Quand j’étais petite je rêvais d’être muse

Être la muse d’un créateur, cela fait rêver. L’imaginaire collectif y associe l’idée d’être sa raison de créer, celle qui nourrit son inspiration voire celle sans laquelle son talent n’aurait jamais pu éclore. Mais derrière cette image romantique s’est-on déjà vraiment interrogé sur ce qui se joue de l’autre côté du miroir ? Erell Hannah et Maëlle Reat s’emparent de cette question avec une grande intelligence et nous livrent un récit dont les conclusions font froid dans le dos. Bienvenue dans l’envers du décor, celui des faire-valoir, des identités sacrifiées et des talents bafoués.

Quand j'étais petite je rêvais d'être muse Casterman couverture

© Quand j’étais petite je rêvais d’être muse – Erell Hannah, Maëlle Reat et Lolita Couturier – Casterman – 2026

Depuis l’enfance, la jeune Dana rêve de reconnaissance et d’une place dans le monde artistique. Le bac en poche, elle s’installe à Paris et multiplie les rencontres dans les milieux culturels. Tour à tour égérie d’un musicien, d’un metteur en scène, d’un peintre puis d’un photographe, elle pose, parade à leurs côtés et se plie à leurs désirs. Jusqu’au jour où un événement tragique vient bouleverser sa vie. Tout s’écroule alors et Dana se lance dans une grande enquête sur l’histoire des muses.

Quand j'étais petite je rêvais d'être muse Casterman planche 13

© Quand j’étais petite je rêvais d’être muse – Erell Hannah, Maëlle Reat et Lolita Couturier – Casterman – 2026

De « déesse à paillasson » 

Un sous-titre volontairement provocateur qui fait pourtant directement référence aux propos effarants de Pablo Picasso sur les deux catégories de femmes qui existent selon lui. Au fil de son enquête, Dana s’interroge sur ces femmes qui ont marqué l’histoire de l’art sans jamais y occuper la place méritée. Compagnes, modèles ou collaboratrices, elles ont été reléguées dans l’ombre de ceux auxquels elles ont apporté leur présence, leur inspiration, leur travail et leur talent. La jeune femme ne s’intéresse pas seulement à leur destin. Elle questionne également le regard porté sur elles par ceux qui les ont placées sur un piédestal avant de les écarter brutalement lorsqu’elles cessaient de correspondre à l’image qu’ils avaient construite. Cette enquête devient pour Dana le moyen de comprendre et de surmonter la violence dont elle a été victime. Au travers de ces trajectoires sacrifiées, c’est le fonctionnement d’une société patriarcale qui est mis en lumière par les autrices, une société qui glorifie les femmes lorsqu’elles restent au service des hommes et qui les invisibilise lorsqu’elles cherchent à s’en émanciper.

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© Quand j’étais petite je rêvais d’être muse – Erell Hannah, Maëlle Reat et Lolita Couturier – Casterman – 2026

Le génie de cet album réside dans la manière dont les autrices entremêlent le parcours intime de Dana et une analyse historique extrêmement bien documentée. Les deux récits se nourrissent, se répondent et finissent par se confondre pour livrer, sans en avoir l’air, une démonstration implacable. Au fil des pages, le lecteur se laisse happer par l’enquête avant de mesurer toute la portée de ce qu’elle révèle. Une lecture fascinante mais aussi troublante tant les mécanismes de domination, de violence et d’invisibilisation qu’elle met en lumière sont édifiants et révoltants.

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© Quand j’étais petite je rêvais d’être muse – Erell Hannah, Maëlle Reat et Lolita Couturier – Casterman – 2026

Un dessin léger pour un album choc

Le style graphique de Maëlle Reat repose sur un trait spontané, expressif et un peu stylisé. Elle va à l’essentiel, réduit les détails au strict minimum et donne aux personnages et aux situations une dimension un peu caricaturale. Le dessin est vivant et fait sourire. Et c’est précisément là que réside la grande force de l’album. Derrière cette apparente légèreté se cache un propos redoutable et puissant. Le contraste entre l’univers visuel et la violence de ce qui est raconté est saisissant et fait mouche. Le lecteur tourne les premières pages en pensant découvrir une histoire légère, peut-être même un peu superficielle et c’est tout l’inverse qui se produit. Maëlle Reat joue avec les attentes du lecteur. Son dessin amuse et rend le récit accessible avant de laisser surgir la brutalité des situations et la puissance du propos. Cette apparente « simplicité » graphique devient un outil narratif et permet de faire passer des idées fortes sans alourdir le récit. Cet album se trouve exactement là où l’on ne l’attend pas et c’est jubilatoire.

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© Quand j’étais petite je rêvais d’être muse – Erell Hannah, Maëlle Reat et Lolita Couturier – Casterman – 2026

Quand j’étais petite je rêvais d’être muse donne l’impression rare d’avoir touché du doigt quelque chose d’essentiel et d’universel. Un album magistral et percutant qui figurera sans nul doute dans les albums marquants de l’année 2026 !

Quand j'étais petite je rêvais d'être muse Casterman planche 79

© Quand j’étais petite je rêvais d’être muse – Erell Hannah, Maëlle Reat et Lolita Couturier – Casterman – 2026

Une chronique écrite par : Claire

Informations sur l’album :

  • Scénario : Erell Hannah
  • Dessin : Maëlle Reat
  • Couleurs : Lolita Couturier
  • Éditeur : Casterman
  • Date de sortie : 26/08/2026
  • Pagination : 192 pages en couleurs

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