Hergé/Jacobs : du duo au duel, l’histoire d’une amitié créative
Éric Verhoest (l’Héritage Jacobs avec Jean-Luc Cambier) retrace les carrières d’Hergé et d’Edgar P. Jacobs en insistant sur leur collaboration pendant la guerre puis leur rivalité au début du Journal de Tintin.

Bruxelles, 1941. Alors que va être donnée dans un théâtre bruxellois la première de la pièce Tintin aux Indes, deux hommes se rencontrent grâce à un ami commun. Georges Remi, alias Hergé, est déjà un auteur célèbre grâce à Tintin et Milou, Edgar Pierre Jacobs est un chanteur lyrique dont la carrière a tourné court et qui s’est reconverti dans l’illustration. L’ami commun s’appelle Jacques Van Melkebeke, il a co-écrit, avec Hergé, Tintin aux Indes et connaît Jacobs depuis l’enfance. Hergé a besoin d’aide car son éditeur souhaite publier Tintin en couleurs et le grand Georges Remi n’a aucune idée de comment faire.

Hergé et Jacobs : un duo
Même si Jacobs est dans une situation financière difficile, il va se faire désirer. En effet, il ne travaillera pour Hergé qu’à partir de 1943 et ce jusqu’à la fin de la guerre mais son influence sera grande. Hergé, en grand amateur du cinéma burlesque américain, est un dessinateur du mouvement qui délaisse les décors. Jacobs, venu du monde du spectacle, soigne aussi bien la scénographie que les costumes.
Jacobs insiste aussi sur la recherche documentaire, élément qu’Hergé a commencé à développé depuis le Lotus Bleu mais qu’il va définitivement adopter à partir de sa période commune avec le père de Blake et Mortimer.

Cette rencontre entre les deux grands auteurs de la ligne claire est racontée chronologiquement par Éric Verhoest. L’auteur a eu accès à plusieurs archives, entre autre de la fondation Jacobs, dont les correspondances qui sont de véritables mines d’or pour les amateurs d’histoire.
Comme l’indique le titre de l’ouvrage, l’accent est mis sur les interactions entre Hergé et Jacobs : comment ils se sont influencés l’un l’autre en faisant ou refaisant les aventures de Tintin. Par exemple, pour la mise en couleur du Lotus Bleu, Jacobs tient absolument à avoir un rouge qui donne une impression de laque pour certains décors. Il va passer des jours à le chercher avant de voir le rendu de l’imprimerie être bien différent de ce qu’il avait imaginé.
C’est aussi Jacobs qui a l’idée des boules de cristal dans l’album éponyme dont le côté fantastique est certainement dû au futur auteur de la Marque Jaune.

Hergé et Jacobs : un duel
Lorsque Jacobs décide de quitter Hergé pour se concentrer sur son travail pour le journal de Tintin, un phénomène inattendu va se produire : de plus en plus de lecteurs du journal écrivent à propos du Secret de l’Espadon, première aventure de Blake et Mortimer. Lors des referendums, la série de Jacobs est presque aussi populaire que Tintin.
Hergé connaissant les qualités de son ancien bras droit, il a d’ailleurs dû engager cinq personnes pour le remplacer, n’est pas surpris mais un petit peu jaloux.

Alors, en fait de duel, il se fera à épées mouchetées. Certains incidents malheureux ont pu parfois, heurter la sensibilité de l’un ou l’autre. Comme lorsque Hergé, directeur artistique du journal de Tintin, demande à Jacobs de modifier certains éléments d’un projet de couverture afin de ne pas fâcher la censure. Jacobs le prendra mal alors qu’un simple coup de fil d’Hergé à son ami aurait permis d’éviter cette situation.
Le livre est riche de ces anecdotes qui en racontent beaucoup tout en permettant aux lecteurs de se replonger dans cette période dorée de l’histoire de la BD franco-belge. Certains événements ayant pourtant eu un impact majeur sur la vie et l’œuvre des protagonistes (Hergé se sépare de sa femme Germaine pour se rapprocher d’une de ses coloristes, Fanny) sont survolés car ce n’était pas le sujet.

Hergé et Jacobs : une amitié créative
Hergé/Jacobs : du duo au duel raconte comment deux auteurs vont se trouver, s’influencer mutuellement puis se séparer, tout en gardant le contact, et finir par s’affranchir l’un de l’autre afin de trouver leurs styles propres. Par exemple : les derniers Tintin (Tintin au Tibet ou les Bijoux de la Castafiore) n’ont pas grand-chose en commun avec E.P Jacobs. Tout comme il est difficile de trouver quelque chose d’Hergé dans les dernières aventures de Blake et Mortimer.
Les amateurs d’histoire de la BD qui n’ont pas encore lu la quantité d’ouvrages existants sur ces deux auteurs seront ravis de se plonger dans ce livre très accessible et richement illustré. Les autres seront un peu déçus de la répétition de certaines informations déjà présentées dans d’autres ouvrages. Cependant, ils trouveront certainement leur bonheur grâce à l’une ou l’autre anecdote ainsi que dans les nombreuses photographies inédites.

Une chronique écrite par : Frédéric P.
Informations sur l’album :
- Auteur : Éric Verhoest
- Éditeur : Éditions Moulinsart/Casterman
- Date de sortie : 14/01/2026
- Pagination : 192 pages en couleurs
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