa mise en couleurs ; plus précisément, mon dessin « tient » grâce à la couleur. Dans la série, il y a beaucoup de bateaux, d’uniformes, de décors importants, comme Versailles, cela nécessite des couleurs précises. Sans elles, le dessin n’est pas abouti, il n’y a pas d’ambiance. Je suis mon propre coloriste car j’ai une vision très précise du rendu final et déléguer la tâche me ferait perdre un temps fou en explication, sans être vraiment certain que le résultat final corresponde à ce que j’avais imaginé. Je réalise mes couleurs à l’ancienne, à la gouache et non en numérique. Je ne faisais pas ce travail pour Barbe-Rouge, car, à l’époque, les dessins étaient plus hachurés, plus noirs et la couleur n’apportait qu’une atmosphère. Pour l’anecdote, Les trafiquants de bois d’ébène a été colorisé par Claudine Giraud, la femme de Jean. Comme elle avait pris un peu de retard, 4 planches de l’album ont été colorisées par Jean !

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Les ADBD : Quel regard portez-vous sur la BD actuelle ? Que lisez-vous ?

V. O. : Le monde de la BD est différent de celui que j’ai connu à mes débuts. Nous étions très fans des anciens et demandeurs de conseils, dont ils n’étaient pas avares. Aujourd’hui, et notamment du fait des réseaux sociaux, les jeunes restent plus entre eux et ne viennent plus vraiment vers nous, les anciens, ce qui ne les empêche évidemment pas d’avoir du talent. J’ai découvert récemment certaines BD que j’aime beaucoup, notamment Sibylline de Sixtine Dano, Terre ou Lune, Jusqu’au dernier ou bien encore La Langue des vipères de Juliette Brocal. Je vais aussi sur Instagram voir ce que font les jeunes. Je reste aussi fan des grands classiques de Giraud, Juillard, Hermann ou Dodier et relit régulièrement Largo Winch, par exemple. Je suis également les travaux de mes amis Kraehn, Gibrat, Reculé. De manière générale, ce qui m’attire en priorité dans une BD, c’est la qualité du dessin. Au niveau des scénaristes actuels, j’aime bien Dorison et Nury.

Les ADBD : Merci beaucoup Patrice Pellerin ! Nous vous laissons le mot de la fin !

P. P. : Pour terminer, j’aimerais à nouveau rendre hommage à mes trois parrains dans le milieu du dessin et de la bande dessinée, Pierre Joubert, Jean-Michel Charlier et Jean Giraud. Grâce à ces trois hommes clefs, j’ai pu faire ma carrière et c’est important de garder le souvenir de leurs travaux et de continuer à les lire.

Il est difficile de prendre congé d’un auteur qui, depuis longtemps, nous a procurés tant de beaux moments de lectures, pleins d’aventures au doux et parfois cruel parfum de la mer et de l’océan. Qu’à cela ne tienne, les albums de Patrice Pellerin nous attendent à nouveau, pour repartir vers le frisson et le bonheur de l’évasion qu’apporte la bande dessinée.

Propos recueillis par : Mathieu Depit

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