Billy the Kid, l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs

Billy the Kid. Aux côtés de Wyatt Earp, Calamity Jane, Buffalo Bill, Geronimo ou Sitting Bull, ce nom évoque tout de suite l’ouest lointain, les aventures menées au galop au rythmes des balles qui sifflent aux oreilles. Mais derrière les mythes, il y avait des hommes et des femmes avec leurs joies, leurs peines, leurs peurs, leurs caractères. Dans le cas de Billy, un jeune homme, mort à 22 ans seulement.

Billy qui tire, Billy qui chevauche. Billy qui danse, Billy qui fuit. Billy qui bêche, Billy qui tue. Billy qui s’amuse, Billy qui déprime. Billy qui tente de vivre librement, Billy qui choisit la liberté de mourir. Billy qui vit, Billy qui meurt.

Billy the Kid Casterman 2026 couverture

© Billy the Kid, l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs – Chenet/Sécheresse – Casterman, 2026

« Nous sommes les admirables perdants »

Sur la vie et la mort de Billy the Kid, l’histoire ne s’est bâtie qu’autour de rumeurs, de livres romancés ou de témoignages plus ou moins légitimes, surtout moins. Ce qui est certain, c’est que le célèbre hors-la-loi incarne un vent de liberté presque idéalisé, notamment dans de nombreux westerns. Pour ce qui est du Neuvième Art, son allitération la plus connue n’a que peu de rapport avec la réalité : dans Lucky Luke, il apparaît en effet comme un adolescent capricieux et insupportable alors que le vrai Billy était réputé sympathique et agréable.

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© Billy the Kid, l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs – Chenet/Sécheresse – Casterman, 2026

Comme l’indique le sous-titre de l’album, « l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs », et souvent loin de la réalité du terrain. C’est particulièrement vrai pour Billy the Kid dont la principale biographie, faussement écrite par Pat Garrett* est truffée de mensonges, tout autant que les suivantes faites pour gaver les amateurs de romans de gare. Le scénariste Alexandre Chenet s’intéresse donc dans son épais récit à une intrigue qui se met au niveau de son anti-héros. L’histoire qu’il raconte n’est certainement pas la vérité mais elle n’en est sans doute pas plus fausse que les mythes véhiculés par la légende du Kid.

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© Billy the Kid, l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs – Chenet/Sécheresse – Casterman, 2026

L’histoire de son Billy, c’est celle d’un jeune garçon intelligent à qui les parents ont inculqué de bonnes valeurs qui ont été mises en face de la réalité, de façon radicale. Le jeune garçon le dit, il a perdu confiance dans l’espèce humaine. Désabusé, dépressif, il n’est à sa place nulle part lorsque la violence parle. Et pourtant les événements le poussent à faire partie de cette spirale. Presque un hors-la-loi malgré lui au début, il est de plus en plus désabusé et semble faire du banditisme comme on ouvre le frigo, mécaniquement. Mais jamais Billy ne tombe dans le pur égoïsme et ses premières pensées vont toujours aux conséquences que ses choix auront sur ses proches.

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© Billy the Kid, l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs – Chenet/Sécheresse – Casterman, 2026

« Je vous merde »

Le personnage d’Alexandre Chenet devient très rapidement attachant dans l’album. Dès les premières pages, qui annoncent déjà sa mort à seulement 22 ans, Billy est juché, l’air un peu benêt sur sa mule, seul dans l’immensité du Nouveau-Mexique, face à un dilemme : manger sa monture et continuer à pied ou mourir de faim. Heureusement, sauf pour l’animal, il choisit la première solution et commence ainsi son histoire faite de rencontres et de péripéties. Le rythme de l’album est très particulier, construit en chapitres séparés par des petits textes historiques et contextuels.

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© Billy the Kid, l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs – Chenet/Sécheresse – Casterman, 2026

Les quelques 230 pages de Billy the Kid sont longues à lire, très riches en textes constitués principalement de denses dialogues. Souvent, le lecteur pourra ressentir le lent tempo, presque l’ennui, de cette période que le cinéma a eu tendance à décrire comme une suite sans fin de poursuites à cheval, d’attaques de diligences ou de fusillades dans les rues de villes animées. Ici, les échanges sont à la fois presque philosophiques, notamment par les réflexions de Billy sur ce qui lui arrive, mais également riches en anachronismes et en traits d’humour très efficaces. Et ce parfois dans la même conversation.

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© Billy the Kid, l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs – Chenet/Sécheresse – Casterman, 2026

Le récit sait toutefois s’emballer quand les événements le nécessitent. Il y a bien des poursuites ou des fusillades, bien menées et relativement captivantes, elles aussi peu avares en dialogues, souvent très drôles : « ils vont rudement droit pour un contournement ! » Le scénario aime également mélanger les points de vue au sein d’une même planche. Ainsi au cœur d’une haletante scène, le lecteur se retrouvera dans un salon pendant l’échange stratégique entre deux personnages hauts-placés. Un procédé au début quelque peu déstabilisant mais qui se révèle rapidement être un véritable atout narratif, mettant en miroir les causes et les conséquences.

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© Billy the Kid, l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs – Chenet/Sécheresse – Casterman, 2026

« Vous l’avez enfin, le Billy que vous vouliez avoir ! »

Loïc Sécheresse, le bien nommé pour une aventure dans la chaleur du Nouveau-Mexique, sort ses aquarelles pour donner vie aux aventures de Billy the Kid dans son premier album en couleurs naturelles, mais aussi l’un de ses plus ambitieux, que ce soit en termes de pagination ou de thèmes abordés. Adepte de récits humoristiques ou plus sombres, notamment via ses collaborations avec le Label 619, il parvient à mêler dans Billy the Kid ces différents style, tout en gardant une réelle cohérence graphique.

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© Billy the Kid, l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs – Chenet/Sécheresse – Casterman, 2026

Ainsi, certaines scènes sont purement burlesques alors que la tension se ressent dans le huis-clos d’un dialogue. Dans les premières, le fond est régulièrement blanc, comme pour symboliser la légèreté mais aussi l’urgence du moment, alors que les instantanés plus contemplatifs ou cruciaux, d’un point de vue narratif, sont entièrement et plus richement colorisés, rendant chaque planche à la fois douce et très agréable à parcourir en détail. Le tout forme une danse en duo entre le scénario et le dessin, parfaitement maîtrisée et chorégraphiée, accélérant ou ralentissant au gré de la vie de Billy.

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© Billy the Kid, l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs – Chenet/Sécheresse – Casterman, 2026

Les cases ne sont jamais détourées, mettant en valeur l’encrage dynamique et relativement épais, notamment des personnages aux traits simples et caricaturaux. Le caractère d’un protagoniste se lit sur son visage, et tout son corps même. Billy, dont les deux seules photos connues et reconnues le présentaient comme un ado qui aurait refusé de vieillir, presque benêt, a l’air profondément gentil. C’est également ainsi que Loïc Sécheresse le représente. L’illustrateur ne cherche toutefois pas la ressemblance physique mais plutôt la même impression dégagée par le jeune homme.

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© Billy the Kid, l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs – Chenet/Sécheresse – Casterman, 2026

Oubliez l’ado capricieux que fesse Lucky Luke dans l’album qui lui est dédié, Billy the Kid, version Chenet et Sécheresse, est un jeune homme attachant, presque simple spectateur de sa propre vie avant que le désabusement et l’injustice le pousse à envoyer promener les lois au profit de la morale. Et encore. « Un chic type ? », il le remet en question tout au long d’un one shot dense, au rythme irréguliers, aux informations nombreuses, mais qui se lit avec un plaisir indéniable, alternant entre empathie, complicité et colère envers ce système qui pousse le naïf Billy au crime.

Les lecteurs nantais, ainsi que ceux épris de justice, apprécieront l’épilogue saluant la mémoire de Steve Maia Caniço…

Chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

Billy the Kid Casterman 2026 p181

© Billy the Kid, l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs – Chenet/Sécheresse – Casterman, 2026

* Le célèbre Pat Garrett n’aurait en effet écrit que la dernière partie, le reste étant né de la plume d’un journaliste ami de Garrett, Marshall Autumn Upson. Ce dernier a plutôt recherché le spectaculaire que le réel dans le style littéraire comme dans les « événements » racontés.

Informations sur l’album :

  • Scénario : Alexandre Chenet
  • Dessin : Loïc Sécheresse
  • Couleurs : Loïc Sécheresse
  • Éditeur : Casterman
  • Date de sortie : 26/08/2026
  • Pagination : 232 pages en couleurs

© Billy the Kid, l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs – Chenet/Sécheresse – Casterman, 2026

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