Vol 111 – Sous les vagues

En 1998, le vol Swissair 111 s’abîme au large des côtes canadiennes, près d’Halifax. 229 personnes perdent la vie, dont les grands-parents de Talel Aronowicz, alors âgée de 7 ans. 25 ans plus tard, l’illustratrice mène l’enquête pour débusquer les non-dits familiaux.

Vol 111 – sous les vagues ©Helvetiq 2026 – Talel Aronowicz - Couverture
Vol 111 – sous les vagues ©Helvetiq 2026 – Talel Aronowicz

Avocate de formation, devenue illustratrice, Talel Aronowicz est attablée à la terrasse d’un bistrot avec deux amies. L’heure n’est pas aux réjouissances, la grand-mère de l’une d’elles vient de décéder. C’est un moment pour la confidence. « Et toi ? Tu as encore des grands-parents ? » Talel revient sur la forme olympique de sa grand-mère paternelle, puis annonce que ses deux grands-parents maternels sont décédés, à 74 et 79 ans, lors d’un crash aérien. C’est l’incrédulité. La jeune femme complète : Ils avaient embarqué pour le vol Swissair 111 qui reliait New-York à Genève. L’appareil s’est abîmé en mer en 1998.

Talel Aronowicz avait alors 7 ans. Si elle se souvient de quelques moments d’enfance passés avec ses grands-parents, elle se rend compte qu’elle ne connaît que peu de chose autour du drame. Et pour cause, c’est un événement que sa mère n’a jamais voulu aborder. Cette conversation avec ses amies agit comme un déclencheur, elle décide de mener l’enquête et prend le train direction la Haute-Savoie pour y retrouver sa maman.

Vol 111 – sous les vagues ©Helvetiq 2026 – Talel Aronowicz - planche 7
Vol 111 – sous les vagues ©Helvetiq 2026 – Talel Aronowicz

Les non-dits des vivants

Le McDonnell Douglas MD-11 s’écrase le 2 septembre 1998 à 01h31 UTC. C’est l’accident aérien le plus meurtrier de l’histoire de la compagnie Swissair. 116 Américains, cinquante Suisses et quarante-quatre Français figurent parmi les 229 victimes de la catastrophe aérienne. La mère de Talel Aronowicz est réveillée aux environs de trois heures du matin par un téléphone de son beau-frère. Il lui annonce la nouvelle.

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Vol 111 – sous les vagues ©Helvetiq 2026 – Talel Aronowicz

Sous les vagues souvenirs, il y a une histoire familiale atypique, celle d’une famille multiculturelle marquée par une catastrophe aérienne : le grand-père paternel de Talel Aronowicz était sri-lankais, sa grand-mère anglaise. Le père de l’illustratrice, lui, est né au Brésil, mais les parents de ce dernier ont par la suite vécu en Suisse. Des deux côtés de la famille, on devine des incompréhensions et des non-dits. Ils sont culturels, mais également très humains. Il y a les vivants qui s’insupportent, et les morts que l’on n’arrive plus à évoquer.

L’émotion brute du récit

En exhumant les souvenirs de sa mère, l’illustratrice ravive certaines douleurs, mais elles agissent comme une sorte de thérapie. Les comportements des enfants des disparus ont été divers. Pendant que la maman de Talel s’enfermait dans sa douleur, son oncle, lui, officiait comme porte-parole des familles des victimes. Il s’est impliqué dans l’enquête.

La simplicité du trait de Talel Aronowicz concentre l’attention sur l’émotion brute du récit. Dès les premières pages, l’évocation du souvenir des grands-parents de l’autrice conduit les lectrices et les lecteurs au cœur du drame du vol Swissair 111. On est pris par à la fois par les souvenirs personnels de l’autrice et par les conversations intimes qu’elle mène avec les différents membres de sa famille.

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Vol 111 – sous les vagues ©Helvetiq 2026 – Talel Aronowicz

Raconter le vol 111 en BD

La lisibilité du récit est facilitée par un découpage plutôt classique, un rythme régulier mené par un gaufrier de 6 vignettes. Il est à peine bousculé par quelques illustrations en pleine page. Les cassures de l’histoire sont à chercher du côté des couleurs : l’utilisation du cyan pour la trame principale du récit est entrecoupée par la tonalité jaune des pages évoquant la mémoire des grands-parents de Talel ou encore par le magenta qui remonte les doux souvenirs d’enfance de l’autrice.

Au cours d’une conversation, c’est le père de Talel Aronowicz, le beau-fils des disparus, qui suggère à la jeune femme de raconter cette histoire en bande dessinée. C’est une véritable révélation qui permet à l’autrice de poser là un récit délicat. Loin d’être mélancolique, il agit comme une forme de rédemption de la mémoire. On ne cherche pas ici à comprendre les raisons de la catastrophe, mais plutôt à dérouler le très fragile fil de la parole.

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Vol 111 – sous les vagues ©Helvetiq 2026 – Talel Aronowicz

Petit à petit, les dialogues invitent à repenser les liens. Les mots s’assemblent et forment des maillons qui réunissent les protagonistes de cette histoire familiale pas comme les autres. La meilleure manière de rendre hommage aux morts, c’est d’exprimer ses sentiments et de démontrer son amour pour les vivants. La parole est libératrice et tisseuse de liens.

Chronique écrite par : Bruce Rennes

Informations sur l’album :

  • Scénario : Talel Aronowicz
  • Dessin : Talel Aronowicz
  • Éditeur : Helvetiq
  • Date de sortie : 27/03/2026
  • Pagination : 128 pages en couleurs

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