De tous les genres composant les œuvres de fiction, le polar est parmi les plus représentés. Et s’il fallait trouver dans l’imaginaire collectif un âge d’or et une terre d’élection de ce type de récit, les USA des années 70 figureraient parmi les choix les plus intuitifs. C’est précisément le cadre de Dortmunder : Bank Shot, adapté du légendaire écrivain américain Richard Stark (alias Donald E. Westlake).

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©Dupuis / Aire Noire – Dortmunder : Bank Shot – Westlake, Alonso Iglesias, Headline

État de New York, 1972. En cette année où Steve McQueen triomphe dans Guet-Apens, John Dortmunder est un malfrat d’un tout autre type que celui joué par l’acteur mythique. C’est même un second couteau sans grande ambition. Pourtant, lorsque son ami Kelp lui propose un « gros coup », il accepte de monter l’opération malgré ses réticences et son mauvais pressentiment. Le boulot semble pourtant, à première vue, faisable presque facilement. Il s’agit de braquer la banque de Main Street qui, le temps de travaux dans les bâtiments, a déménagé dans un mobile home sur roues. S’emparer de celui-ci lorsqu’il regorge de billets verts ne devrait, en théorie, pas poser trop de problèmes à une équipe de professionnels. Le « hic », c’est que l’équipe de Dortmunder est composée de membres certes sympathiques et plaisants, mais qui se rapprochent davantage de « bras cassés » que de « seigneurs du casse ». Dès lors, le vol de la banque va devenir un vrai chemin de croix pour Dortmunder, d’autant plus que la malchance, elle aussi, s’en mêle…

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©Dupuis / Aire Noire – Dortmunder : Bank Shot – Westlake, Alonso Iglesias, Headline

Une fine équipe, une aventure étonnante

À défaut d’être toujours les meilleures, les formules les plus simples, ou du moins les plus connues, c’est-à-dire finalement, les plus rassurantes pour un lecteur, fonctionnent souvent très bien, surtout quand elles sont conduites efficacement. C’est le cas dans Bank Shot, qui reprend des marronniers du polar traditionnel : un anti-héros calme mais poissard qui doit porter une équipe hétéroclite dont les membres ne comprennent pas forcément tout le sérieux et la dramaturgie de l’affaire pour laquelle ils ont été embauchés. En adaptant Comment voler une banque, de D. Westlake – pseudo de Richard Stark, auteur de Parker – Doug Headline sait reprendre les éléments du romancier en construisant habilement son scénario. En alternant scènes d’action pleines de tension et pages de dialogues parfois surréalistes, l’auteur arrive à embarquer le lecteur dans un univers parfois loufoque, fait de surprises et d’étonnements. Bank Shot n’a aucune autre ambition que de procurer au lecteur un divertissement distrayant, absolument pas intellectualisé, sans aucun message, quel qu’il soit, et de procurer au lecteur un bon moment. La bande dessinée, s’intégrant dans le pur divertissement complètement assumé a par ailleurs un potentiel quasiment comique, tant Headline parsème, ça et là, des dialogues amusants, des personnages cocasses ou bien encore des réflexions ironiques de Dortmunder, personnage principal d’une histoire qu’au fil des pages, il ne maîtrisera plus du tout. Mais si l’album est agréable à lire, c’est aussi grâce à l’univers dans lequel l’action se place. En reconstituant les USA des 70s, Headline parvient à créer une ambiance spéciale, non exempte de clichés, mais pleine d’attraits pour le lecteur. Dans Bank Shot, on croise des hippies très spéciaux, des voleurs cools et zens, des policiers qui jouent aux cartes pour s’occuper, des faux durs qui boivent du bourbon ou bien encore des couples qui vont au cinéma à Times Square en grosse voiture, sans oublier, bien sûr, une banque au coffre remplie de billets verts. L’ambiance fait penser à L’or se barre ou même à Amicalement vôtre, « rétro sympa » oblige !

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©Dupuis / Aire Noire – Dortmunder : Bank Shot – Westlake, Alonso Iglesias, Headline

Retour aux revues d’antan

Le dessin de Dortmunder : Bank Shot est assuré par Jesus Alonso Iglesias. Dans la lignée des magazines « pulp » qui fleurissaient aux USA dans les 70s, et en déployant un style réaliste, un tantinet kitsch, et presque esquissé sans être trop fignolé, le travail d’Iglesias colle parfaitement aux aventures de l’équipe de voleurs décrite dans le scénario d’Headline. Façon « story board », le dessin est suffisamment précis pour comprendre l’action et apprécier les décors tour à tour urbains puis ruraux, et le mouvement d’ensemble d’une BD tournée vers l’action, sans être totalement précis et achevé, à l’image de l’équipée de Dortmunder et ses sbires. Iglesias restitue ainsi à la fois le coté brouillon de l’opération montée par des malfrats qui avancent au coup par coup, dans une inconscience presque joyeuse et psychédélique, qui colle parfaitement à la période décrite. Ce psychédélisme est renforcé par l’excellente mise en couleurs d’Isabelle Merlet. Les tons ocre, marron, orangé très pop culture se marient parfaitement au sombre des scènes de nuit et au bleu vert mâtiné de gris, un peu irréel des planches montrant la météo capricieuse. On regrette toutefois que la couverture, si elle représente de façon efficace les personnages, ne restitue pas réellement l’aspect très amateur de la bande de voleurs, mais donne plutôt l’impression inverse !

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©Dupuis / Aire Noire – Dortmunder : Bank Shot – Westlake, Alonso Iglesias, Headline

Un casse de banque, des personnages burlesques, l’Amérique des années Nixon, autant de thèmes développés dans Dortmunder : Bank Shot qui s’intègrent parfaitement au label « Aire Noire » des éditions Dupuis. Encore une belle réussite pour cette collection récente qui, peu à peu, commence à devenir classique !

Une chronique écrite par : Mathieu Depit

Informations sur l’album :

  • Scénario : Doug Headline, d’après Comment voler une banque, de Donald E. Westlake
  • Dessins : Jesus Alonso Iglesias
  • Couleurs : Isabelle Merlet
  • Éditeur : Dupuis, collection « Aire Noire »
  • Date de sortie : 10/04/2026
  • Pagination : 128 pages en couleurs

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