Entretien avec Gilles Cazaux, scénariste-metteur en scène et dessinateur de L’oubliée du radeau de la Méduse
A l’occasion de la sortie de l’album L’oubliée du radeau de la Méduse et d’une exposition qui lui est consacrée avec des archives d’époque, Gilles Cazaux a accepté de nous accorder un riche entretien sur sa BD, réalisée avec Thierry Soufflard.

Les Amis de la Bande Dessinée : Enchanté Gilles et tout d’abord merci de bien vouloir répondre à nos questions.
Gilles Cazaux : Enchanté également. Merci d’accepter de discuter un peu avec moi.
Les Amis de la Bande Dessinée : Oui, c’est avec plaisir et c’est pour la bonne cause. Et puis comme nous allons bientôt nous rencontrer au Service Historique de la Défense à Rochefort (17) à l’occasion du vernissage de l’exposition consacrée à L’oubliée du radeau de la Méduse nous nous sommes dit qu’il ne fallait pas manquer l’occasion de mettre à l’honneur ce bel album.
Gilles Cazaux : Génial ! C’est une très bonne idée.

Les Amis de la bande dessinée : Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne te connaissent pas ?
Gilles Cazaux : Je suis Gilles Cazaux et je suis auteur de bandes dessinées, mais pas que. Je suis aussi et surtout réalisateur de dessins animés. J’ai travaillé par exemple sur le story-board du long métrage « Chasseurs de dragons » qui a été un film et une série, « Minuscule » la série sur France Télévisions avec des petits insectes en 3D sur fond de live. J’ai réalisé «Eliot Kid» pour TF1 en deux saisons.
Et là, avec Vincent Bonjour, ma dernière création, c’est « Jamie a des tentacules« , à partir de l’univers graphique d’Aurore Damant et Julien Bizat. Nous avons créé la mécanique de la série, l’univers. Pour France Télévisions, au début, nous avons fait deux saisons qui ont été rachetées par Gulli. La rediffusion de ces deux saisons a cartonné et la chaine nous a commandé une saison 3 sur laquelle j’ai fait la direction d’écriture et la réalisation.
Puis, j’ai décidé de faire un break pour m’atteler à L’oubliée du radeau de la Méduse, qui n’a rien à voir. Je passe de la jeunesse à l’adulte, de la drôlerie, de l’humour et de l’espièglerie de Jamie, à une réalité plus universelle et adulte sous l’étendard d’une femme qu’on a nommée Blanche en partant du naufrage de la Méduse, évidemment.

Les Amis de la Bande Dessinée : Ce sont deux façons de travailler particulières avec de grosses différences entre l’animation et la BD, dans l’approche, dans la façon de réaliser les choses ?
Gilles Cazaux : Exactement. Le point commun c’est quand même de raconter des histoires. Que ce soit pour les enfants ou pour les adultes, il y a cette même envie. Ce qui est bien dans le dessin animé c’est que c’est un vrai travail d’équipe, nous sommes nombreux et je suis un peu comme un chef d’orchestre, ce qui est totalement l’opposé de la BD où on est deux, voire tout seul. Parce que pendant un an et demi, j’ai quand même œuvré seul sur mes planches. Au début, on a bossé 3 mois ensemble avec Thierry sur la construction de l’histoire. Il s’est attaché aux dialogues. Nous voulions une histoire d’époque et moderne à la fois. C’était important que l’on ne fasse pas simplement un vieux bouquin historique. Et moi je me suis attelé à construire l’histoire au niveau du storyboard, la mise en scène et après évidemment le dessin et la couleur. Même si j’ai fait appel à 2 autres personnes qui m’ont aidé en renfort pour finir l’album dans les temps.
Les Amis de la Bande Dessinée : Ce n’est pas ta première BD ?
Gilles Cazaux : Non, il y a eu «Le grand large», c’était un diptyque, chez Casterman. Un road movie gitan avec également Thierry Soufflard, une BD très humaniste, sur les relations entre des personnages hauts en couleurs… Le tome 1, Vieillir c’est pas pour les p’tites natures et le tome 2 On ne crapote pas avec l’amour ! Un voyage qu’on a nous-même parcouru avec une caravane. Et mon premier bouquin avec Arthur Qwak au scénario : «Mémoire d’un incapable», un fait divers assez réaliste. Un 120 pages au lavis noir&blanc chez Vents d’Ouest. Nominé prix « coup de cœur»à Angoulême.
L’histoire de quelqu’un qui a carrément tué sa famille et qui ensuite essayait de passer à l’acte pour lui-même, mais il n’y arrivait pas. Ce qui nous intéressait, ce n’était pas le voyeurisme, le côté vulgaire de la situation, mais d’étudier au scalpel l’âme humaine dans toutes ses profondeurs, qu’elles soient noires ou lumineuses. C’est exactement ce que je fais sur mes quatre albums.

Avec L’oubliée du radeau de la Méduse, l’envie était de combiner toutes ces facettes que j’ai en moi et que j’ai retranscrit avec au départ ce tableau de Géricault qui m’a scotché quand je l’ai vu et revu. Il m’a profondément marqué parce que je trouvais ça absolument dingue de raconter une déchéance humaine à ce point-là. Surtout à cette époque où on était dans un bonapartiste flamboyant, je trouvais ça intéressant. J’ai commencé à lire différents ouvrages et après Thierry aussi. Nous avons lu chacun de notre côté pour se plonger dans les rouages du naufrage pour essayer d’en comprendre un peu les méandres et voir comment nous aurions envie de raconter, d’amener notre vision. C’était le point de départ, ensuite, très rapidement, nous avons découvert l’existence d’une femme sur ce fameux radeau.
Les Amis de la Bande Dessinée : Mais il y avait vraiment qu’une seule femme ?
Gilles Cazaux : Alors il n’y en avait pas qu’une seule sur la frégate de la Méduse, évidemment, il y avait plusieurs femmes, leurs maris, etc. Mais après, une fois le navire englué sur le banc de sable du banc d’Arguin au large de la Mauritanie, pendant trois jours, ils ont essayé de décoincer la Méduse. Puis ils ont fini par abandonner et vouloir partir avec les chaloupes, mais évidemment comme dans le Titanic, il n’y en avait pas assez pour tout le monde. Donc ils ont construit un radeau de fortune avec les poutres de bois qu’il y avait dans les cales du bateau et qui étaient destinées à établir la colonie en remplacement de celle des anglais à Saint Louis au Sénégal. Ils ont construit un radeau de 20 mètres sur 7 d’ailleurs, à Rochefort, ils l’ont construit en échelle 1 mais malheureusement, ils l’ont mis dehors assez longtemps et il a pourri. J’aurais bien voulu monter dessus et voir ce que ça faisait.

Les Amis de la Bande Dessinée : Et bien pour l’avoir vu et connaissant un peu l’histoire, mon impression a été très partagée, je l’ai trouvé grand et à la fois très petit en imaginant ces 150 personnes dessus.
Gilles Cazaux : Oui. Les chaloupes ont accueilli pas mal d’officiers, des bourgeois et toutes les femmes. Et sur le radeau, il n’y avait que des soldats, quelques officiers pour diriger un peu le radeau, et surtout un tas de raclures, de vermines, comme ils disaient. Il y avait quand même des géographes, un chirurgien, Savigny notre narrateur, etc.
En fait, nous avons fait des recherches au musée des armées, de la Marine, avec Isabelle Garnier qui en est l’une des responsables. Il a été retrouvé sur le registre d’embarquement, le nom d’une femme qui s’est retrouvée sur le radeau, elle s’appelait Madame Blanc. Nous l’avons découvert il y a deux ans, alors que l’on travaille sur la BD depuis au moins 10 ans et on avait nommé notre héroïne Blanche sans le savoir, le hasard incroyable.
En fait cette femme a rejoint son mari, qui était sergent dans l’armée napoléonienne. Nous avons pris la liberté de le nommer Ambroise et c’est à ce moment-là que la fiction commence, que l’on réfléchit à comment incarner sa personnalité, ses victoires, ses déboires, sa relation avec Blanche face à 150 hommes. Par contre nous avons respecté la véracité historique des événements. Tout en partant de faits réels nous avons imaginé nos personnages comme le géant chinois, ça c’était étonnant. Il est nommé par Savigny et Corréard dans leur journal de bord. Nous l‘avons appelé le Frelon parce qu’on trouvait ça drôle et nettement plus créatif. Mais il y a réellement eu un grand mec comme ça. C’est passionnant à travailler.

Les Amis de la BD : Oui et puis cela évite peut-être de relayer les propos racistes de Corréard ?
Gilles Cazaux : Oui, il l’était assez, comme tous les officiers. Ils ne sont pas tous blancs comme neige. Comme par rapport à l’anthropophagie, ça a été très partagé tout ça. Ce n’est pas que d’un côté les bons et de l’autre les méchants, non, ça n’est pas si clair. Qui est réellement passé à l’acte ? C’est la question taboue.
Les Amis de la Bande Dessinée : Comme vous êtes tous les deux à co-scénariser, comment se passent les arbitrages, comment vous en discutez ?
Gilles Cazaux : Avec Thierry on se connaît depuis longtemps maintenant et pour le coup avec lui c’est très plaisant. En fait, c’est très naturel, ça nous semble évident. C’est assez bizarre, mais c’est ça. On prend des libertés quand on sent qu’on a besoin d’en prendre. On sent ce que l’on veut raconter et donc bien évidemment on n’est pas toujours d’accord mais la justesse devient une évidence à un moment donné, enfin la notre en tout cas.

Les Amis de la Bande Dessinée : Pourquoi ce prénom Blanche ?
Gilles Cazaux : Blanche déjà on trouve ça beau et c’est une sorte de symbole. Blanche, c’est très lumineux et neutre à la fois comme couleur. Ce qui représente bien notre personnage dans l’album au final et l’épilogue vous en réservera d’ailleurs la surprise.
Les Amis de la Bande Dessinée : Elle apporte cette part d’humanité qu’il n’y avait pas ?
Gilles Cazaux : En fait, malgré la dureté de la réalité et de la vie présente sur le radeau, ce qui est beau, c’est de garder l’espoir qu’elle a donné aux soldats, comme elle a pu. Blanche est restée droite et généreuse face à l’adversité.

Les Amis de la Bande Dessinée : Ce moment avec Delacroix c’est de l’imagination ça ?
Gilles Cazaux : Pour le coup, oui c’est de l’imagination. Une évidence en fait, on s’inspire tout le temps des aînés, des gens qu’on côtoie, etc. L’idée de la transmission d’artiste à artiste. Il y a tellement de similitudes entre Delacroix et Géricault, je ne vois pas à quel moment, lui, il n’aurait pas amené des choses de Géricault dans son travail. Et La Liberté guidant le peuple prouve ça. Mais pourquoi pas, il était vraiment très ami avec Théodore Géricault, il a prêté son dos pour peindre celui d’un personnage sur le radeau et il était là au vernissage, il a entendu toutes ces histoires, donc pourquoi pas en fait?
Les Amis de la Bande Dessinée : Oui, ils ont la même inspiration romantique dans leur peinture ?
Gilles Cazaux : Ils ont la même lignée en fait. C’est très bon aussi, dans le monde dans lequel on vit aujourd’hui, de prôner un peu les transmissions culturelles entre les artistes.
Les Amis de la Bande Dessinée : C’est dans cet esprit romantique que vous avez choisi de faire cette petite danse de mariage à la fin, plutôt que de montrer les gens sacrifiés et balancés à l’eau, peut-être?
Gilles Cazaux : Oui, mais on comprend bien ce qui se passe quand même. Sur des sujets comme ceux-là, de la même manière que pour Mémoires d’un incapable c’est ténu , c’est-à-dire qu’il ne faut jamais être glauque, vulgaire ou grossier. Je trouve ça intéressant de traiter le sujet d’une manière un peu plus fine.

Les Amis de la Bande Dessinée : Oui cela apporte un peu de douceur parce que le reste, c’est vrai, est très violent.
Gilles Cazaux : Absolument, quel intérêt en fait d’en rajouter ? Ce qui est intéressant, c’est l’équilibre de tout ça et je trouve cela d’autant plus fort et d’autant plus beau d’avoir le côté un peu onirique de cette danse de mariage sur ce radeau de fortune avec toute sa déchéance humaine autour, et tout d’un coup, tu as un rayon de soleil.
Les Amis de la Bande Dessinée : On sent toute l’habitude de la mise en scène. D’ailleurs j’ai remarqué que dans la BD tu es accrédité au dessin et à la mise en scène.
Gilles Cazaux : Oui j’ai tenu à le mettre
Les Amis de la Bande Dessinée : c’est intéressant d’en parler justement, ça consiste en quoi cette mise en scène dans une BD exactement ?
Gilles Cazaux : Venant du dessin animé, donc de la mise en scène visuelle et du cinéma, je trouve primordial de raconter quelque chose d’une manière cinématographique. Pour moi, c’est pouvoir faire en sorte que raconter en images cette BD ne soit pas juste une illustration historique. Il y a tellement d’albums très figés, c’est pour cela aussi que je n’ai pas fait d’encrage classique, comme beaucoup le font, ce que je comprends par ailleurs et il y a des virtuoses très bons. Je n’ai pas trouvé nécessaire d’en faire, je voulais garder ce côté vivant du trait, cette fluidité, qui va dans le sens de la mise en scène. Les cadrages, les compositions, le trait assez nerveux et un peu rapide, j’avais envie de ça pour gagner de la fraîcheur, de l’émotion et de la vie en fait, parce qu’on parle de vivant malgré les morts.
Les Amis de la Bande Dessinée :Afin d’expliquer aux lecteurs, comment se concrétise la mise en scène dans la BD ?
Gilles Cazaux : En fait, tu fais vraiment un storyboard. Notre manière de travailler est la suivante. Thierry, qui est journaliste a fait par lui- même des recherches d’archives. Ensuite, il écrit des morceaux de séquences en fonction de la construction de la BD. Nous fixons les grands axes. Tel jour il faut raconter ça, tel jour la mutinerie, avant c’est la tempête, etc. Il écrit des sortes de dialogues et des séquences que moi je récupère et qu’ensuite je retravaille.
Pour simplifier : je fais du jus de citron pressé. Je vais à l’os et je garde les choses essentielles pour découper planche par planche. C’est-à-dire le plus souvent des gaufriers, des strips de trois ou quatre niveaux par page, pas plus, et après tu redécoupes dedans. Quand tu as de l’action, forcément ça va être plus découpé, tu as 9 et 10 cases par page et quand il y a un peu plus de narration, tu peux réduire ton nombre de cases par page, par exemple, 6 ou 5.
Ensuite, je vais mettre la caméra, parce que j’avais un challenge énorme, 110 pages sur un seul lieu et un seul décor qui est le radeau, des gens et le ciel. Il a fallu poser sa caméra là-dedans et découper pour ne pas que ce soit figé et ennuyeux. Il faut placer justement une caméra ! Un peu plus en contre-plongée si tu as envie de choper une émotion un peu plus dramatique ou carrément des plans larges avec une vue du dessus quand Blanche est mise en haut du mât, par exemple, car c’était important de voir tous ces « animaux » qui se battent à ses pieds. Il y avait un côté un peu christique, donc là tu prends du recul sur ta caméra et tu l’as vraiment en haut du mat. En fait, chaque case doit, pour moi, raconter, amener une intention ou une émotion.

Les Amis de la Bande Dessinée : Au niveau des émotions, on le voit, il y a beaucoup de gros plans ou très gros plans sur les regards ou les expressions.
Gilles Cazaux : Oui, forcément. Et puis au début, comme il y avait beaucoup de monde, j’ai justement mis dans chaque case beaucoup de monde, pour faire ressentir au lecteur cette sensation un peu étouffante. 150 personnes sur 140m2, c’est juste dingue ! Donc j’avais envie de que ça fourmille d’en mettre de plus en plus. Et tu remarqueras en relisant, que j’ai mis plein de choses, les seconds degrés, tout ça. Au fur et à mesure que l’album avance, il y a des séquences très différentes. J’ai essayé de faire ressentir les choses plus que de les illustrer et de faire de beaux dessins.
Les Amis de la Bande Dessinée : Oui et puis il y a aussi le travail sur les couleurs en jouant avec les bleus et les rouges qui retranscrivent diverses ambiances. D’une atmosphère calme en plongée sur le radeau elles évoluent progressivement vers la violence extrême avec le rouge qui recouvre le bleu foncé. Avec plusieurs coloristes cela à du compliquer le travail ?
Gilles Cazaux : Exactement, c’est cool que tu ressentes ça parce que c’était le but. Oui les coloristes, les pauvres, ils ont subi mes directives, j’étais tout le temps sur leur dos. Alice Estève, avec qui on a collaboré dans le dessin animé, était un peu disponible, donc elle a œuvré 3-4 mois sur les couleurs. Je la briefais par séquences par rapport à ce que j’avais déjà fait. Par exemple, il y a la scène du requin au coucher du soleil, Il y avait une gamme à respecter dans des oranges alors que c’est un moment dramatique, mais j’aimais bien ce contraste de danger avec du orange comme ça, très fort. Donc c’était l’impulsion et puis elle me montrait une page et je la corrigeais pour avoir une base de référence et après elle pouvait reproduire ça sur les autres cases.
Pour ce qui est de Pablo Sanchez Cano, qui m’a aidé sur les 10 dernières pages, il est arrivé le dernier mois parce que l’éditeur voulait absolument sortir le bouquin à la date prévue du 15 octobre 2025. Comme j’étais trop juste j’ai fait appel à ce jeune, que ma femme Gladys Morchoisne a trouvé dans une école de dessin animé, l’atelier de Sèvres.

Les Amis de la Bande Dessinée : Même si tu as plusieurs activités, se plonger dans l’extrême de l’horreur à ce niveau, Comment l’as-tu-vécu ?.
Gilles Cazaux : Cela à été intense surtout les 7 derniers mois. J’ai quand même travaillé sept jours sur sept, j’avoue c’était un peu délirant. J’étais tellement dedans que j’étais avec eux sur le radeau. Donc c’est vrai que ce n’était pas évident à vivre, j’étais plus sensible, plus susceptible.
Et puis en même temps je me suis mis la pression sur ce projet, c’était important pour moi et il ne fallait pas qu’il soit en dessous de ce que je m’étais fixé.
Les Amis de la Bande Dessinée : Et la BD est accueillie comment par les lecteurs ?
Gilles Cazaux : Alors écoute, on croise les doigts mais l’accueil est pour l’instant super bon. La couverture est réussie, elle attire l’œil, c’est important avec le nombre d’albums publiés. Et puis ensuite, quand ils ouvrent la BD, il y a le mystère de l’histoire, cette femme et puis les couleurs qui plaisent beaucoup. Donc les signatures se passent bien et on a fait des bonnes ventes quand même. Mais bon il est sorti le 15 octobre, il y a 15 jours à peine, il n’y a pas encore beaucoup de retour presse.

Les Amis de la Bande Dessinée : Pour parfaire l’histoire, les planches de la BD vont être exposées au Service historique de la Défense à Rochefort (17) du 17 novembre au 19 décembre 2025 avec des documents d’archives authentiques. Comment est né ce projet ?
Gilles Cazaux : C’est une histoire incroyable, J’ai réalisé tardivement et alors que la BD était bien avancée que Isabelle Garnier, qui est une amie de longue date, travaillais aux archives de Rochefort. Donc on a commencé à re-communiquer par rapport à ça, elle a fait part de cette envie de ressortir des archives, parce qu’il y a des archives réelles du radeau.
Tout est là-bas, donc elle a soumis l’idée à sa directrice, qui a eu l’air enchantée. Je leur ai envoyé l’histoire, les pages, et donc voilà on peut faire une expo et créer un événement avec la librairie Bulles en Cavale et l’association des Forts en Bulles qui se sont associés. Cela c’est fait petit à petit comme ça.
Les Amis de la Bande Dessinée : C’est venu après coup. Vous n’étiez pas venu consulter les archives à Rochefort au préalable de la BD ?
Gilles Cazaux : Non, pas à Rochefort. Aujourd’hui, on a quand même accès à beaucoup de chose à distance.
Les Amis de la Bande Dessinée : Donc cela va être spécifique à Rochefort, où bien l’expo va pouvoir tourner sur les différents Services Historiques qu’il y a en France de la Défense.
Gilles Cazaux : J’aimerais bien, mais on va déjà commencer par filmer et puis photographier l’expo. Et puis après, si d’autres gens sont intéressés par l’Expo et bien ils seront les bienvenus.

Les Amis de la Bande Dessinée : Après L’oubliée du radeau de la Méduse, tu retournes à l’animation. Faudra-il encore un temps de quelques décennies avant la prochaine BD ?.
Gilles Cazaux : Oui bonne question. En fait, j’essaie de rester libre, de ne pas me dire que j’attends la BD pour manger parce que, évidemment, c’est quand même très difficile comme métier.
Les Amis de la Bande Dessinée : L’animation paye plus ?
Gilles Cazaux : L’animation paye mais dix fois plus ! C’est la télé et le Cinéma, non ? Mais au-delà de l’argent, je le fais surtout parce que j’adore créer des univers en animation, faire bouger, mettre de la musique, ce qu’on n’a pas en BD par exemple. Et puis là, j’ai la chance jusqu’à présent d’arriver à créer mes projets et surtout à les vendre. C’est de plus en plus compliqué car on est en permanence dans un monde d’adaptation.
J’ai par exemple beaucoup travaillé et je travaille toujours un peu avec Samka Production. Ils ont acheté les droits des Sisters il y a 10 ans. J’étais au développement de l’adaptation à cette époque-là avec mon comparse Vincent Bonjour de la BD les Sisters en dessinée. Voilà, et donc, vu le gros succès aujourd’hui ça fait plaisir.
Et en ce moment je retourne au dessin animé, je suis sur un nouveau projet, que l’on crée ensemble avec ma chère et tendre, Gladys Morchoisne, productrice indépendante (Glad productions). Un sitcom jeunesse délirant familial que l’on a imaginé dans la voiture sur les routes de France en allant dans notre maison en bord de mer.
Les Amis de la Bande Dessinée : Une question que j’aime poser, que lis tu en ce moment ?
Gilles Cazaux : Je viens de terminer Sibylline de Sixtine Dano. C’est un premier album et c’est l’histoire d’une call-girl et des jeunes femmes en général qui sont confrontées à cette problématique. La BD est excellente. Ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un album de BD qui m’avait touché à ce point, bravo à elle. Et j’ai vu d’ailleurs l’exceptionnelle expo qui lui était dédiée à Saint-Malo ce week-end. Elle fait ses pages en noir et blanc avec du fusain, il y a 240 pages, c’est énorme. C’est une vraie claque. Pour moi, c’est une nouvelle autrice. Bon ce n’est pas très gai non plus mais j’adore aussi « Fluide glacial » par ailleurs. Sinon, j’adore aussi lire sur les réalisateurs de cinéma, en ce moment je lis le gros bouquin d’entretien sur Sergio Leone, passionnant.
Les Amis de la Bande Dessinée : Que dire pour donner envie à de futurs lecteurs de lire L’oubliée du radeau de la Méduse ?.
Gilles Cazaux : Vous allez découvrir l’existence de cette femme dont personne n’a jamais parlé. C’est intéressant au niveau historique, vous allez apprendre pour ceux qui ne savent pas ce qui s’est réellement passé sur le radeau, et puis surtout vous allez découvrir cette femme racontée par un homme, un survivant, et c’est peut-être en fait, malgré cette mort, cette déchéance, une ode à l’espoir. Et puis 23 euros pour 112 pages de cette qualité c’est un bon rapport qualité prix non ? La maison d’édition Marabulles a fait un vrai effort.
Les Amis de la Bande Dessinée : Je te remercie beaucoup d’avoir répondu aux Amis de la Bande Dessinée .
Gilles Cazaux : merci à vous et belles lectures.

Propos recueillis par : Xavier
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