Les éditions Nique à feu et La Flopée 3 : faire vibrer la création collective à Québec

Le 30 mars dernier marquait la parution de La Flopée 3 au Québec. À cette occasion, Les amis de la BD ont pu échanger avec l’équipe des éditions Nique à feu pour une discussion à cœur ouvert sur les coulisses de ce projet collectif. De la genèse de la structure au symbolisme de son nom, cet entretien écrit explore le lien identitaire qui unit la maison d’édition au territoire de la ville de Québec.

La Flopée 3 en rayon à la Librairie La Liberté, à Québec.

La Flopée 3 en rayon à la Librairie La Liberté, à Québec.

Véritable moteur pour la scène locale, Nique à feu se distingue par sa dimension humaine et son engagement auprès de la relève de la BD. En offrant une vitrine professionnelle aux jeunes bédéistes, la maison d’édition ne se contente pas de publier des livres : elle fédère une communauté vibrante. À travers les thématiques du travail collaboratif, de la diversité artistique et de l’ouverture vers de nouveaux horizons de diffusion, découvrez une maison d’édition qui mise sur le talent et l’authenticité pour mettre en lumière tout ce que la capitale a de mieux à offrir.

Cet échange a été rendu possible grâce à la collaboration de :
Géraldine : Direction, édition et distribution
François : Co-fondateur, direction, édition et production

Les Amis de la BD : Le catalogue de Nique à feu est intimement lié à la fibre créative de la ville de Québec. Votre projet éditorial a-t-il vu le jour pour offrir une vitrine à ce foisonnement de talents ? Quelle est, d’ailleurs, la genèse de la maison d’édition?

Nique à feu : C’est autour d’une bière au Café Smith de Limoilou que les éditions Nique à feu prennent officiellement forme. L’idée germe dès le Salon du livre d’avril 2023, quand Jonathan Boisvert (Bladanosaure) et François Simard réalisent qu’il n’existe aucune plateforme éditoriale professionnelle à Québec pour publier de la BD et permettre aux nouveaux talents d’intégrer l’écosystème de la bande dessinée, d’où l’idée de créer un collectif local. Ils font appel à des artistes de la ville qu’ils suivent sur les réseaux sociaux et sentent immédiatement un réel engouement, ce qui les motive à créer une publication de qualité. En préparant le projet, la nécessité d’une structure éditoriale s’impose : c’est ainsi que naissent les éditions Nique à feu en 2024. La première publication, La Flopée no. 1, sort au printemps 2024 et reçoit un accueil enthousiaste de la communauté, ce qui confirme que Nique à feu (NAF) vient combler un besoin réel dans le milieu de la BD à Québec.

Logo de la maison d'édition Nique à feu

Logo de la maison d’édition © Nique à feu

Les Amis de la BD : Dans un ouvrage collectif comme La Flopée, où les styles et univers hétéroclites se rencontrent, quel est le fil conducteur qui unit tous ces créateurs ?

Nique à feu : Le fil conducteur reliant les œuvres de La Flopée, c’est que chacune prend la ville de Québec comme théâtre de son histoire. Sans être dans l’esprit carte postale, les œuvres ont une couleur et une saveur locales, propres à la région. Les autrices, auteurs et leurs œuvres sont sélectionnés pour refléter une variété de styles et d’influences, afin de s’adresser tant aux lecteurs de BD aguerris qu’aux néophytes.

Les Amis de la BD : En voyant une photo de promotion de La Flopée 2, on sent que le plaisir de travailler ensemble est au cœur du projet. Comment faites-vous pour transmettre cet esprit de « gang » aux nouveaux artistes de ce troisième opus ? Et concrètement, comment s’organise la création d’un ouvrage à une quinzaine de mains ?

Carrefour de Québec, août 2024

Carrefour de Québec, août 2024
 

Nique à feu : Pour Nique à feu, la communauté est une valeur essentielle. Bien que nous ne bénéficions pas d’un espace de travail commun, le temps d’un album, les artistes tissent des liens et se retrouvent au fil des activités organisées par la maison : ateliers, expositions et projets ponctuels.

Concrètement, la maison est coordonnée par une équipe de trois personnes — François Simard, Géraldine Grotowski et Jonathan Richard — qui veillent à la cohésion et à la qualité des œuvres et mettent en lumière les réalisations de chacun sur nos réseaux sociaux. 

Pour un projet comme La Flopée, nous offrons un accompagnement individuel aux artistes tout au long de leur processus de création, ponctué de moments clés du suivi éditorial. Le projet démarre par une réunion de lancement en formule 5 à 7, où chaque artiste présente son idée d’histoire à ses pairs. Le grand rassemblement reste toutefois le lancement officiel de la publication, célébré dans une ambiance festive dans une librairie indépendante qui soutient les Éditions Nique à feu depuis les premiers jours. S’ensuit le Festival de la BD de Québec, où la plupart des artistes vivent leur premier événement d’envergure, une expérience fondatrice pour plusieurs d’entre eux.

Les Amis de la BD : Avec ce troisième volet, comment sentez-vous que la formule de La Flopée a évolué ? De quelle manière l’expérience des numéros précédents a-t-elle transformé votre processus d’accompagnement ?

Nique à feu : Après la sortie de La Flopée no. 1, nous avions déjà l’idée d’une publication plus substantielle en nombre d’histoires et de pages. Avec le second numéro, nous avons trouvé un juste milieu : 14 histoires de 6 et 10 planches, soit environ 160 pages. Pour le 3e volume, nous avons conservé la même formule.

Contrairement au premier tome, où nous avions sollicité directement les artistes, pour les numéros subséquents, nous avons lancé un appel à projets sur nos réseaux sociaux. Ceci afin d’ouvrir l’opportunité au plus grand nombre d’artistes possible de la ville de Québec. Les candidat.e.s soumettent leurs motivations, un synopsis ainsi qu’un découpage de leur histoire accompagné d’un portfolio. L’objectif est d’avoir en main le plus d’informations possible pour faire un choix éclairé. Nous recherchons une diversité de styles graphiques et de thématiques, mais nous sélectionnons d’abord des autrices et auteurs qui partagent les valeurs de notre maison.

Quatorze histoires, c’est un nombre conséquent que nous ne souhaitons pas dépasser : l’idée est d’offrir un accompagnement de qualité et de développer une relation durable avec chacun. Nous misons sur la qualité plutôt que sur la quantité. 

Nous mettons aussi beaucoup d’amour à garder Nique à feu vivant entre nos publications. Ça passe beaucoup par l’animation de nos réseaux sociaux à l’année. On y fait bien sûr la promotion de nos publications, mais on met aussi en lumière les réalisations de nos artistes, nos coups de cœur et on relaie les événements en lien avec la BD à Québec, le tout avec une touche bien à nous. C’est notre façon de rester présents dans la communauté.

Les Amis de la BD : Si vous deviez nous présenter le contenu de La Flopée 3, comment décririez-vous l’expérience de lecture qu’il propose ?  

Nique à feu : Chaque album de La Flopée est unique et a sa propre couleur, mais le troisième numéro est un album étonnant. Majoritairement porté par des voix féminines et de nouveaux talents qui signent ici leurs premières planches publiées (et probablement pas leurs dernières), il a une énergie différente comparativement aux deux premiers. On y parle de mamans surchargées, de ville d’accueil, de photomaton, de parcs apaisants, de Québec post-apocalyptique, d’amaxophobie [NDLR: la peur de conduire], de pigeons urbains et d’une envie folle de boire tout le fleuve Saint-Laurent !?!. Ce qui unit tout ça, c’est la ville et un certain plaisir d’y être, même dans ses versions les plus improbables.

Quinze artistes, une ville : le collectif des éditions Nique à feu pour ce troisième opus.

Quinze artistes, une ville : le collectif des éditions Nique à feu pour ce troisième opus © Nique à feu

Les Amis de la BD : La ville de Québec occupe une place de choix dans les pages de La Flopée 3. Au-delà des lieux identifiables, comment les auteurs se sont-ils approprié l’identité de la ville ?

Nique à feu : Chaque autrice et auteur s’est approprié la ville à sa façon. Certains s’en servent comme fil conducteur de leur histoire, d’autres simplement comme décor. Certains l’utilisent comme un personnage à part entière, d’autres de façon plus subtile. Chloé Lalancette, par exemple, nous transporte dans un centre commercial un peu miteux : les Galeries Charlesbourg. Sarah-Ève Tremblay et Zoey Tremblay, quant à elles, nous présentent la ville dans un univers post-apocalyptique. Valérie Racine, elle, situe son histoire sur la terrasse d’un café : pas de repère iconique, mais l’ambiance de la ville s’y ressent. Une chose est certaine : une fois La Flopée refermée, on a le sentiment d’avoir été transporté à travers cette ville au caractère unique.

Les Amis de la BD : Le terme « nique à feu » désigne un amas de choses inflammables, pêle-mêle et souvent mal entreposées. Pourquoi avoir choisi cette expression pour nommer votre maison d’édition ?

Nique à feu : Le nom Nique à feu a été proposé par Jonathan Boisvert et a tout de suite fait l’unanimité. Nous aimions beaucoup la sonorité, l’identité québécoise forte et unique qu’il évoque et tout ce que ce nom pouvait raconter. Certes, un nique à feu n’est pas nécessairement un endroit accueillant, mais pour nous c’est tout le contraire : nous le voyons comme un lieu où la créativité déborde, à une étincelle près d’exploser et d’enflammer la communauté BD de la ville de Québec.

Les Amis de la BD : Nique à feu semble privilégier une approche de proximité. Dans un marché de la bande dessinée très globalisé, comment vivez-vous ce défi de la distribution ?

Nique à feu : Depuis deux ans, les choses vont très vite pour Nique à feu. Nous sommes passés d’un marché très local avec les deux premiers numéros à une diffusion et distribution professionnelle avec le troisième, présent dans plus d’une centaine de librairies à travers la province de Québec et quelques librairies francophones dans le reste du Canada. Nous allons observer les retours et évaluer le succès de cette distribution élargie avant de décider s’il serait pertinent d’aller plus loin. Il est certain que si quelques centaines de copies de La Flopée se retrouvaient sur des étagères de librairies françaises, nous en serions très fiers! 

La Flopée 3©Nique à feu – collectif

La Flopée 3©Nique à feu – collectif


Les Amis de la BD sont heureux d’avoir pu échanger avec Géraldine et François et les remercient pour le temps accordé à cet échange de vues passionné !

En fédérant ainsi les talents de la ville de Québec, les Éditions Nique à feu confirment la force de leur ligne éditoriale : un équilibre précieux entre l’accompagnement de la relève BD et une exigence artistique affirmée.
 
Alors que La Flopée 3 poursuit son déploiement dans les librairies du Québec et s’implante également au Canada, cette étape vient ancrer davantage la stratégie de diffusion de la maison d’édition et témoigne d’un élan prometteur. L’ouverture vers de nouveaux horizons géographiques, portée par une identité visuelle forte et une communauté soudée, laisse présager un avenir où le talent des auteurs de la capitale continuera de rayonner bien au-delà de son territoire d’origine. Une aventure éditoriale à suivre de près, qui ne fait que commencer !

Propos recueillis par : Charlotte Claeys

Vous pouvez discuter de l’entrevue sur notre groupe Facebook des Amis de la bande dessinée.

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