Mort Blanche
1939. Un mystérieux tireur d’élite finlandais résiste à l’armée soviétique. Caché dans l’épaisseur de la forêt, ses victimes se comptent par centaines. Entre récit fictionnel et réalité, le scénariste Kid Toussaint et le dessinateur Iñaki Holgado brossent le portrait d’un homme obstiné, formé pour abattre sans pitié ses ennemis.

Le jeune Riku est le benjamin d’une fratrie de trois frères. Accompagnés de leur père, ils chassent régulièrement dans la forêt. Ils habitent une région frontalière à l’URSS. Le jeune garçon est plutôt maladroit et le paternel pas vraiment patient. Il élève ses gamins à coup de taloches et dans une terreur continue.
Quelques années plus tard, l’armée rouge envahit la Finlande. Les jeunes hommes sont mobilisés pour repousser les envahisseurs. Les trois frères s’engagent dans l’horreur de la guerre au cœur des forêts du pays des mille lacs. C’est sanglant. Au cours d’un corps à corps sauvage, Riku tue un soviétique d’un coup de couteau, avant d’abattre les suivants avec un fusil récupéré sur un cadavre. La légende de Mort Blanche est en marche. Le jeune garçon devient un tireur d’élite insaisissable, bénéficiant de son excellente connaissance du terrain. Il se fond aussi bien dans les couleurs automnales que dans la blancheur de la neige. Invisible grâce à la nature, il opère au nez et à la barbe de ses adversaires. Le décompte de ses victimes peut commencer.

Les soldats restants
Mort Blanche est un récit de fiction librement adapté des histoires de Simo Häyhä et d’Hiroo Onoda. Le premier était un tireur d’élite finlandais. Ses exploits durant la guerre lui ont valu le surnom qui a inspiré l’album. Toutefois, cet album n’étant pas une biographie, le scénariste Kid Toussaint s’est également inspiré du destin de ce militaire japonais connu pour être « un soldat restant » – un de ces combattants qui a continué de se battre pendant la Seconde Guerre mondiale, même après la capitulation du Japon.
Riku a été élevé par un père violent qui lui a appris à chasser et à viser en gardant les yeux grands ouverts. Ce parcours chaotique sert de prétexte à sa transformation en machine à tuer. C’est un récit haletant qui prend à témoin les lectrices et les lecteurs, entre empathie pour ce jeune homme naïf et ce sentiment d’avoir affaire à un homme qui s’enfonce dans l’horreur et la solitude.

Le visage déterminé de Mort Blanche
Le trait plutôt réaliste de Iñaki Holgado illustre cette transformation. Riku est d’abord un adolescent plutôt timide dont les joues rosissent à l’approche de sa jolie voisine. Mais la guerre d’Hiver (1939-1940) entre les Finlandais et les Russes bouleverse la donne. Au fil des pages, le physique du tireur s’affermit, devient plus dur. Les expressions de frayeur des débuts sont remplacées petit à petit par un visage marqué par cette détermination de tuer le plus d’ennemis possible. On assiste, impuissant à ce basculement dans une sorte de folie.

Dans ce huis-clos forestier, le temps s’abîme dans une forme d’oubli. On en perd complètement la notion. Tout au long du récit, le décompte du nombre de tués par Mort Blanche est affiché en grand sur certaines cases. Avec un mystère, il débute par le mort n°2. Et s’il est assez aisé d’imaginer le nom de la première victime de Riku, les lectrices et les lecteurs se laisseront sans doute assez facilement emporter par un récit où la violence et aliénation l’emportent sur la raison et la compassion.
Chronique écrite par Bruce Rennes
Informations
- Scénario : Kid Toussaint
- Dessin : Iñaki Holgado
- Couleurs : Raphaël Bauduin et Anaïs Blanchard
- Éditeur : Grand Angle
- Date de sortie : 25 février 2026
- Pagination : 64, couleur
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