Downlands
Des fameux contes de Noël de Charles Dickens à certains des meilleurs épisodes de la série Dr Who, de Hamlet de William Shakespeare au Chien des Baskerville de Sir Arthur Conan Doyle, esprits et fantômes parcourent les œuvres culturelles britanniques. Alors quand le Canadien Norm Konyu s’installe dans un petit village du sud de l’Angleterre, il est rapidement frappé par le folklore fantastique local. Au point de lui dédier son nouveau roman graphique : Downlands.

© Downlands – Norm Konyu – Glénat, 2025
James et Jennifer Reynolds sont des jumeaux fusionnels de 14 ans habitant un village dans la région des South Downs, au sud de l’Angleterre. Un jour, la jeune fille croise un grand chien noir que son frère ne voit pas. Le lendemain, elle meurt subitement. Pour James, le deuil est impossible. Lorsque le chien noir est de nouveau évoqué lors des obsèques d’un de ses oncles, ayant lui aussi croisé l’animal la veille de son décès, il décide de percer le mystère de ces apparitions fantomatiques et tragiques. Il est loin de s’imaginer jusqu’où son enquête va le mener.

© Downlands – Norm Konyu – Glénat, 2025
La rue des trépassés
Malgré son récit étalé sur 304 pages, Norm Konyu ne perd pas de temps à poser ses enjeux en évoquant le chien noir dès la première planche et la fameuse Jennifer dès la troisième, avant d’annoncer sa mort trois planches plus tard. La « voix-off », omniprésente, de l’album est confiée à James, permettant de créer un lien entre l’adolescent et le lecteur. Les mots sont simples mais honnêtes et emplis d’émotion et de doutes, ce qui sera le cas tout au long du récit, le rendant, au-delà du mystère, très poignant. Il est, en effet, assez facile de s’attacher à James, de partager ses questions, ses peurs, sa tristesse. En plaçant sa trame principale en 1996, le scénariste isole son protagoniste, le privant d’internet et des réseaux qui auraient pu lui en apprendre plus. Il devra alors mener une enquête à la fois introspective et méthodique, notamment grâce à l’aide de la « sorcière » Miss Walker, mémoire vivante de la rue dans laquelle tous deux habitent.

© Downlands – Norm Konyu – Glénat, 2025
Passé les premières planches, l’auteur nous présente quelques figures du passé de la rue dans laquelle son histoire prend place. Au gré des années et des numéros des maisons, il dresse un panorama plein de petites joies et de grands drames, via des vignettes présentées comme des photos. Les familles viennent et reviennent dans ce passage historique qui se fait de façon non chronologique, obligeant le lecteur à revenir plusieurs fois en arrière afin de bien savoir qui est qui. Retenir les noms et les événement sera nécessaire pendant une bonne partie du récit, rendant parfois l’intrigue complexe à suivre au risque de dérouter plusieurs fois le spectateur. Toutefois, à partir du milieu de l’album, Norm Konyu a suffisamment bien placé ses enjeux et ses acteurs, notamment via des coupures de presse très enrichissantes, pour que le récit se fluidifie et montre toute l’ampleur de son univers.

© Downlands – Norm Konyu – Glénat, 2025
Je vois des gens qui sont morts
L’imposant chien noir de mauvais augure est une figure incontournable dans le folklore du sud de l’Angleterre, étant même l’un des très rares éléments fantastiques des romans Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyle, dans le Chien des Baskerville (1902). Un tel molosse, c’est du pain béni pour un illustrateur, et Norm Konyu ne se prive pas de lui donner une apparence horrifique, d’un noir absolu que viennent seulement percer des yeux lumineux et vides. Cette représentation jusqu’au-boutiste est à l’image de l’album : radical. Avec son trait des plus originaux, riche en lignes droites, y compris dans les visages, et l’absence de contours, que ce soit pour les personnages comme pour les décors, le Canadien ajoute encore une touche fantastique à son récit qui n’en demandait pas tant. Si ce graphisme peut dérouter à l’ouverture du livre, il en devient rapidement l’un des gros points forts.

© Downlands – Norm Konyu – Glénat, 2025
La personnalité visuelle de Norm Konyu, à qui l’on doit le somptueux l’Appel de Cthulhu, se retrouve également dans ses changements d’ambiances et de périodes. Son récit étant riche en flashbacks historiques, l’illustrateur joue avec les codes, notamment photographiques, à l’image de cette plongée en 1896 dont les cases, toutes en sépia, sont des photos encadrées, comme accrochées à un mur bleu. Les couleurs ont, à ce titre, un réel impact narratif. Généralement très vives et basées sur des camaïeux jaunes, violets ou bleus, au gré des émotions et des époques, elles participent pleinement à l’ambiance de chaque scène et mettent parfaitement en valeur les décors si particuliers de l’album : arbres presque burtoniens, noirs coupés par des bandes blanches, ou, au contraire, tout en rondeur et transparence, intérieurs avec des éléments tordus ou penchés. L’univers de Downlands est mystérieux et dérangeant dans ses moindres détails, pour le plus grand plaisir du lecteur.

© Downlands – Norm Konyu – Glénat, 2025
Malgré une première partie assez complexe à suivre du fait de sa grande galerie de riverains décédés, le généreux one shot Downlands devient rapidement captivant. Mystères et morts suspectes, drames familiaux aux protagonistes attachants, vivants comme morts, choix graphiques audacieux mais toujours justes, la nouvelle œuvre de Norm Konyu est une grande réussite qui saura ravir les amateurs d’histoires de fantômes comme ceux de récits profondément humains. Après son magnifique l’Appel de Cthulhu, Norm Konyu se place comme un auteur à suivre dont on a hâte de découvrir les prochains ouvrages, en espérant également avoir la chance de voir son The Junction (2022) édité en France.
Une chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

© Downlands – Norm Konyu – Glénat, 2025
Informations sur l’album :
- Scénario : Norm Konyu
- Dessin : Norm Konyu
- Couleurs : Norm Konyu
- Éditeur : Glénat
- Date de sortie : Le 30 avril 2025
- Pagination : 304 pages en couleurs

© Downlands – Norm Konyu – Glénat, 2025
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