Français langue étrangère
Le Français Langue Étrangère (FLE) est la matière enseignée aux non-francophones. Le dessinateur Salch suit les péripéties d’une enseignante chargée d’enseigner la langue de Molière à des migrants fraîchement débarqués. C’est corrosif !

Les élèves qui composent la classe de Marie sont atypiques. Ce sont des adultes qui proviennent des quatre coins du monde. En général, de lieux où la guerre, l’absence d’humanité et la pauvreté se côtoient intensément. On y retrouve des hommes et des femmes originaires du Pakistan, de l’Afghanistan, de l’Érythrée, du Nigéria ou encore de Centrafrique. La liste n’est pas exhaustive.
Les cours de la jeune femme sont rythmés et surtout ponctués de surprises, bien loin de l’enseignement du français qu’elle pratiquait dans une école de commerce à Berlin. Ici, certains ont déjà eu un bref temps de scolarité – qui s’arrête bien souvent aux classes de primaire -, d’autres n’ont pas eu cette chance et sont totalement analphabètes. Face à cette singulière diversité, la débrouille prime : langue des signes, petits dessins sur le tableau et autres mini-astuces colorent des leçons périlleuses ou cocasses selon l’état d’esprit du moment.
Le labyrinthe administratif de l’intégration
Français Langue Étrangère est une bande dessinée qui s’inspire de faits réels. Le quotidien de Marie est piquant, parfois décourageant, avec son lot de surprises et de moments riches en émotion. Son rôle s’étend parfois bien au-delà de l’enseignement. Elle se retrouve malgré elle assistante sociale, mais également ambassadrice de la culture française et confidente de ses élèves.

Le récit du dessinateur Éric Salch, déjà remarqué pour son regard sans fard sur l’entrée des personnes âgées en Ehpad, Résidence Autonomie – est composé de plusieurs historiettes qui sont tout autant d’anecdotes grinçantes. Sans surprise, il y a la confrontation des cultures (en France, on peut boire du vin et il est interdit de frapper sa femme ou ses enfants, ce qui est parfois difficile à entendre tant c’est ancré dans certaines coutumes), le récit glaçant des horreurs de la guerre ou d’un chemin de la migration pavé d’embûches. Ce dernier est agravé par le labyrinthe administratif qui complexifie l’intégration de ces hommes et de ces femmes dans la société française.
L’éclat de rire et des bombes
Le trait de Salch est fortement inspiré de celui du dessin de presse. Il y a ce ton sarcastique, qui suscite le rire étouffé… qui provoque la petite gêne bienvenue : elle est la preuve que le dessinateur a touché dans le mille.
C’est donc caricatural à souhait, mais le sujet s’y prête toutefois. Les lectrices et les lecteurs sont plongés dans le domaine du récit « multi-biographique ». Ce sont les histoires de n’importe quel professeur – professionnel ou bénévole dans une association – qui se retrouve aussi face à une classe aussi multiculturelle.

Le manque de moyens auxquels ces structures sont confrontées est toutefois compensé par cette dose d’humanité qui appose un joli sourire sur les visages ; quand ce n’est pas des éclats de rire. Ces derniers couvrent celui des explosions qui hantent la mémoire de certains réfugiés. Car oui, bien souvent le décalage des cultures ne mène pas seulement à l’incompréhension, amusante, des élèves. Parfois, il place les enseignants et les enseignantes faces à leurs erreurs ou propres contradictions : par exemple, une animation autour de la création d’un arbre généalogique avec ses élèves n’est pas la meilleure des idées… Certains d’entre-deux ont vu leur famille décimée.
Mot de Cambronne
Du noir et blanc de l’ouvrage, n’émerge que la chevelure rouge de Marie et quelques cadres narratifs jaunes. Il est aisé d’associer la première couleur aux émotions provoquées par l’ensemble de ces petits épisodes qui racontent le combat quotidien de l’enseignante. L’humour et la tristesse s’entremêlent pour dépeindre un portrait global qu’il serait de mauvais aloi de restreindre à la carricature et au ton incisif de Salch.

Sous la plume de l’auteur, germent plusieurs notes d’espoir. Malgré les différences et les difficultés, il y a cette complicité entre l’enseignante et ses apprenants, mais également entre les élèves eux-mêmes. Chacune et chacun a sa propre histoire, douloureuse, et pourtant, ici et là, on relève des signes de tendresse et d’amitié. Ce sont tout autant de signes d’humanité et mots de Cambronne balancés à la tête des élites de tout pays, ceux qui provoquent ces mouvements migratoires. Malgré les épreuves, on continue de sourire et à être solidaires.
Une chronique écrite par : Bruce Rennes
Informations sur l’album :
- Scénario : Salch
- Dessin : Salch
- Éditeur : Dargaud
- Date de sortie : 27/03/2026
- Pagination : 136 pages en noir et blanc
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