Il aura fallu dix ans à Laurent Astier (la Venin) pour transformer cette histoire intime d’amitié et de combat contre la maladie en bande dessinée.

La force de vivre Rue de Sèvres couverture

©Rue de Sèvres – La force de vivre – Laurent Astier

Laurent Astier est un auteur de bandes dessinées réputé, marié et père de deux enfants. Au fond de lui, Laurent porte le deuil de son meilleur pote : Cyril, rencontré alors que Laurent, jeune diplômé, emménageait dans l’appartement voisin avec deux amis pour créer un studio graphique. Une forte amitié va se créer entre le dessinateur et l’ouvrier du bâtiment, tous les deux amateurs de musique. Et puis, un jour, Cyril tombe gravement malade.

La force de vivre Rue de Sèvres planche 4

©Rue de Sèvres – La force de vivre – Laurent Astier

Sincérité et émotion dans La force de vivre

Laurent Astier avait proposé à son éditrice une première version de cette histoire dans laquelle l’auteur avait changé les noms et les lieux. Le projet fut refusé, ce qui encouragea Astier à raconter la « vraie » histoire. Pour cela, il fallait « rouvrir la plaie » et plonger dans les souvenirs, aussi bien les plus beaux que les plus douloureux.

Le lecteur ne peut douter de la sincérité de la démarche de l’auteur. Par contre, il pourrait tiquer sur le sujet de l’album : une histoire d’amitié mise à mal par un cancer, cela ressemble au synopsis d’un mauvais film dramatique. Pourtant l’émotion est bien présente et ce n’est pas une émotion « facile » ou larmoyante sur les ravages de la maladie. Laurent Astier se concentre sur son expérience et donc sur l’histoire d’amitié. Il y a très peu de scènes à l’hôpital par contre, il y a pléthore de moments de partage et de camaraderie. Laurent Astier a rencontré sa femme grâce à Cyril qui a joué l’entremetteur, Laurent Astier joue sa musique sur scène parce que Cyril l’a encouragé et répété avec lui. L’album est rempli de moments comme cela.

Astier n’hésite pas non plus à faire son mea culpa car lorsqu’il apprend la maladie de Cyril, cela faisait un an qu’il ne l’avait plus vu suite au déménagement de l’artiste vers Paris pour des raisons professionnelles. Cela n’aurait rien changé à la situation mais Astier ne peut s’empêcher de se sentir coupable. 

L’album fait 232 pages mais le lecteur les dévore d’une traite parce qu’Astier a fait les bons choix narratifs en mettant l’accent sur sa relation avec Cyril et ses répercussions sur sa vie.

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©Rue de Sèvres – La force de vivre – Laurent Astier

La couleur comme vecteur d’émotions

Laurent Astier s’est chargé lui-même des couleurs pour cet album. Pour faire passer les émotions et montrer le déroulement du temps, l’auteur a choisi la bichromie. L’album commence dans le présent et la couleur dominante est bleue, ce qui donne un rendu froid aux planches. Une fois que le protagoniste décide de faire face à ses souvenirs, il retourne à l’époque de ses vingt ans et la couleur dominante est un jaune chaleureux : ce sont les moments heureux, ceux qu’on partage avec ses amis, où on quitte ses parents pour réaliser ses projets, où on découvre la vie d’adulte. Et puis, petit à petit, la couleur dominante va devenir le vert, symbole de la mort. Pas seulement la mort de Cyril mais aussi la fin d’une époque. C’est très fort comme choix et tout comme Riad Sattouf pour son Arabe du futur, où les couleurs symbolisaient les différents pays visités, il faut admettre que cela fonctionne bien car le lecteur comprend toujours dans quel état d’esprit sont les personnages.

Pour le reste, le trait d’Astier est toujours aussi précis et ses choix de découpage renforcent les émotions comme par exemple lors du coup de fil tant redouté annonçant le départ de Cyril : Laurent Astier se montre en train de tomber dans un vide métaphorique.

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©Rue de Sèvres – La force de vivre – Laurent Astier

La force de raconter

Au final, la Force de vivre est à 100% un album de bande dessinée. Laurent Astier utilise tous les trucs, toutes les ficelles de la narration et du dessin pour, bien sur, raconter son histoire mais surtout pour immerger le lecteur dedans.

Alors oui, il y a des moments que le lecteur pourrait qualifier de « tire larmes » mais cela ne dure jamais longtemps et à la fin le lecteur sera juste admiratif de la force nécessaire à Astier pour raconter cette histoire.

La force de vivre Rue de Sèvres planche

©Rue de Sèvres – La force de vivre – Laurent Astier

Une chronique écrite par : Frédéric P.

Informations sur l’album :

  • Scénario : Laurent Astier
  • Dessins : Laurent Astier
  • Couleurs : Laurent Astier
  • Éditeur : Rue de Sèvres
  • Date de sortie : Le 23 avril 2025
  • Pagination : 232 pages en couleurs 

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