Comment rebondir après la conclusion d’une série devenue un classique ? Les six tomes de la série Zombillénium, parus entre 2010 et 2022, ainsi que l’adaptation cinématographique de 2017, ont assis Arthur de Pins à la table des grands auteurs actuels du Neuvième Art, avec, bien sûr, les attentes accrues du public. Comment rebondir, donc ? Pour Arthur de Pins, la réponse pourrait se résumer par ce slogan : « le changement dans la continuité ».

Knight Club tome 1 Dupuis couverture

© Knight Club, tome 1 – Arthur de Pins – Dupuis, 2025

Royaume de Jérusalem, une jeune femme et sa caravane croisent une troupe de chevaliers franjs menant un prisonnier en cage. Loin de se laisser démonter par l’oppression des hommes en armes se croyant en terrain conquis, la demoiselle leur oppose sarcasme et leur fait une démonstration musclée de son art de la forge. Le prisonnier, qu’elle vêt d’une armure, fait carnage dans les rangs franjs grâce aux armes dissimulées dans l’équipement. Elle, c’est Séraphine, à la recherche de mercenaires pour défendre son village.

Knight Club tome 1 Dupuis planche 6

© Knight Club, tome 1 – Arthur de Pins – Dupuis, 2025

Les Sept nouveaux mercenaires

Une forgeronne pas très haute, une nonne archère, une norroise surpuissante, un assassin libidineux, un guerrier ténébreux, un mercenaire écossais, un tatar désabusé et un chevalier, plus redoutable qu’il n’en a l’air, partent en guerre. Non, ce n’est pas le début d’une blague et personne ici ne tombe à l’eau. Tout ce beau monde constitue le casting improbable de la nouvelle histoire d’Arthur de Pins. Après Zombillénium, le talent de l’auteur à créer des personnages hauts en couleur et à les mettre dans des situations délirantes n’est plus à prouver mais il le démontre encore une fois.

Knight Club tome 1 Dupuis planche 20

© Knight Club, tome 1 – Arthur de Pins – Dupuis, 2025

Arthur de Pins parvient de nouveau à manier des personnages archétypaux sans jamais franchir la ligne rouge d’une caricature malaisante. Certes, le grand nombre de protagonistes importants ne permet pas à l’auteur de les construire en profondeur mais les enjeux de chacun sont limpides et suffisent à bâtir leurs relations. Tout les oppose mais ils devront collaborer malgré les divergences d’idées ou de croyances. Par cette simplicité, Arthur de Pins rend ses personnages très rapidement attachants. Les dialogues, succulents d’anachronismes, y sont pour beaucoup.

Knight Club tome 1 Dupuis planche 21

© Knight Club, tome 1 – Arthur de Pins – Dupuis, 2025

L’hémoglobine remplace les sodas

Si le cadre de Knight Club est radicalement différent de celui de Zombillénium, le royaume de Jérusalem du Moyen-Âge remplaçant le parc d’attraction post-mortem du nord de la France actuelle, le lecteur ne sera pas surpris de retrouver quelques récurrences dans le travail d’Arthur de Pins. À commencer par ce titre percutant dont le décalage est une efficace invitation à découvrir l’univers de la série. Également, on retrouve le concept de détourner un cadre de récit connu – parc d’attraction ou croisades – pour l’amener vers un mélange de comique absurde et d’aventures captivantes. Sont également conviées dans Knight Club une héroïne centrale déterminée mais consciente que seule elle n’arrivera pas à ses fins, et cette idée de lieu clos où toutes les communautés cohabitent en publiant les conflits ancestraux, ici représenté par le village de Séraphine.

Knight Club tome 1 Dupuis planche 28

© Knight Club, tome 1 – Arthur de Pins – Dupuis, 2025

Ce serait, toutefois, un tort de penser que Knight Club n’est qu’un décalqué spatio-temporel de Zombillénium. Ce premier tome est, en effet, beaucoup plus centré sur l’action et l’humour que sur les intrigues politico-financières du parc d’attraction des morts-vivants. Le rythme du récit est rapide, lancé à la vitesse d’un cheval en plein charge, et fait la part belle aux situations délirantes et aux joutes, aussi bien verbales que sanglantes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Knight Club n’est pas avare en hémoglobine et en corps éparpillés façon puzzle. Certes, les mercenaires acceptent un peu vite la mission sur une promesse d’équipement, mais ce n’est qu’un détail pour faire avancer le récit sans se perdre en débats où en mésaventures multiples afin de lier les protagonistes à la cause de Séraphine.

Knight Club tome 1 Dupuis planche 29

© Knight Club, tome 1 – Arthur de Pins – Dupuis, 2025

Le Moyen-âge numérisé

L’auteur de cet article doit ici avouer que sa première réaction au style graphique d’Arthur de Pins, à la sortie du premier tome de Zombillénium, était plus dubitative qu’emballée. L’aspect très numérique et artificiel avait de quoi mettre une distance entre le récit et son lecteur. Toutefois, il était rapidement évident que cette forme était parfaite pour l’intrigue et l’univers de la série et le chroniqueur fut rapidement conquis par la patte de l’illustrateur, au point d’attendre avec grand enthousiasme la découverte de ce premier tome de Knight Club.

Knight Club tome 1 Dupuis planche 38

© Knight Club, tome 1 – Arthur de Pins – Dupuis, 2025

Et force est de constater que le charme opère encore, et de façon peut-être même plus pertinente. Le côté numérique crée un décalage avec l’univers médiéval de Knight Club qui colle parfaitement avec le ton résolument moderne du récit et ses nombreux dialogues anachroniques. Les personnages ont des gueules et des morphologies assez délirantes tout en ayant une cohérence indéniable les uns par rapport aux autres et la mise en scène est ultra dynamique, que ce soit dans les gags ou dans les combats, collant à la perfection au rythme de la narration. Une impression qu’accentuent les couleurs vives et chaleureuses d’Arthur de Pins.

Knight Club tome 1 Dupuis planche 39

© Knight Club, tome 1 – Arthur de Pins – Dupuis, 2025

Après l’immense succès de Zombillénium, Arthur de Pins change de cadre mais pas totalement de ton. Délirant mais évitant la caricature, simple mais plein de malice, drôle mais intense, fun mais sanglant, ce premier tome de Knight Club est une réussite aussi bien narrative que graphique. Une œuvre à la fois anachronique mais sourcée historiquement et scientifiquement comme l’indique la bibliographie en fin d’album.

Une chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

Knight Club tome 1 Dupuis planche 46

© Knight Club, tome 1 – Arthur de Pins – Dupuis, 2025

Informations sur l’album :

  • Scénario : Arthur de Pins
  • Dessin : Arthur de Pins
  • Couleurs : Arthur de Pins
  • Éditeur : Dupuis
  • Date de sortie : Le 5 décembre 2025
  • Pagination : 192 pages en couleurs

© Knight Club, tome 1 – Arthur de Pins – Dupuis, 2025

Vous pouvez discuter de l’album Knight Club tome 1 sur notre groupe Facebook des Amis de la bande dessinée.

Nous avons fait le choix d’être gratuit et sans publicité, néanmoins nous avons quand même des frais qui nous obligent à débourser de l’argent, vous pouvez donc nous soutenir en adhérant à l’association des Amis de la bande dessinée et/ou en achetant un T-shirt avec notre logo. L’ensemble de l’équipe vous remercie d’avance pour votre aide.

Consultez la liste de nos librairies partenaires pour vous procurer l’album Knight Club tome 1