Les Amis de la Bande Dessinée au Festival du livre de Paris (seconde partie)
La Providence veille au Festival du livre de Paris, et nous accompagne, Adrien et moi, jusqu’au soir. Alors que les stands se vident peu à peu, en passant devant l’espace du Lombard, nous nous apercevons, tel un miracle, de la présence de Cosey, qui signe Yiyun, son dernier album ! Le miracle se poursuit lorsque nous voyons qu’il n’y a aucune file d’attente ! Ni une ni deux, j’achète l’album (que je possède déjà, mais quand on aime…), ce qui me vaut un ex-libris spécial, et surtout le privilège de discuter un peu avec le suisse, légende de la BD s’il en est !
Un peu impressionné par l’auteur, j’ai presque peur de dire des bêtises mais me reprends rapidement pour ne pas gâcher la chance qui est la mienne ! De plus, l’oreille attentive d’Adrien, qui voit bien (et qui sait bien !) que je suis fan, est là pour me rappeler à la raison si besoin. Cosey et moi parlons assez longtemps de Jonathan, ces fameux albums « à lire en écoutant » certaines musiques. Je lui évoque mes souvenirs de jeunesse et explique l’impossibilité qui était la mienne à trouver les musiques suggérées, en ces temps où Internet n’était pas même un mot connu. Nous évoquons ensemble le merveilleux À la recherche de Peter Pan, et son joli passage un peu érotique, propre à provoquer l’émoi du pré-ado que j’étais lorsque j’ai lu le titre emprunté à la bibliothèque de quartier qui était juste en face de là où mes parents habitaient. Cosey, sans doute habitué à entendre cette anecdote, en rit franchement en se disant qu’a posteriori, il ne sait pas trop si ces scènes, dans ce joli album, étaient bien nécessaires. Etant maintenant un adulte un peu moins ému (ou du moins, ému différemment) par ce type de dessin, je lui confirme que si, elles étaient et restent bien nécessaires.

En revanche, là où Cosey est affirmatif, c’est sur la fin de Jonathan. Il argumente sur le fait qu’une série ne doit pas s’éterniser et qu’il peut ainsi aller sur d’autres projets. Il est vrai que 17 albums, c’est déjà bien, suffisant pour convoquer nombre de souvenirs et surtout, c’est plus simple à relire qu’une série au nombre de titres pléthorique. Nous évoquons ensuite ses titres phares et je me rends compte que, tout en étant amateur de son œuvre, je l’ai rarement chroniquée. Seul un texte sur Saïgon-Hanoï me revient en tête, alors que d’autres, tels Le voyage en Italie, ou bien encore Une maison de Frank L. Wright m’inspirent tout autant ! Alors que 19h, date de fin de la dédicace approche, nous parlons du dernier né Yiyun. C’est l’occasion d’échanger sur Milton Caniff, dont l’ombre plane sur l’ouvrage, ainsi que de paysages enneigés et de la politique de l’enfant unique en Chine, sujet de l’intrigue. Mais notre discussion prend un tour surprenant lorsque je lui demande, en étant persuadé de sa réponse positive, s’il s’est inspiré d’une case du Lotus Bleu pour dessiner la couverture de la BD. Surpris et intrigué, Cosey ne voit pas de quoi je veux parler ! La case de l’ouvrage d’Hergé (première case de la page 16, si vous souhaitez comparer) étant une de mes préférées, je la garde en image sur mon portable. Quand Cosey la voit, il est surpris et confirme la grande ressemblance avec Yiyun ! Il me dit cependant ne pas s’en être inspiré, n’ayant pas relu ce Tintin depuis longtemps. Qui sait si sa mémoire, dans un tour de passe-passe un peu magique, ne lui a pas inconsciemment rappelé cette case d’Hergé lorsqu’il s’est mis à sa table à dessin ? C’est en tous cas la preuve que les grands auteurs se rencontrent, d’une façon ou d’une autre. Après ce beau moment, il est temps de prendre congé, les yeux pleins d’étoiles, telles celles qu’on voit dans le ciel tibétain cher à Cosey…
Reportage écrit par Mathieu Depit




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