Hermann ©Charles Robin
©Charles Robin

Certains l’appelaient « le sanglier des Ardennes » tant l’homme a signé d’albums où ses personnages n’hésitaient pas à employer une franchise brusque et rugueuse, loin du politiquement correct, sans peur de choquer, sans se détourner du côté sale de la vie et des hommes. Hermann, le grand Hermann nous a quitté et avec lui, c’est un certain âge d’or de la bande dessinée qui s’en va. L’âge des succès du journal Tintin, dont il fut l’un des piliers, l’âge des grandes aventures faites de héros virils, de mouvements, de rocambolesque, d’incroyable. Révélé par Greg lors de la formidable « Opération coup de canon » du journal Tintin à la fin des années 60, Hermann assure le dessin de deux séries mythiques écrites par son mentor. Avec Bernard Prince, l’aventurier défiant les éléments à bord du Cormoran, et Comanche, ce western dur et âpre, digne de Sam Peckinpah, Hermann entre dans la légende, par son trait réaliste, hachuré, hypnotisant, brutal et fort. Dès lors, tous les possibles sont là pour cette forte tête qui va se lancer avec succès dans le scénario et assurer des histoires complètes. Dès la fin des années 70, il lance Jeremiah, série postapocalyptique étrange, souvent inattendue dont chaque album laisse le goût amer et étrange d’une lecture où les bas-fonds de l’âme humaine sont révélés. Vinrent ensuite la formidable épopée moyenâgeuse des Tours de Bois Maury et quantité de one-shots, dont Caatinga, où l’artiste décide de travailler en couleurs directes. Au début des années 2000, il laisse à son fils Yves le soin de lui écrire les scénarios d’albums parfois peu compris des fans, mais générant quelques des pépites, dont Liens de Sang, Manhattan Beach 1957 ou Duke. Sa dernière série Brigantus se passe durant la période de la Rome Antique, la même que Jugurtha, qu’il dessina à l’aube de sa carrière. Grand Prix de la ville d’Angoulême 2016, Hermann était un formidable auteur. Il va manquer aux lecteurs qui n’arrêteront pas de relire encore et encore ses albums inimitables.

Un hommage écrit par : Mathieu Depit

©Dupuis - Jeremiah tome 42 : Les larbins - Hermann
©Dupuis – Jeremiah tome 42 : Les larbins – Hermann

Dans le monde d’Hermann, on le sait, il y a toute une galerie de personnages mythiques, forts en gueule et passablement bagarreurs. Parmi ceux-ci, il y a Jeremiah qui détonne dans cet univers de héros sûrs d’eux et en quête d’aventure. Jeremiah vagabonde dans un monde qui entre en total contradiction avec les valeurs morales qu’il défend. Pourtant, au fil des épisodes, le jeune homme naïf et idéaliste des débuts s’endurcit un poil, mais pas trop. Il parvient à préserver son sens de la justice et développe un humour plutôt sarcastique. Jeremiah, c’est presque un anti-héros tant il conserve malgré tout ce caractère d’ingénu qui subit les événements. Héros, il ne le devient que lorsqu’on associe sa destinée au fantasque Kurdy. Inséparable, le duo grandit ensemble et évolue dans des albums où prédominent au fil du temps des couleurs directes qui virent à la grisaille. La brume s’impose comme un protagoniste à part entière des derniers albums, ce qui offre un caractère déroutant à la compréhension des aventures de Jeremiah et Kurdy. Si le récit perd en lisibilité, il gagne pourtant très largement la bataille de la sensation et de l’ébranlement des âmes. Le lecteur ou la lectrice est littéralement plongé dans l’essence cérébrale même de notre duo. C’est bien pour ça qu’on en redemandait encore et encore : pour mieux comprendre le monde d’aujourd’hui par le prisme du regard d’Hermann. Ce dernier n’hésitait pas à aborder des thèmes encore trop actuels comme le racisme, le fanatisme ou l’exploitation des masses populaires. Au milieu de ce chaos, il y a l’amour vache entre les deux potes, Kurdy et Jeremiah. Il y apparaît comme un antidote, une petite note d’espoir qui laisse à espérer la construction d’un monde meilleur. Merci M. Hermann.

Un hommage écrit par : Bruce Rennes