L’abolition – Le combat de Robert Badinter
Ce n’est pas divulgâcher que de dévoiler la fin de cet album : l’abolition de la peine de mort en France est effective. Elle-même, féministe, militante pour différentes causes liées aux droits humains, l’historienne Marie Bardiaux-Vaïente retrace le long combat de Robert Badinter pour obtenir cette avancée sociale, malgré l’opposition d’une large majorité de Français. Malo Kerfriden assure la mise en image de cet événement historique.

Le 28 novembre 1972, à la prison de la Santé, Roger Bontems est amené à l’échafaud. Dès les premières pages, on se repasse mentalement le roman Le Dernier Jour d’un condamné de Victor Hugo. L’homme va être guillotiné bien que n’ayant pas de sang sur les mains, contrairement à son complice, Claude Buffet, l’assassin d’une infirmière et d’un surveillant pendant leur évasion de prison qui s’est conclue par une prise d’otage sanglante.
Les avocats de Roger Bontems, Philippe Lemaire et Robert Badinter, ne sont pas parvenus à sauver la tête de leur client, bien que la Cour de justice ait reconnu qu’il n’ait pas tué. Sa complicité a suffi : « Les deux hommes sont déclarés identiquement coupables. »
Ce jugement est un échec cuisant pour Robert Badinder malgré une plaidoirie dans laquelle il déclara : « Une société n’envoie pas se faire couper en deux, vivant, un homme qui n’a pas tué. » Bien que marqué par ce revers, l’avocat n’a jamais cessé de défendre l’idée de l’abolition de la peine de mort tout au long de sa carrière.
L’abolition n’admet aucune exception
Décédé le 9 février 2024, Robert Badinter entre symboliquement au Panthéon le 9 octobre 2025, date anniversaire de l’abolition de la peine capitale en France. Il y rejoint de nombreuses personnalités telles que Victor Hugo, Jean Moulin, Marie Curie ou Simone Veil. L’historienne et scénariste Marie Bardiaux-Vaïente figure parmi les invités de cette cérémonie. Elle-même militante abolitionniste, l’autrice raconte qu’elle a vécu ce jour-là « une des grandes journées de sa vie. »

Avec L’abolition – Le combat de Robert Badinter, elle ne signe pas une simple biographie du célèbre avocat et garde des sceaux qui parvint à convaincre les parlementaires d’abolir la peine de mort en France. Marie Bardiaux-Vaïente livre un véritable plaidoyer en faveur d’une anomalie qui ternissait encore l’image du pays dans les années 70. Entre le procès de Roger Bontems en 1972 et celui de Patrick Henry – qui assassina un enfant – en 1977, on découvre une évolution dans l’approche du combat de Robert Badinter. Il n’axe plus sa plaidoirie autour de la défense de son client, mais il entraîne les jurés dans « un procès de la peine de mort. » Pourtant, un sondage révèle que 63 % des Français sont pour la sentence finale.
Cinq ans après son échec, le destin ramène donc l’avocat au tribunal de Troyes. La scénariste détaille avec précision ce nouveau procès, véritable acte fondateur, qui a permis à Robert Badinder d’atteindre son objectif en 1981.
Robert Badinter, du bleu sur la colère rouge
La couleur rouge de la couverture contraste fortement avec les tonalités bleues de l’intérieur de l’album. Mais après tout, en imprimerie, le cyan est une couleur de base qui absorbe le rouge. Le calme, la sérénité ou parfois une certaine imperturbabilité comme catalyseur d’une certaine forme de colère qui évoque les douleurs du passé ou de l’injustice. En effet, le récit principal est entrecoupé de planches couleur pourpre retraçant l’histoire de Simon, le père de Robert Badinter. Justement, en lien avec cette histoire familiale trouble, l’avocat estime que « l’abolition n’admet aucune exception. »
Le dessin de Malo Kerfriden ne s’encombre pas de chichis ou de détails superflus qui pourraient gêner la lisibilité des planches. Et pourtant, malgré l’apparente simplicité des traits, tout est bien en place. On reconnaît sans aucune hésitation les différents protagonistes du récit. La lectrice ou le lecteur qui aurait la curiosité de chercher sur Internet des photos de Badinder, Henry ou encore de Bontems sera surpris par la vraisemblance des portraits.

Merci Badinter
« Merci Badinter », cette expression pourtant bienveillante est parfois utilisée à mauvais escient et ironiquement par les partisans de la peine de mort, à chaque nouvelle indicible histoire de meurtre. En France, l’abolition de la peine de mort a été inscrite dans la Constitution par la loi constitutionnelle du 23 février 2007. Malgré cela, comme de nombreux progrès sociétaux, ce n’est pas irréversible.
L’abolition – Le combat de Robert Badinter est une œuvre essentielle pour rappeler « que la peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie », selon Victor Hugo. À l’image de la fragilité du droit des femmes qui nécessite une vigilance constante, il est impératif de rester attentif aux soubresauts d’une société toujours plus encline à revenir sur les acquis et les progrès conquis de haute lutte.
Une chronique écrite par : Bruce Rennes
Informations sur l’album :
- Scénario : Marie Bardiaux-Vaïente
- Dessin : Malo Kerfriden
- Couleur : Malo Kerfriden
- Éditeur : Glénat
- Date de sortie : Le 1er octobre 2025
- Pagination : 144 pages en couleurs





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