Interview de Roger Seiter & Régric
Casterman a eu la gentillesse de nous inviter à manger un morceau à la brasserie chic Correspondance, au cœur du complexe Tour & Taxi avec le scénariste Roger Seiter ainsi que le dessinateur Régric, les actuels auteurs de Lefranc.
Nous n’étions cependant pas les uniques invités car Roger Seiter était accompagné du dessinateur Chris Regnault, avec lequel il a dessiné la BD “Leave them Alone”. D’autres personnes étaient conviées à notre table, notamment deux journalistes, Jean Lannoy de la radio RCF Namur et Mathieu Van Overstraeten, qui tient le blog Age-BD. Régric avait du retard avec son train et ne nous a rejoint que plus tard.
Comme toute conversation autour d’une table, les digressions allaient bon train et chacun avait son mot à dire de manière disparate.
Les propos retranscrits ci-dessous tentent de faire ressortir les principales questions et discussions concernant Roger Seiter et Régric ainsi que les albums de Lefranc.

Les Amis de la bande dessinée : Vous avez suivi à la base une formation d’historien. Comment, des études d’Histoire, en êtes-vous venu à la bande dessinée ?
Roger Seiter : J’en ai toujours lu quand j’étais enfant. J’ai arrêté d’en lire quand j’étais ado et me suis vraiment réintéressé à la BD après mes études. J’ai commencé à travailler dans le domaine parce que j’ai croisé la route d’un dessinateur avec lequel j’avais sympathisé. On a fait un déplacement ensemble pour aller voir des sérigraphies et pendant le trajet en voiture, j’ai raconté une tranche d’histoire de l’Alsace. À m’écouter, il m’a proposé de transposer cela en BD et il m’a dit « si si, tu vas voir, on va le faire, on va toujours s’amuser ». Nous avons trouvé un éditeur et on en a vendu plein d’exemplaires. Une fois qu’on a fait un bouquin, tous les auteurs vont nous demander : « c’est quoi le prochain ? » Parce que je ne connais aucun auteur qui s’est arrêté après avoir commencé.
Les Amis de la bande dessinée : Vous disiez justement que vous aviez lu beaucoup de bandes dessinées. Les œuvres de Jacques Martin faisaient-elles parties de vos lectures de référence?
Roger Seiter : Oui absolument. Jacques Martin est Alsacien, il est né à Strasbourg, comme moi, et a habité à Obernai à huit kilomètres de chez moi. Mon papa avait aussi lu beaucoup de livres d’Histoire et aimait beaucoup les châteaux. Et en Alsace, des châteaux, je crois qu’il y en a plusieurs centaines.
Les Amis de la bande dessinée : Le Haut-Koenigsbourg n’en est que le plus célèbre.
Roger Seiter : Oui, dont le Haut-Koeningsbourg ! Quasiment tous les week-ends, quand nous n’avions pas autre chose de prévu, nous allions visiter les ruines des châteaux. Nous sommes allés évidemment au Haut-Koenigsbourg au moins deux ou trois fois par an. D’ailleurs, mon père avait acheté l’album de Lefranc La grande menace parce qu’il y avait ce château. Etant né en 1955, j’avais l’édition de l’époque publiée par Le Lombard. Très vite j’ai par la suite découvert Alix en tant qu’amateur d’Histoire. J’ai alors étudié l’Antiquité romaine et grecque pour lesquelles j’ai obtenu une en maîtrise.

Les Amis de la bande dessinée : C’est là qu’il est intéressant de voir que la fiction historique nous incite à étudier l’Histoire et qu’après les étudiants font eux-mêmes des fictions historiques. Une jolie boucle!
Roger Seiter : C’était le cas de Martin qui était aussi un passionné d’Histoire et cela se retrouve dans une bonne partie de son œuvre que ce soit Alix, Jhen ou d’autres. C’était une façon pour lui de partager son amour des récits historiques avec le public, même si Lefranc est différent.
Les Amis de la bande dessinée : Il est vrai que l’Alsace occupe quand même une place assez centrale dans le premier album de Lefanc et de Jhen. Il est intéressant de relever que ses origines ressortent dans son œuvre.
Roger Seiter : Bien sûr ! Mais dans Lefranc, il y a autre chose, il y met ses angoisses contemporaines. Dans La grande menace, c’est le danger nucléaire, sans oublier les problèmes énergétiques ou encore dans le Mystère Borg l’arme bactériologique. Moi, je ne le fais pas. D’habitude, je ne co-scénarise pas mais Régric est tout de même associé au scénario dès le début, notamment pour la thématique de l’album. De temps en temps, il en est même à l’origine parce qu’il a lu quelque chose sur un sujet qu’il jugeait être bon et que je valide par après. Surtout que Lefranc est un journaliste, donc un témoin de son époque.

Mathieu Van Overstraeten : Dans La régate, vous abordez un épisode de l’Histoire indonésienne, à mon avis, connu de peu de monde, sauf si on est Néerlandais peut-être.
Roger Seiter : Oui, ça se passe en effet en Indonésie, comme un clin d’oeil aussi aux Pays-Bas. C’est certes moins connu mais la thématique de base c’est la décolonisation. Nous pourrions avoir le même genre d’histoire en Afrique, voire même en Amérique du Sud, sur la difficulté qu’ont les Occidentaux à lâcher le morceau et surtout les matières premières. Alors les Hollandais ont fait cela en Indonésie en fomentant et subventionnant des révoltes pour espèrer récuperer ce teritoire. Le problème de l’Indonésie, c’est que c’est immensément vaste. Je crois qu’il y a 16 000 îles avec des populations très différentes, de la papouasie à Jakarta, et qui n’ont aucune unité géographique ou culturelle.
Les Amis de la bande dessinée : Voilà qui fait un terreau fertil idéal pour justement tout scénariste qui se respecte.
Roger Seiter : Oui, après, c’est du Lefranc, on est quand même dans quelque chose qui est aussi une bande dessinée de loisirs et d’aventure. Il ne s’agit pas de faire de Lefranc un livre didactique. Il faut qu’il y ait de l’aventure, notamment avec quelques pirates. Jacques Martin aimait beaucoup les avions, tout comme son fils d’ailleurs, et nous avons intégré un avion dans le récit. Nous voulions faire un récit d’aventure tout en ayant une thématique de fond.
Mathieu Van Overstraeten : Il est marrant de comparer les deux, celle de Lefranc et Leave them alone. Elles ont des points communs mais sont quand même très différentes. Dans la seconde, il y a une impression d’espace alors que dans la première tout est très condensé. En tant que scénariste, ça ne doit pas être facile.
Roger Seiter : Déjà, simplement en termes de pagination, c’est une contrainte avec laquelle il faut jouer. Il s’agit de raconter une histoire très dense avec des problèmes géopolitiques, d’attaques d’avions, d’évasions et cetera. Tout cela en 46 planches, c’est un grand défi. Ça oblige à une rigueur qui est vraiment intéressante et cela ne me déplait pas.
Mathieu Van Overstraeten: en tant que lecteur, à 10 pages de la fin, on ne voit pas comment vous allez réussir à boucler votre histoire, et puis finalement vous y parvennez
Roger Seiter : C’est très juste.

Roger Seiter ©D.R.
Les Amis de la bande dessinée : Surtout qu’à l’inverse du cinéma, en BD, il n’est pas possible de faire des bonus avec des scènes coupées.
Roger Seiter : En effet, il faut savoir faire preuve de technique dans la construction du scnéario. Pour un Lefranc par exemple, je sais déjà exactement combien de scènes je vais faire et avec quelle longueur.
Mathieu Van Overstraeten : Y a-t-il en la matière une sorte de bible qui a été laissée par Jacques Martin pour ses oeuvres ?
Roger Seiter : Non, pas du tout. Les premiers Alix et les premiers Lefranc étaient quand même assez longs et c’est l’éditeur Casterman qui a demandé de réduire la pagination.
À ce même moment, Régric arrive et se joint à la conversation.
Les Amis de la bande dessinée : Il est vrai que les premières bandes dessinées publiées dans les journaux étaient plus longues et n’étaient pas prévues pour être publiées par la suite en album. Cette exigence de publication a imposé des limites et est arrivé tardivement dans le monde de la BD.
Roger Seiter : Oui et c’est vrai que le format 46 planches a été fait pour des considérations économiques et cela s’est standardisé. Je pense que nous sommes même un peu plus dense que Martin qui se limitait à 24-25 scènes, alors nous cela va de 28 à 30 scènes. Surtout qu’une scène, ça peut être très court.
Les Amis de la bande dessinée : Sans oublier que Jacques Martin avait aussi un art, un peu comme Edgar Pierre Jacobs, de mettre de gros textes. Cela donnait à la fois de l’amplitude à la scène mais aussi peut-être de la lourdeur à la lecture. Vous continuez de le faire pour faire honneur à l’esprit de Jacques Martin ou est-ce une contrainte imposée ?
Roger Seiter : Il y a quand même des différences. Déjà nous allons sur du 8 strips tandis que Martin, il était facilement sur du 4 strips et même quand il est passé sur du 3 strips, il mettait plus de cases. Je n’ai pas non plus les récitatifs à tout bout de champ. Donc ça c’est quand même un travail un peu différent, parce que je pense qu’actuellement je ne suis pas sûr que le lectorat de 2025 soit prêt à lire un texte aussi lourd. Après, je connais bien l’œuvre de Martin. Nous nous posons souvent la question tous les deux par rapport à nos albums, tout comme moi avec Marc Jailloux sur Alix : est-ce que cela aurait plu à Martin, qu’en aurait-il pensé ? J’ai beau l’avoir connu, je n’ai pas travaillé avec lui. Mais mon collègue Régric a travaillé avec lui donc c’est un peu différent. J’ai toujours eu beaucoup de respect et de l’admiration pour le travail de Martin. Quand je suis arrivé à continuer son œuvre, il était clair qu’il fallait respecter l’ADN de la série, la manière dont les personnages bougent pour rester vraiment dans le style de Martin. On voit souvent des reprises complètement déviantes, où les auteurs font ce qu’ils veulent, jusqu’au point de ne plus reconnaître l’œuvre d’origine comme par exemple Achile Talon, dont certaines adaptations n’ont rien a voir avec le travail de Greg.

Régric : Ce sont un peu des philosophies différentes. Quand on reprend une création d’un autre, soit on respecte soit on réinvente.
Roger Seiter : Mais je pense qu’en reprenant et en respectant, il est quand même possible de faire un peu évoluer les choses. Il ne faut pas arriver comme un éléphant dans un magasin de porcelaine et tout faire s’envoler, d’autant plus que le lecteur vous le rappelle, surtout quand il est assez conservateur.
Mathieu Van Overstraeten : Recevez-vous beaucoup de remarques de la part de vos lecteurs ?
Roger Seiter : En effet, voyez les forums quand ce ne sont pas ceux qui nous écrivent directement par Messenger. En ce moment, il y a une espèce de vague de protestation quant au fait de faire le personnage d’Axel Borg. Il est vrai que ça fait longtemps qu’on ne l’a pas vu même si on l’adore. Il va revenir, il va revenir.
Les Amis de la bande dessinée : Est-ce que ce sera dans l’album suivant?
Roger Seiter : Alors, on va vous donner un scoop: ce sera dans le suivant.
Mathieu Van Overstraeten : Vous avez cédé donc à la demande.
Roger Seiter : Non pas du tout, nous en avons parlé il y a pas longtemps, deux ou trois jours. Parfois, nous avons a voulu faire revenir Borg mais le comité Martin ne voulait pas.
Les Amis de la bande dessinée : Le comité Martin, c’est quoi? Est-ce une association qui représente l’héritage de Jacques Martin.
Roger Seiter : Les séries de Martin sont en effet pilotées par un comité. Il y a ses deux enfants Frédéric, Sophie et deux autres personne dont Simon Casterman.
Mathieu Van Overstraeten: Vous devez donc soumettre à ces 4 personnes vos scénarios et vos planches.
Roger Seiter : On doit leur soumettre, oui.
Mathieu Van Overstraeten : Y a-t-il souvent des choses qui changent ?
Régric : Pour les dessins, je suis tranquille
Roger Seiter : Il y eu a des scénarios qui ont été refusés. Par exemple, la première version de La Régate,s’appellait Le peuple blanc, c’était une toute autre histoire. Ils ont tellement chipoté dans le scénario que la seule idée qui a été retenue était que cela allait se passer en Indonésie. Ça n’avait plus rien à voir du début jusqu’à la fin.
Régric : Moi personnellement, j’aurais préféré dessiner la première version, mais il y a quelques points sur lesquels ils sont très interventionnistes et d’autres qui vont passer comme une lettre à la poste. Et ils ne donnent pas trop d’explications. En fait, ils interviennent surtout au niveau du choix du sujet de l’histoire, mais pas la réalisation, même si on est censé leur soumettre les planches.

Les Amis de la bande dessinée : Par rapport aux continuations de Lefranc, ses aventures sont très ancrées dans les années 50 et 60, alors que Jacques Martin faisait des albums se déroulant à la même époque que l’album.Est-ce un choix artistique ou une contrainte de faire Lefranc durant cette période ?
Roger Seiter : C’est imposé par Casterman.
Régric : Oui, c’est vrai qu’il y a des albums de Jacques Martin qui se déroulaient à une époques plus récente. Comme celui dans les années 2000 qui faisait piloter à Lefranc une Range Rover par exemple. Un jour, une planche inachevée de Jacques Martin a été retrouvée derrière un meuble et Casterman s’est dit que cela pouvait servir pour un nouvel album. C’était un début d’histoire mais il n’y avait rien d’autre , il fallait broder autour. Vu les dessins, cela se déroulait durant les années 50 et c’est à partir de là qu’a été créé l’album Le Maître de l’atome (premier album post-Jacques Martin NDLR) et que Casterman a décidé qu’il fallait ancrer Lefranc dans les années 50-60.
Les Amis de la bande dessinée : Lefranc était toujours accompagné d’un jeune garçon dans ses aventures, le fameux Jean-Jean. Or, dans les reprises, il n’est plus aussi présent, voire quasi absent. Est-ce que c’est un choix ou une contrainte ?
Roger Seiter : Non, non, c’est un choix.
Régric : A partir des années 80, Jean Jean est bien moins présent. Nous avons décidé de poursuivre ainsi en lui faisant un petit clin d’œil de temps en temps. C’est un personnage embarrassant et vide et puis sa place logique est à l’école pas dans l’aventure.
Les Amis de la bande dessinée : Pour la comparaison, c’est un peu comme Batman et Robin. Tout le monde aime Batman. Robin, on le trouve un peu agaçant.
Régric : Oui voilà. Au départ c’était pour refaire le schéma du personnage comme Alix avec son ami Enak.
Les Amis de la bande dessinée : Autant JeanJean n’est plus tellement pertinent dans ce genre d’aventures, mais les personnages féminins gagnent en importance en développement par rapport aux albums réalisés par Jacques Martin.
Roger Seiter : Oui, c’est vrai surtout qu’il y a des espèces de flirt, comme Lefranc qui flirte gentiment avec une Allemande dans un précédent album ou dans l’album La rançon par exemple.
Régric : En général, il y a toujours des femmes mais elles avaient un rôle très secondaire comme femme de chambre ou hôtesse de l’air. Nous essayons quand même de leur donner des rôles un peu plus gratifiants tout en s’amusant un peu. Il y a cette espèce de jeu de type séduction qui reste cependant très sage.
Les Amis de la bande dessinée : Je vois. Maintenant que pensez-vous du festival de la BD à Bruxelles par rapport à d’autres ?
Roger Seiter : Eh bien, déjà l’endroit, la Gare martime a une chouette allure ce qui en fait un endroit presque magique et c’est la troisième fois que je viens.
Régric : J’avoue que j’aimais bien aussi. Il y a quelques années, c’était vraiment dans le centre de Bruxelles, dans le parc royal et ça amenait beaucoup de gens. Si vous voulez venir ici, il faut avoir vraiment envie.

Régric ©Casterman
Roger Seiter : C’est un peu plus excentré.
Régric : Oui, quand c’était dans le parc dans le centre de Bruxelles, il y avait des gens qui venaient, qui ne connaissaient rien à la BD, mais qui découvraient le festival et la BD au passage.
Les Amis de la bande dessinée : Avez-vous des albums en préparation comme des Lefranc ou des Alix ?
Roger Seiter : Oui et un Jhen aussi.
Les Amis de la bande dessinée : Avec Régric ou un autre dessinateur ?
Roger Seiter : Pour le prochain album, je travaille avec Robert Paquet qui souhaite revenir un peu aux Jhen du début avec le personnage de Barbe bleue, ou comme les albums de Le Lys et l’Ogre ou Les Écorcheurs.
Les Amis de la bande dessinée : Avec de nouveau l’Alsace comme épicentre ?
Roger Seiter : Non, pas du tout, ce sera du côté de Carcasonne, une jolie région d’ailleurs.
A partir de cet instant, Roger Seiter a dû s’absenter avec une autre personne et l’interview a pu continuer spécifiquement avec Régric.
Les Amis de la bande dessinée : Comment vous êtes-vous rencontrés et qu’est-ce qui vous a amené à travailler sur Lefranc?
Régric : En fait, j’ai commencé à travailler sur Lefranc avec Michel Jacquemart, un scénariste avec lequel j’ai fait un seul album Noël Noir. Il y a eu ensuite un second scénariste qui est arrivé qui s’appelle Thierry Robberecht avec lequel j’ai fait deux albums. Ensuite c’est Casterman qui nous a fait nous rencontrer alors que je ne connaissais pas du tout Roger Seiter.
Les Amis de la bande dessinée : Le comité Martin était impliqué aussi ?
Régric : Ah oui et nous avons tout de suite vu que ça pouvait fonctionner entre nous. Notre premier album en commun était Cuba libre qui a marché et nous avons pu continuer parce que nous nous entendons bien. Mais à la base, c’est effectivement Casterman qui nous a réunis alors que nous ne nous étions même jamais croisés en festival.
Les Amis de la bande dessinée : Lefranc ou les œuvres de Martin faisaient-elles partie de vos inspirations quand vous avez voulu vous lancer dans la bande dessinée ?
Régric : Oui, ça faisait vraiment partie du genre de bande dessinée que je lisais quand j’étais gamin dans le journal Tintin. Il y avait parmi mes modèles et idoles Hergé, Bob de Moor, Jacques Martin et aussi Jacobs. J’aimais bien Leloup aussi, surtout pour ses décors et ses véhicules. C’est avec ces auteurs-là que j’ai appris à dessiner.
Les Amis de la bande dessinée : Êtes-vous déjà venu auparavant ici à Bruxelles, que ce soit pour le festival ou à un autre événement ?
Régric : Nous sommes quasiment invités à chaque fois, ça fait des années que je viens à Bruxelles. Avant, je venais surtout au festival de Saint-Gilles quand je travaillais déjà avec Casterman pour ensuite aller au festival de la BD dans le centre-ville, en face du palais Royal. Au total, nous devons être venus peut-être une bonne dizaine de fois quand même. Auparavant dans les années 80, je suis venu aussi pour une espèce de pèlerinage de bédéphile surtout pour voir les studios Hergé, le parc avec la statue de Tintin et d’autres lieux emblématiques de la bande dessinée.

Les Amis de la bande dessinée : Pensez-vous que le les lecteurs de bande-dessinées soient un public assez important ?
C’est une niche. En France, il y a peut-être 400 000-500 000 lecteurs de BD sur 62 millions d’habitants. L’immense majorité des gens connaît Tintin, Astérix, les Schtroumpfs mais ne connaît pas d’autres BD même s’il existe d’autres formats plus longs avec des thèmes plus adultes. On appelle cela des romans graphiques ce qui est une appellation assez pompeuse.
Les Amis de la bande dessinée :Il est vrai qu’au fond, Les aventures des Schtroumpfs, de Tintin, de Lefranc ou un roman graphique, dans les deux cas, cela reste de la bande dessinée.
Régric : Exactement
Les Amis de la bande dessinée : Surtout que Lefranc a des thématiques sérieuses, est considérée comme une BD d’aventure, mais pas étiquettée jeunesse comme les Schtroumpfs ou Lucky Luke. qu’elle est destinée à une niche de fans de BD franco-belges.
Régric : Oui c’est vrai et puis finalement la série vieillit avec ses lecteurs. Ceux qui ont pu la lire dans le journal Tintin dans les années 60 continuent de la lire maintenant. Je pense que finalement les récits que l’on crée maintenant sont plus adaptés à un public adulte qu’à un public enfant.
Les Amis de la bande dessinée : Et qui surtout reste fidèle apparemment.
Régric : Ah oui, il y a même des gens qui reviennent. J’en ai encore croisé un ce matin qui me disait « ça faisait longtemps que j’avais oublié cette série, je vois qu’il m’en manque énormément et je redécouvre votre album, ça va me donner envie de récupérer le retard en rachetant les anciens volumes ». Il y a donc des lecteurs perdus que nous parvenons à ramener.
Les Amis de la bande dessinée : Des gens qui ont connu la BD étant jeune et qui prennent plaisir à la redécouvrir adulte.
Régric : Oui et puis ils sont allés voir autre chose. Ils reviennent à un moment ou à un autre et c’est tant mieux.
Sur ces paroles se conclut la conversation Régric qui devait se joindre à une autre interview avec d’autres journalistes.
Interview réalisée par : Stéphane Triquoit









