La Dernière maison juste avant la forêt
C’est l’un des événements du Neuvième Art de l’année 2025 : le retour de Régis Loisel… au dessin ! Et pas seulement puisque l’auteur co-signe le récit de cette Dernière Maison Juste Avant la Forêt avec Jean-Blaise Djian avec qui il avait déjà partagé le rôle de scénariste sur la série Le Grand Mort. Avec un tel duo aux commandes, et un titre riche en promesses mystérieuses, ce nouveau one shot édité par Rue de Sèvres avait de quoi faire saliver de nombreux fans de bandes-dessinées. Alors que se cache-t-il derrière la porte de cette fameuse demeure ?

© La Dernière maison juste avant la forêt – Djian/Loisel/Tatti – Rue de Sèvres, 2025
Pierrot est un facteur et surtout un grand séducteur. Si son reflet dans les miroirs lui renvoie l’image d’un irrésistible bellâtre, le jeune homme est, en réalité, d’une grande laideur. De ce biais de perception naît son incompréhension à ne jamais parvenir à conclure avec les femmes, fautives bien sûr de cette solitude, et cette abstinence, forcées. Heureusement, il y a Lola, mannequin de vitrine d’un magasin de lingerie dont est éperdument amoureux Pierrot. Alors qu’il se rend à l’anniversaire de son père, il voit l’incarnation vivante de Lola. S’il perd d’abord sa trace, il la retrouve bien vite chez ses propres parents, dans la dernière maison juste avant la forêt.

© La Dernière maison juste avant la forêt – Djian/Loisel/Tatti – Rue de Sèvres, 2025
Le retour du roi
Régis Loisel est donc de retour au dessin d’une bande dessinée, une première depuis l’aventure de Mickey Mouse Café Zombo en 2016. Loisel est un des plus grands noms de la BD franco-belge des trente dernières années qui a fait rêver, vibrer ou trembler des milliers de lecteurs avec des titres comme la Quête de l’Oiseau du temps, Peter Pan, Magasin Général, le Grand Mort, ou, plus récemment Un Putain de Salopard. Une bibliographie dense et variée qui vient donc s’enrichir avec La Dernière Maison Juste Avant la Forêt, un titre à rallonge mais des plus intrigants lorsqu’on connaît l’univers de Régis Loisel et son goût pour l’immersion du fantastique dans le quotidien de personnages qui n’en demandaient pas tant.

© La dernière maison juste avant la forêt – Djian/Loisel/Tatti – Rue de Sèvres, 2025
On retrouve de nombreux « tics » graphiques de Loisel dans cet épais one shot : petites créatures aussi mignonnes qu’inquiétantes, des personnages humains aux physiques exagérés et aux expressions très marquées, un encrage très généreux en hachures et croisillons. Et bien sûr une mise en scène très dynamique qui pourrait sembler brouillonne si elle n’était pas toujours très lisible, aidée en cela par les couleurs toujours très justes de Bruno Tatti. Le coloriste a une bibliographie des plus hétéroclites puisque son travail se retrouve dans des titres aussi variés que Ténébreuse, Aristophania, Thorgal Saga, XIII, Michel Vaillant ou… Iznogoud ! Il avait déjà parcouru l’univers de Loisel dans le cinquième tome du cycle préquel de la Quête de l’Oiseau du Temps, sur des dessins de David Etien. Le coloriste apporte un soin particulier aux ambiances à la fois inquiétantes et absurdes des planches de Régis Loisel.

© La dernière maison juste avant la forêt – Djian/Loisel/Tatti – Rue de Sèvres, 2025
La Maison des fous
Il fallait bien toute la folie graphique de Loisel pour mettre en image ce récit décalé et outrancier, basé sur un scénario initial de Jean-Blaise Djian. Le prolifique auteur, entre autres des Quatre de Baker Street, Normandie 44 ou Liberty Bessie, a l’habitude d’envoyer ses scénarii au mari de sa cousine, un certain Régis Loisel, afin d’avoir un avis et quelques conseils. C’est ainsi qu’un récit du nom de Macumba se retrouva entre les mains de Loisel qui en saisit rapidement tout le potentiel imaginaire. En ajoutant à cette histoire d’homme très laid qui se voit, dans les miroirs, très beau, son propre univers fantastique et onirique, Loisel livre un conte absurde d’une richesse folle.

© La dernière maison juste avant la forêt – Djian/Loisel/Tatti – Rue de Sèvres, 2025
Le lecteur habituel de Loisel ne sera donc pas surpris de retrouver les bestioles étranges qui se terrent dans l’ombre ou encore ce rythme dingue qui fait s’enchaîner des scènes d’une folie enivrante et parfois déroutante. Le scénario de Djian et Loisel ne fait clairement pas dans la demi-mesure, et son outrance assumée, dont une nuit des plus grivoises, pourrait laisser quelques lecteurs sur le côté. Les personnages ne sont pas en restes et l’album propose une galerie qui ferait passer la Famille Addams pour de sympathiques voisins plutôt ennuyants. Se côtoient ainsi, dans l’imposante demeure, une mère sorcière colérique, un patriarche transformé en buste de pierre vivant, et bien sûr Pierrot, un anti-héros exubérant et plein de défauts dans la pure traditions Loiselienne. Quand une prostituée gouailleuse vient perturber cet écosystème instable, rien ne va plus pour la famille mais c’est un régal pour le lecteur.

© La dernière maison juste avant la forêt – Djian/Loisel/Tatti – Rue de Sèvres, 2025
Déroutant semble être le meilleur qualificatif pour ce one shot absurde, drôle, parfois dérangeant. Pour son retour au dessin, Régis Loisel n’a pas choisi la facilité mais plutôt un condensé des thèmes et des procédés graphiques de sa riche bibliographie. L’ensemble parait parfois chaotique, exagéré, mais c’est clairement assumé. En ressort une œuvre passionnante dans sa forme comme dans sa narration qui ne laissera personne indifférent, pour le meilleur comme pour le pire.
Une chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

© La dernière maison juste avant la forêt – Djian/Loisel/Tatti – Rue de Sèvres, 2025
Informations sur l’album :
- Scénario : Jean-Blaise Djian et Régis Loisel
- Dessin : Régis Loisel
- Couleurs : Bruno Tatti
- Éditeur : Rue de Sèvres
- Date de sortie : Le 19 novembre 2025
- Pagination : 168 pages en couleurs

© La dernière maison juste avant la forêt – Djian/Loisel/Tatti – Rue de Sèvres, 2025
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