Aventurosaure tome 7 : Le miroir Zoïka
Avec Le miroir Zoïka, septième tome d’Aventurosaure publié chez Presses Aventure, Julien Paré-Sorel confirme la vitalité d’une série à l’identité unique. Ce nouvel album mérite toute l’attention des amateurs de bande dessinée jeunesse. L’auteur réussit le pari de densifier une intrigue au long cours tout en maintenant un rythme visuel percutant, offrant ainsi un excellent compromis entre le développement des personnages et l’action pure.

Dans le sillage des révélations du tome précédent sur le passé de Cory, l’intrigue se resserre tout naturellement. Les chemins des différents protagonistes, qui s’étaient éloignés, tendent à converger désormais pour accomplir leur mission commune. C’est dans ce contexte de tension que le destin du jeune dinosaure Rex, personnage principal de la saga, bascule, isolé et vulnérable au cœur d’une contrée glacée habité par un clan au langage étrange. Face à l’avancée inexorable du titan Nécrosaure, commandé par l’empereur Tyratops, les alliés de Rex n’ont d’autre choix que de se réinventer pour tenter de contrer le péril qui plane sur eux. L’intensification des menaces offre un rythme haletant, où chaque protagoniste se retrouve poussé dans ses retranchements. Le scénario montre que nous ne sommes pas au bout de nos surprises et que de nombreux péripéties restent à venir !

De la richesse de l’univers au défi de la durée
L’univers original de la série repose sur un mélange habile entre l’imagerie des dinosaures et les codes médiévaux, où la magie remplace la technologie et où les combats se règlent à l’épée plutôt qu’aux armes à feu. C’est un cadre idéal pour explorer l’affrontement classique entre le bien et le mal, ainsi que des notions fortes comme l’amitié et la bravoure, qui résonnent particulièrement auprès des jeunes lecteurs.
La saga suit les aventures de Rex, un jeune tyrannosaure bleu qui doit accomplir une prophétie pour sauver son monde face à l’empereur Tyratops. Julien Paré-Sorel déploie cette quête à travers une constante pérégrination dans des contrées aux antipodes, un choix qui constitue l’un des grands points forts de la série. Les décors variés possèdent un caractère et une originalité qui empêchent toute lassitude… De plus, dans ce septième tome, le personnage de Rex gagne en profondeur. Bien qu’il soit l’élu, il n’est pas exempt de travers; il cherche à combler les lacunes de son passé et ce nouvel opus dévoile une part de mystère, une face cachée qui nuance son héroïsme.

Cet enrichissement des protagonistes participe à une montée en puissance globale, bien qu’aucune fin ne soit encore prévue pour la série. Si cette richesse scénaristique est captivante, l’allongement indéterminé comporte le risque de voir l’intérêt du lecteur s’émousser avec le temps si trop de tomes venaient à s’ajouter sans nécessité narrative. Pour l’instant, l’équilibre est maintenu, mais c’est un aspect que l’auteur devra gérer avec soin pour préserver la tension globale.
Un univers jeunesse aux codes bien affirmés
Sur le plan visuel, la structure des planches s’adapte parfaitement aux exigences de chaque scène, même si, en y regardant de plus près, la mise en page reste majoritairement classique. Lors des séquences de dialogue, le gaufrier rigoureux impose une grande sobriété qui privilégie la lisibilité et l’enchaînement naturel des répliques. L’auteur choisit toutefois de briser cette régularité dès que le scénario le nécessite : si les cadres se déforment pour dynamiser les affrontements et épouser les mouvements des personnages, la structure s’ouvre également lors de moments plus contemplatifs, s’offrant de grandes cases verticales pour déployer la majesté d’un arbre immense et de ses racines. Ces ruptures géométriques et ces variations d’échelle demeurent ciblées, servant avant tout à rythmer le récit.

Au-delà de ce découpage dynamique, le style graphique s’affirme par des choix visuels très nets. L’encrage, caractérisé par des lignes noires épaisses et appuyées, détoure efficacement les personnages, leur conférant une forte présence et les détachant des arrière-plans. Les expressions faciales de ces dinosaures anthropomorphes adoptent un ton théâtral et exagéré, visible dans les grands yeux expressifs, les bouches grandes ouvertes lors des cris ou les rictus marqués pour exprimer la colère. Enfin, la mise en couleur assume un rôle narratif fort en opposant des ambiances thermiques et émotionnelles bien distinctes. Les tons chauds et saturés, comme les rouges du volcan ou les jaunes ocres virant sur les bruns du désert, contrastent habilement avec les ambiances froides et nocturnes des bleus azurins des décors glacés, renforçant ainsi l’identité de chaque lieu.
Ce septième tome offre un bilan global positif où le fond et la forme se répondent harmonieusement. Julien Paré-Sorel démontre avec cet album toute la maturité de son savoir-faire, menant d’une main de maître le développement de sa série tout en consolidant les fondations de cet univers plein d’imagination dont la cohérence ne faiblit jamais. Le bédéiste se plaît à saluer la fidélité de son public en ouverture, et force est de constater que ce volume permet bel et bien aux lecteurs d’étancher pleinement leur soif d’aventure !
Chronique écrite par : Charlotte Claeys
Informations sur l’album :
- Scénario : Julien Paré-Sorel
- Dessin : Julien Paré-Sorel
- Couleur : Louis-Philippe Bastien
- Éditeur : Presses Aventure
- Date de sortie (France) : 05/06/2026
- Pagination : 64 pages en couleurs
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