Duncross contre les créatures du mal
Après le déjanté et mignon le Trésor des Terres de Ruines* et l’onirique et mignon Bot-9**, l’auteur illustrateur Derek Laufman est de retour chez Aventuriers d’Ailleurs pour un recueil de deux histoires courtes médiévales fantastiques, bourrines et pas vraiment mignonnes, Duncross contre les Créatures du Mal.

© Duncross contre les créatures du mal – D. Laufman – Aventuriers d’Ailleurs, Bamboo – 2025
Le père McKellen est inquiet, les forces du mal se manifestent de plus en plus dans le nord du pays. Et l’Église préfère fermer les yeux. Alors le moine prend les choses en main et embauche le chevalier, sans peur mais pas vraiment sans reproche, Duncross, bourru et bourrin, mais diablement… pardon, sacrément efficace ! Toutefois, aucun d’eux n’est vraiment préparé aux combats qui les attendent.

© Duncross contre les créatures du mal – D. Laufman – Aventuriers d’Ailleurs, Bamboo – 2025
Le bon, la brute et les démons
Le Canadien Derek Laufman n’est pas là pour « niaiser » ! L’album s’ouvre sur une introduction de deux pages, écrite par le père McKellen dans son journal de bord, présentant vite fait le contexte et sa rencontre avec le chevalier Duncross, qui a eu la bonté d’âme d’accepter un bon gros sac de pièces d’or pour aider le moine à enquêter. Et on enchaîne avec le titre du premier épisode : les Agneaux de Dieu. Nos deux héros entrent dans la cour d’un monastère où fleurissent les cadavres éventrés. Mais il en faut plus pour décourager Duncross, d’autant plus qu’il n’a que vingt-quatre planches pour comprendre cette tuerie et, accessoirement, dégommer du démon.

© Duncross contre les créatures du mal – D. Laufman – Aventuriers d’Ailleurs, Bamboo – 2025
L’intrigue est très classique, aussi bien dans son contexte que dans son déroulement, et pas plus dans son duo de protagonistes. Et pourtant ça fonctionne du tonnerre de Dieu ! Le récit va vite, très vite, enchaînant les moments drôles et les scènes de combats presque épiques. L’apparente banalité du scénario permet, en effet, à son auteur de lancer son lecteur sur des montagnes russes à pleine vitesse. Nul besoin de se creuser les méninges pour comprendre les enjeux et les dilemmes, ici, il suffit de prendre du popcorn et de profiter de cette aventure purement jouissive, avec même un petit côté régressif très appréciable.

© Duncross contre les créatures du mal – D. Laufman – Aventuriers d’Ailleurs, Bamboo – 2025
C’est quand qu’on va où ?
Après un interlude issu du journal du moine, permettant de faire un lien simple, et un poil artificiel, entre les deux récits, la seconde histoire peut démarrer. Avec ses cinquante-quatre planches, la Tour du Rivage se permet d’être un peu plus retorse que sa prédécesseuse. Moins stéréotypée, avec un peu plus de rebondissements, cette intrigue n’en reste pas moins efficace et plaisante. Toujours relativement simple à suivre dans ses enjeux, la narration mêle toujours aussi bien humour, action et fantastique, bien que n’apportant pas beaucoup à la trame principale du titre, à savoir les raisons de inquiétantes multiplications des manifestations démoniaques et du silence de l’Eglise à ce sujet.

© Duncross contre les créatures du mal – D. Laufman – Aventuriers d’Ailleurs, Bamboo – 2025
Ce manque de progression narrative globale est, d’ailleurs, une des interrogations qui grandissent tout au long de la lecture. Il n’y a pas de mention « tome 1 » sur l’album alors que les deux chapitres semblent être deux épisodes d’une histoire beaucoup plus conséquente qui pourrait promettre une jolie montée en intensité de ses enjeux et dangers. Les deux protagonistes s’éloignant en fin d’aventure et la conclusion, issue une nouvelle fois du journal du prêtre, laissent toutefois l’espoir de revoir les deux protagonistes se mettre sur la tronche avec des démons.

© Duncross contre les créatures du mal – D. Laufman – Aventuriers d’Ailleurs, Bamboo – 2025
Le nom de la rose fanée
Il faut dire que les deux héros de l’intrigue sont vraiment attachants. Reposant sur le thème éculé du duo que tout oppose, McKellen, qui n’a rien d’un Gandalf à par la barbe et la robe, et Duncross, le bourrin bourru au grand cœur, sont l’un des atouts majeurs du récit. Leur complicité naissante est vraiment plaisante à suivre. On ne peut que sourire en leur compagnie, du moins quand on ne craint pas pour leur vie – même si le ton du récit et sa construction annoncent clairement qu’aucun des deux n’est réellement en danger de mort. Il est également assez marrant de noter la présence du mot « cross » (croix) dans le nom du chevalier. On s’amuse alors à trouver le sens de son nom, « Dun » pouvant, par exemple, être la contraction de « do not », niant, de fait, la croix chrétienne si chère à McKellen.

© Duncross contre les créatures du mal – D. Laufman – Aventuriers d’Ailleurs, Bamboo – 2025
Il est évident que Derek Laufman aime ses personnages, même stéréotypés au possible dans leur construction comme dans leur évolution, le prêtre d’apparence fragile devant même trouver en lui des ressources insoupçonnées pour venir en aide à son compagnon. Leur relation apporte un côté comique indéniable et vraiment efficace au récit, avec des dialogues truculents, mais aussi dans leur graphisme, brillant par leur charisme et leurs tronches très expressives. Le dessin de Derek Laufman brise, quant à lui, les clichés. Assez proche de ses œuvres précédentes, plus ciblées sur un lectorat jeune, son trait tout en rondeur tranche avec la noirceur de la narration et les bonnes giclées d’hémoglobine ou de tripes humaines dans de nombreuses cases. Les décors suivent la même logique avec des bâtiments assez doux mais généralement sales et abîmés. L’illustrateur assure lui-même la colorisation de ses planches, travaillant superbement ses ambiances, tantôt sombres et menaçantes, tantôt très lumineuses et poétiques.

© Duncross contre les créatures du mal – D. Laufman – Aventuriers d’Ailleurs, Bamboo – 2025
Bien que tout à fait classique, voir presque banal, dans tous ses aspects narratifs, de son univers à ses personnages, Duncross contre les Créatures du Mal est d’une redoutable efficacité, aussi bien dans l’humour que dans l’action. Le principal atout de l’album, outre l’indéniable sens du rythme de son auteur, réside dans son graphisme, dans les décors, simples mais soignés, comme dans les protagonistes, charismatiques et drôles à la fois. Avec un tel concept de récits courts et un duo des plus attachants, le nombre d’épisodes pourrait être presque infini. Espérons avoir la possibilité d’en découvrir plus pour découvrir les causes de la montée en puissance des forces du mal et l’éventuelle implication de l’Église, évoquée dès l’introduction de l’album.
* Initialement sorti en France en 2019 sous le titre Pilleurs de Ruines, chez Jungle. ** Initialement sorti en 2023, aux Aventuriers de l’Étrange, ancien nom des Aventuriers d’Ailleurs avant que l’éditeur ne rejoigne l’écurie Bamboo, début 2024.
Une chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

© Duncross contre les créatures du mal – D. Laufman – Aventuriers d’Ailleurs, Bamboo – 2025
Informations sur l’album :
- Scénario : Derek Laufman
- Dessin : Derek Laufman
- Couleurs : Derek Laufman
- Éditeur : Aventuriers d’ailleurs
- Date de sortie : Le 30 avril 2025
- Pagination : 88 pages en couleurs









