La Flopée 3
Dans un monde qui s’étourdit de sa propre vitesse, La Flopée choisit de s’arrêter pour capter les ambiances de Québec. Ce troisième opus, publié par la maison d’édition Nique à feu, fait cohabiter quinze signatures graphiques aux univers distincts sur un même territoire imaginaire. Ici, la ville n’est pas seulement un décor, elle est le dénominateur commun à une mosaïque d’approches graphiques en noir et blanc.

La Flopée 3©Nique à feu – 2026 – Collectif
Liste des artistes :
Carotte, Chloé Lalancette, Christine Lavallée, Éliane Rousseau, Léa Robitaille, Liliane Dubé, Marius Lalancette, Pierlyn et Simon B. Bouchard, Rosalie Bouchard, Sarah-Eve Tremblay, Valérie Racine, Vicky Fortin Boudreault, Zoé Zénon et Zoey Tremblay

Fragments de Québec
Le fil conducteur de ce troisième opus réside dans son ancrage géographique : ici, la ville de Québec n’est plus un simple décor, mais devient le véritable protagoniste de l’ouvrage. En réunissant quatorze récits indépendants, le collectif parvient à en capter l’essence de manière subtile, privilégiant la diversité des expériences urbaines aux monuments historiques. On y croise des skaters, d’un chat à cravate ou le passage d’une fanfare qui réunit ceux qui s’étaient déconnectés.

La Flopée 3©Nique à feu – 2026 – Éliane Rousseau

La Flopée 3©Nique à feu – 2026 – Vicky Fortin Boudreault

La Flopée 3©Nique à feu – 2026 – Valérie Racine
L’imaginaire des auteurs et des autrices s’étend également à des rencontres fortuites qui mènent à l’aventure, un bonhomme carnaval qui a fondu au soleil, allant même jusqu’à projeter la capitale dans diverses visions post-apocalyptiques. Cette diversité de thèmes prouve que le territoire peut être abordé sous tous les angles, transformant l’album en une déambulation urbaine où chaque artiste propose sa propre perspective. C’est une vision intime nourrie par une fréquentation quotidienne et un attachement réel pour Québec. Cette unité de lieu offre une cohérence atmosphérique qui compense efficacement l’éclatement des styles graphiques. L’absence de lien narratif logique entre les récits reflète d’ailleurs fidèlement la réalité d’une cité où des milliers de vies se croisent sans interagir.

La Flopée 3©Nique à feu – 2026 – Sarah-Eve Tremblay

La Flopée 3©Nique à feu – 2026 – Zoey Tremblay
Pour le lecteur, cette structure permet de picorer les histoires au gré de son humeur, faisant de l’ouvrage une cartographie sensible d’un territoire précis tout en évitant le piège du pittoresque. Le format très court de ces récits – 6 à 10 planches – impose toutefois un rythme particulier à la lecture. Cette concentration d’énergie oblige les auteurs à être extrêmement efficaces pour poser une ambiance en seulement quelques pages. Si cet aspect permet de découvrir une grande variété d’approches et de talents en peu de temps, il peut aussi générer une pointe de frustration. On s’apparente ici davantage à l’instantané qu’à la narration développée, ce qui freine parfois l’immersion : on quitte souvent un univers au moment même où l’on commençait à s’y attacher. Mais cette frustration devient vite une invitation, car elle nous incite à suivre le travail de ces créateurs pour prolonger la rencontre au-delà de l’album.
L’expérience urbaine en noir et blanc
L’hétérogénéité graphique de ce recueil simule parfaitement l’expérience urbaine. Passer d’un style qui utilise des aplats de noir massifs et des contrastes découpés évoquant la linogravure, à un trait beaucoup plus jeté, nerveux et proche du croquis sur le vif, revient à changer de quartier ou à croiser des passants aux visages radicalement différents. Cette transition entre les récits provoque un vrai choc visuel pour le lecteur et la lectrice : en tournant la page, la rupture de ton renforce l’impression d’une ville-mosaïque. Ce n’est pas seulement la coexistence des styles qui frappe, mais leur juxtaposition immédiate qui crée une énergie particulière, faite de cassures et de redécouvertes. Ce contraste renforce l’idée de déambulation propre à l’album. Le graphisme de La Flopée 3 ne se contente pas d’illustrer la ville : il utilise le noir et blanc pour explorer les extrêmes du trait, de la forme pleine et stable à la ligne fragile et mouvante. Chaque auteur ne se contente pas de montrer un secteur différent de la capitale, il nous prête ses propres yeux pour le regarder.

La Flopée 3©Nique à feu – 2026 – Christine Lavallée

La Flopée 3©Nique à feu – 2026 – Léa Robitaille
Cet ouvrage s’adresse donc à ceux qui souhaitent prendre le pouls de la relève en bande dessinée de Québec. Ici, le thème imposé devient une porte d’entrée privilégiée vers des univers singuliers, offrant un espace d’expression idéal pour que ces signatures graphiques puissent se révéler. C’est une recommandation de choix pour les lecteurs qui aiment être surpris par la richesse d’un collectif et par la force d’un projet rassembleur. Des artistes et une maison d’édition à suivre !
Une chronique rédigée par : Charlotte Claeys
Informations sur l’album :
- Scénario et dessin : collectif
- Éditeur : Nique à feu
- Date de sortie (Québec) : 30/03/2026
- Pagination : 158 pages
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