Pour son premier album chez Sarbacane en tant qu’auteur complet, Jérôme Lavoine adapte le second roman de Laurine Roux qui a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire. Une aventure de survie en milieu post-apocalyptique, écrite en 2019, juste avant que la pandémie de coronavirus ne conduise au confinement de la moitié de l’humanité.

Le Sanctuaire, Sarbacane couverture

©Sarbacane – Le sanctuaire –Jérôme Lavoine – 2025

Une famille a élu domicile dans un bout de forêt qu’ils ont nommé « Le Sanctuaire ». Il s’agit d’une zone montagneuse et isolée, dans laquelle ils se sont réfugiés pour échapper à un virus transmis par les oiseaux et qui aurait balayé la quasi-totalité des humains. Ce refuge a beau leur offrir une sécurité précaire, il n’en est pas moins une prison pour Gemma et sa grande sœur, June. Les deux fillettes, ainsi que leur mère, y subissent chaque jour l’intransigeance de leur père et époux.

Le Sanctuaire, Sarbacane planche

©Sarbacane – Le sanctuaire –Jérôme Lavoine – 2025

« Avec papa, c’est toujours comme ça. Chaud froid, chaud froid. »

Dans ce monde déréglé et angoissant, le cocon familial est un refuge idéal. Les filles s’endorment en écoutant leur mère leur lire des récits de la mythologie grecque. Le père impose des exercices physiques qui tiennent du parcours du combattant mais, le soir au coin du feu, il fait rire toute la maisonnée. Évidemment, tout ceci se dérègle progressivement dans un processus habilement maîtrisé. Munie de son arc qui fait d’elle une chasseuse hors pair, Gemma, la plus jeune des deux filles et narratrice du récit, va peu à peu transgresser les limites du lieu et rencontrer un vieil homme au comportement violent qui a apprivoisé des rapaces. Gemma a été éduquée dans la peur des oiseaux. Des sentiments ambivalents se révèlent à elle entre la peur d’un virus et la fascination pour un aigle en particulier. Sentant que sa fille lui échappe et lui cache quelque chose, le père devient chaque jour plus brutal et imprévisible. Le refuge familial se transforme peu à peu en piège.

Le Sanctuaire, Sarbacane planche

©Sarbacane – Le sanctuaire –Jérôme Lavoine – 2025

Une allégorie du patriarcat toxique

Jérôme Lavoine réussit à saisir parfaitement l’atmosphère de huis-clos familial, par son choix de bichromie, bleu froid et blanc, dans un style encré semi-réaliste ne mettant en scène que cinq humains, dans une maison qui ressemble plutôt à une cabane de trappeurs. Contrairement à la grande majorité des aventures post-apocalyptiques, on ne retrouve dans ce récit aucun décor de ruines urbaines, mais au contraire, la beauté des grands espaces naturels de l’environnement sauvage, forestier et montagneux enneigé avec un trait précis et réaliste.

Le Sanctuaire, Sarbacane planche 13

©Sarbacane – Le sanctuaire –Jérôme Lavoine – 2025

Le Sanctuaire propose un conte post-apocalyptique tendu et poignant qui questionne l’emprise et la manipulation. Le contexte n’ est qu’un prétexte pour décortiquer les relations au sein de cette famille et peut-être même un subterfuge inventé par le père pour asseoir sa domination.

Le Sanctuaire, Sarbacane planche 48

©Sarbacane – Le sanctuaire –Jérôme Lavoine – 2025

Chronique écrite par : Emmanuelle Desseigne

Informations sur l’album :

  • Scénario : Jérôme Lavoine adapté de Laurine Roux
  • Dessins et couleurs : Jérôme Lavoine
  • Éditeur : Sarbacane
  • Date de sortie : 04/02/2026
  • Pagination : 160 pages

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