Le Mètre des Caraïbes
Le trio de La Bibliomulede Cordoue se reforme pour un nouveau one shot historico-comique ! Un événement digne d’éclipser le retour sur scène du groupe Oasis, tant le titre édité en 2021 par Dargaud avait conquis à la fois la critique et le public. Après le désert et les collines andalouses, Wilfrid Lupano, Léonard Chemineau et Christophe Bouchard partent en direction des Caraïbes.

© Le Mètre des Caraïbes – Lupano/Chemineau/Bouchard – Dargaud, 2025
Février 1794, mer des Caraïbes, un navire français est capturé par des pirates. À son bord, hélas, les flibustiers ne trouvent que des pruneaux et des pommes… et un étrange vieillard qui semble vraiment attaché au coffret qu’il porte. Fruits et bonhomme, les pirates embarquent le tout, direction leur base secrète, Cocagna pour une soirée tarte aux pommes et poulet aux pruneaux !

© Le Mètre des Caraïbes – Lupano/Chemineau/Bouchard – Dargaud, 2025
« Prends ça dans la fumette, mon copain ! »
Comme pour La Bibliomule de Cordoue, Le Mètre des Caraïbes se base sur une histoire vraie, et même deux. L’album s’ouvre, en effet, sur le crash de la sonde américains Climate Orbiter sur Mars en 1999 avant de plonger le lecteur au cœur d’une bataille navale en 1794. Le second fait historique de l’album se présent alors sous la forme d’un petit scientifique colérique : Joseph Dombey. En 1793, ce botaniste et naturaliste émérite français est chargé, par le gouvernement de Convention, de porter aux États-Unis un étalon du mètre et du kilogramme, afin de convaincre le président Jefferson d’en faire également ses normes de mesures et ainsi de les rendre universelles. Si dans la grande Histoire, Dombey est fait prisonnier par un navire anglais avant d’arriver à Philadelphie et meurt en captivité en 1794, Wilfrid Lupano lui réserve un sort plus rocambolesque.

© Le Mètre des Caraïbes – Lupano/Chemineau/Bouchard – Dargaud, 2025
Dans le scénario de Le Mètre des Caraïbes, la bataille navale inaugurale oppose, en effet, le bateau qui transporte Joseph Dombey non pas à un navire anglais mais à celui d’une troupe de pirates hauts en couleurs. On savait Wilfrid Lupano très fort pour construire des protagonistes hilarants, tout en gardant une réelle profondeur, avec son travail sur Vikings dans la Brume, Le Singe de Hartlepool, Traquemage et, bien sûr, Les Vieux Fourneaux, dans ce nouveau titre, il y va à fond. Le sympathique capitaine pirate au lexique technique approximatif, et plus intéressé par la musique que par l’or, est entouré d’un équipage des plus truculents : de la fratrie bretonne, dont la perspicace gamine Suzon qui ne quitte jamais l’intérieur de son tonneau, au canonnier Louis qui se sert d’une unité de mesure toute personnelle, en passant par l’incroyable Jean Loque qui, entre deux comas éthyliques, se réveille pour une phrase unique qui servira de guide à toute la fine équipe. Quelques mots qui se contentent souvent d’être « Il faut que la roue tourne », signe pour les pirates de changer, bon gré et au hasard total, de capitaine…

© Le Mètre des Caraïbes – Lupano/Chemineau/Bouchard – Dargaud, 2025
« Ni Dieu, ni maître, ni mètre »
Multipliant les situations absurdes et les gags visuels, le scénariste démontre également, une nouvelle fois, son talent inimitable pour les dialogues efficaces et hilarants qui font le charme, notamment, de Les Vieux Fourneaux. Il faut dire que l’opposition entre la bande de pirates et Joseph Dombey est le terreau idéal pour des échanges musclés et caustiques. Les premiers vivent en mode hippie dans leur communauté égalitaire dont la seule règle n’est d’obéir à aucune règle, une contradiction que la petite Suzon ne tarde pas à soulever. En face, Joseph Dombey, un scientifique obtus qui se sent investi d’une mission capitale, sauver le monde du chaos des mesures : chaque pays, chaque peuple ayant sa propre façon d’évaluer les distances ou les poids, c’est à s’y perdre… De cette confrontation verbale naissent des dialogues où l’incompréhension règne, d’autant que les pirates sont persuadés que les étalons de Dombey sont une arme mystérieuse.

© Le Mètre des Caraïbes – Lupano/Chemineau/Bouchard – Dargaud, 2025
Pour mettre en images et en scène son récit, Wilfrid Lupano retrouve Léonard Chemineau pour le plus grand plaisir du lecteur. Après avoir écrit, illustré et colorisé le magnifique et engagé La Brute et le Divin, chez Rue de Sèvres en 2023, le dessinateur se lâche complètement dans Le Mètre des Caraïbes. Des trognes improbables et hyper expressives des personnages, même secondaires, à des scènes d’action très dynamiques, les planches de Chemineau sont un régal d’absurdité dans lesquelles les gaufriers sont régulièrement explosés ou les cases envahies de bulles représentant la cohue ambiante des discussions animées. Aux couleurs, Christophe Bouchard complète le trio de La Bibliomule de Cordoue avec la même réussite. Ses couleurs, vives et chaudes, épousent totalement la folie du scénario et la richesse du dessin.

© Le Mètre des Caraïbes – Lupano/Chemineau/Bouchard – Dargaud, 2025
Quatre ans après le magique La Bibliomule de Cordoue, le trio Lupano-Chemineau-Bouchard, réitère l’exploit dans Le Mètre des Caraïbes. Un one shot drôle et intelligent, subtil et rentre-dedans à la fois, dynamique et d’une beauté exubérante indéniable, cette nouvelle collaboration est une réussite des plus jouissives. Le genre d’albums qui donne le sourire pendant et après sa lecture, grâce, aussi et peut-être surtout, à sa galerie de personnages aussi fous et attachants les uns que les autres. Avec, en guest, un Robespierre relativement inédit…
Une chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

© Le Mètre des Caraïbes – Lupano/Chemineau/Bouchard – Dargaud, 2025
Informations sur l’album :
- Scénario : Wilfrid Lupano
- Dessin : Léonard Chemineau
- Couleurs : Christophe Bouchard
- Éditeur : Dargaud
- Date de sortie : Le 17 octobre 2025
- Pagination : 112 pages en couleurs

© Le Mètre des Caraïbes – Lupano/Chemineau/Bouchard – Dargaud, 2025
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