Avec Fausse balle, publié chez Pow Pow, Pascal Girard poursuit l’exploration d’un dessin vif et spontané dans la lignée de l’esthétisme du carnet déjà présenté dans Passe-Temps (2024). En s’appuyant sur l’efficacité du strip, ce bédéiste prolifique consolide sa place de pilier de la bande dessinée d’auteur québécoise.

Fausse balle Pow Pow couverture

Fausse balle©Éditions Pow Pow – Pascal Girard

Dans ce recueil, l’auteur capture avec un humour tantôt narquois, tantôt tendre, des fragments d’un quotidien aux multiples facettes. Qu’il soit père, travailleur social ou auteur en dédicace, il ne s’enferme dans aucun rôle et promène son regard de la rue aux cabinets médicaux, des festivals aux matchs de sport. Cette succession de rencontres et de lieux permet une mise en scène constante de l’embarras, mais aussi des moments de grâce, de doute ou de simple observation lucide du monde qui l’entoure. Le titre Fausse balle trouve ici tout son sens : au baseball, il s’agit d’un coup frappé hors des limites, un geste technique qui n’aboutit pas au résultat escompté. Cette métaphore illustre parfaitement ces trajectoires sociales déviantes et ces petites sorties de route du quotidien que l’auteur affectionne. C’est précisément en acceptant de montrer ces ratés que Pascal Girard permet au lecteur de s’identifier à lui. Cette approche crée un aspect immersif : le lecteur devient plus qu’un simple spectateur, se familiarisant avec son système de pensée et son sens aigu de l’observation. Loin de la banalité, l’auteur extrait l’originalité de ces instants communs pour en faire des trouvailles narratives uniques.
 

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Fausse balle©Éditions Pow Pow – Pascal Girard

L’art de l’observation pour une immersion sans frontières

Si la brièveté des séquences et la recherche de la chute rappellent le gag, Fausse balle se lit davantage comme une chronique d’observations sociales. L’album maintient une fraîcheur constante grâce à un rythme bien maîtrisé. La grande force de ce format est sa flexibilité : le lecteur peut tout aussi bien picorer les pages au gré de son temps disponible que dévorer l’ouvrage d’une traite. L’absence de répétition dans les thématiques et les ressorts humoristiques garantit une lecture fluide, où l’intérêt se renouvelle à chaque page.
 
 Cette dynamique narrative s’appuie sur une exploration géographique et sociale constante, car l’univers de l’album est vaste. L’auteur multiplie les cadres spatiaux pour mettre en scène ses strips : à la maison, dans la rue, au travail, lors d’un festival, chez l’ostéopathe ou encore lors de séances de dédicaces, entre autres. Au cœur de ces lieux, le récit se nourrit discrètement des enjeux d’insécurité sociale et de la complexité du rapport à l’autre. L’utilisation de l’autodérision permet d’exposer des doutes professionnels et ces petites lâchetés quotidiennes que nous partageons tous secrètement, favorisant une identification immédiate du lecteur à ces moments de vulnérabilité très humains. Un point notable concerne l’accessibilité culturelle. Fausse balle constitue une porte d’entrée privilégiée vers la culture québécoise contemporaine et de la vie citadine montréalaise. Contrairement à d’autres œuvres qui exigent un effort d’adaptation pour un public européen en raison d’un lexique très typé, cet album offre une immersion sans barrière majeure. Le vocabulaire et les expressions restent limpides et accessibles, permettant de comprendre chaque situation sans effort de traduction interne, tout en voyageant dans une réalité culturelle distincte.

Fausse balle©Éditions Pow Pow – Pascal Girard

L’art du strip : le quotidien dévoilé

Sur le plan visuel, l’auteur s’appuie sur la régularité d’un gaufrier de quatre cases par page. Cette structure stable s’efface au profit de la mécanique de l’humour, où le contraste entre la rigidité du cadre et le caractère dérisoire ou décalé des situations accentue l’impact de chaque strip. Pascal Girard joue toutefois avec cette structure pour briser toute monotonie potentielle en étirant parfois une situation sur plusieurs feuillets. Il ne le fait jamais gratuitement : la case devient un outil modulable que l’auteur adapte précisément dès que la narration ou l’exigence d’une scène le demandent. Le dessin en noir, dépourvu de hachures ou de couleurs, mise sur une économie de moyens qui impose une justesse absolue. Loin d’être un raccourci technique, ce dépouillement agit comme une synthèse où chaque trait doit porter une intention précise. Puisque le regard n’est pas distrait par des détails secondaires, la lisibilité de l’action est immédiate : une simple inclinaison de sourcil, un regard en coin ou une posture bégayante suffisent à cristalliser une émotion complexe. Loin d’être simpliste, ce trait épuré va droit à l’essentiel pour servir l’histoire sans artifice inutile.

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Fausse balle©Éditions Pow Pow – Pascal Girard

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Fausse balle©Éditions Pow Pow – Pascal Girard

Cette clarté graphique favorise une narration agile qui, sous la forme d’une chronique héritée du carnet de croquis, permet de réinitialiser l’attention du lecteur à chaque feuillet. L’ouvrage s’affranchit ainsi de toute routine : qu’on le lise par petites touches ou d’une traite, l’intérêt se renouvelle sans cesse grâce à la découverte de ces micro-univers. Au fil des planches, cette forme courte installe une complicité durable avec le personnage principal. En tant qu’alter ego de l’auteur, ce dernier finit par nous devenir familier et de plus en plus sympathique à mesure que les pages défilent : On guette ses bégaiements et ses malaises sociaux avec une sympathie croissante ; on aime le voir vivre, faire ses choix et s’assumer tel qu’il est.

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Fausse balle©Éditions Pow Pow – Pascal Girard

Fausse balle parvient à concilier la diversité des récits avec la cohérence d’un regard porté sur le monde. L’attachement naît de ce mélange de fragilité et d’observation juste, transformant les petites scènes de tous les jours en une chronique sociale savoureuse. Pascal Girard propose une bande dessinée où le fond et la forme se rejoignent pour offrir une immersion dans le quotidien québécois. Une lecture qui, loin d’être une fausse balle, frappe juste !

Une chronique rédigée par : Charlotte Claeys

Informations sur l’album :

  • Scénario et dessin : Pascal Girard
  • Éditeur : Pow Pow
  • Date de sortie (Québec) : 07/04/2026
  • Pagination : 144 pages 

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