Entre deux albums du Tueur avec le scénariste Matz, le dessinateur Luc Jacamon adapte le roman de Giuliano da Empoli paru en 2022 chez Gallimard.

©Casterman, Le Mage du Kremlin, Luc Jacamon, couverture
©Casterman – Le Mage du Kremlin – Luc Jacamon

En 1991, la Russie, alors en pleine transition post-soviétique fait face à une crise économique majeure, prélude aux tensions séparatistes qui s’intensifieront plus tard en Tchétchénie. Vadim Baranov, un ancien metteur en scène devenu producteur de télé-réalité est approché par Boris Berezovsky, propriétaire de la télévision d’État. Celui-ci estime que la Russie a besoin d’un homme fort pour la guider dans le nouveau millénaire et présente son candidat à Baranov : un agent du FSB (nouveau nom du KGB) inconnu du grand public, Vladimir Poutine.

©Casterman, Le Mage du Kremlin, Luc Jacamon, p31
©Casterman – Le Mage du Kremlin – Luc Jacamon

Un poète parmi les loups

Le livre de Giuliano da Empoli s’inspirait de la vie de Vladislav Sourkov, un metteur en scène de théâtre d’avant-garde, écrivain, homme d’affaires et amateur de rap qui devint l’homme de l’ombre de Poutine, le « Mage du Kremlin ». Au vu de son profil, certains diront qu’il était « un poète parmi les loups ».

À travers les yeux de Baranov, le lecteur suit les différentes étapes qui mènent Poutine jusqu’au pouvoir et lui permettent, ensuite, de devenir le maître incontesté d’une Russie qui retrouve sa place dans le concert des nations. De la guerre en Tchétchénie, qui imposera celui que Baranov surnomme le « Tsar » jusqu’à l’indexation de la Crimée, moment où Baranov finit par démissionner, en passant par la reprise en main de l’État (Poutine veut mater les oligarques, dont Berezovsky, qui représentent un danger pour son pouvoir), le liseur suivra toutes les coulisses de l’Histoire contemporaine.

©Casterman, Le Mage du Kremlin, Luc Jacamon, p66
©Casterman – Le Mage du Kremlin – Luc Jacamon

Si Baranov est l’éminence grise du président, le lecteur se rend vite compte que Poutine n’est pas le genre d’homme à se laisser guider. C’est lui qui élabore la stratégie et qui donne les ordres. Baranov, en bon soldat zélé, les applique sans état d’âme. Surtout lorsqu’il s’agit d’enfermer un oligarque qui non seulement a déplu à Poutine mais qui lui a aussi ravi Ksenia, son grand amour.

La narration de l’album ne déstabilisera pas les fans de la série le Tueur. Jacamon, épaulé par l’auteur du roman, reprend les codes de sa série fétiche : une voix off omniprésente qui permet de s’immerger dans les pensées du protagoniste, un découpage fait de grandes cases fluidifiant le récit, le trait « réaliste stylisé » du dessinateur… Tout cela rend ce roman graphique agréable à parcourir et jette un éclairage bienvenu sur la Russie moderne, ses habitants, leurs mentalités et son dirigeant suprême.

©Casterman, Le Mage du Kremlin, Luc Jacamon, p77
©Casterman – Le Mage du Kremlin – Luc Jacamon

Ce pays ne sera jamais comme les autres

Pour mettre en dessin la Russie postsoviétique, Jacamon conserve son approche mais, pourtant, le lecteur ressent quelque chose de différent. Ce « quelque chose », c’est la colométrie. C’est presque imperceptible mais, par rapport aux albums de la série le Tueur, les couleurs semblent ici plus sombres comme si un filtre avait été posé dessus.

Et comme l’histoire se passe en Russie, Jacamon se fait plaisir en mettant en scène plusieurs fois des paysages enneigés magnifiquement bien rendus.

Le dessin reste donc dans la lignée des travaux précédents de Jacamon qui met ici son style au service de cette histoire russe contemporaine.

©Casterman, Le Mage du Kremlin, Luc Jacamon, p94
©Casterman – Le Mage du Kremlin – Luc Jacamon

L’ours et les loups

Cette adaptation du roman le Mage du Kremlin par Luc Jacamon est plus qu’honnête, c’est une plongée dans la Russie de Poutine dont les habitants : « avaient grandi dans une patrie et se retrouvaient soudain dans un supermarché » comme l’explique le narrateur au début du livre. Un ours blessé qui s’est soudain retrouvé attaqué par une meute de loups attiré par l’odeur du sang.

C’est surtout un album de Luc Jacamon ! Tout y est : le dessin, la narration, le découpage, le protagoniste un peu misanthrope sur les bords, les narratifs, etc… Pour ceux qui n’ont pas lu l’œuvre de Giuliano da Empoli, cette adaptation est une bonne porte d’accès, pour les autres, ce sera l’occasion de se replonger, en images, dans la nouvelle Russie.

Une chronique écrite par : Frédéric P.

©Casterman, Le Mage du Kremlin, Luc Jacamon, planche
©Casterman – Le Mage du Kremlin – Luc Jacamon

Informations sur l’album :

  • Scénario : Luc Jacamon d’après l’œuvre de Giuliano da Empoli, avec la collaboration de Thea da Empoli
  • Dessins : Luc Jacamon
  • Couleurs : Luc Jacamon
  • Éditeur : Casterman
  • Date de sortie : 29/04/2026
  • Pagination : 144 pages en couleurs

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