Le nom de la rose : Livre second
Milo Manara achève son adaptation du chef d’œuvre d’Umberto Eco avec un livre second enchaînant les péripéties mais aussi les moments plus contemplatifs, le tout baignant dans une ambiance de fin du monde.

Nord de l’Italie en 1327. Le frère franciscain Guillaume de Baskerville et son jeune novice Adso se retrouvent dans une abbaye bénédictine où une importante réunion doit avoir lieu entre franciscains, moines prêchant de vivre dans la pauvreté comme le Christ, et une délégation du Pape, opposé à cette idée.
Cependant, plusieurs disparitions tragiques ont lieu dans l’abbaye, les frères Guillaume et Adso enquêtent sur les assassinats et comprennent que la clé de l’énigme tourne autour de la bibliothèque. Or, les moines bénédictins leur ont interdit de s’en approcher.

Adapter Eco en 2026
Pour cette transcription du roman, déjà adapté au cinéma en 1986 par le français Jean-Jacques Annaud avec dans le rôle principal un Sean Connery inspiré, en bandes dessinées, les héritiers d’Umberto Eco (disparu en 2016) ont souhaité que Milo Manara ait toute liberté artistique.
Au niveau du scénario, le maître italien a choisi d’être fidèle au livre, encore plus que le long métrage. En effet, là où Annaud laissait une place importante à la jeune paysanne qui séduit Adso, lui offrant même la vie sauve, Manara reste attaché au texte original et donc une fois la malheureuse emprisonnée par l’inquisiteur Bernard Gui, le lecteur ne la verra plus. Son probable sort sera expliqué quelques planches plus loin par Guillaume à Adso : elle va être torturée puis brûlée sur le bûcher !

La difficulté d’adapter le roman vient du fait qu’il n’est pas seulement un récit policier historique mais aussi un essai théologique, sans parler des multiples références littéraires (la plus facile : Guillaume de Baskerville renvoie à l’aventure la plus célèbre de Sherlock Holmes, le détective créé par Arthur Conan Doyle) et des expérimentations narratives. Il est donc compliqué de toucher au livre sans sacrifier une bonne partie de ce qui en fait le sel.
Comment Manara s’en sort-il ? Eh bien, la narration a du mal à tenir sur la longueur. Si ce livre second est plus rythmé que le livre premier, qui servait surtout de mise en place, il n’empêche qu’il accuse certains passages plus ennuyeux. Pas de quoi cependant décourager le liseur déterminé qui voudra découvrir le fin mot de cette énigme moyenâgeuse.

Un magnifique objet visuel
Ancien disciple du grand Hugo Pratt, Manara est connu pour son style graphique sensuel et c’est bien sur cet aspect qu’il était attendu au tournant.
Dans le livre premier, l’illustrateur commençait par Umberto Eco en personne qui venait introduire l’histoire dans un noir et blanc assez classique. Après cela, Manara enchaînait avec, de nouveau, un noir et blanc mais au lavis avec effets de matière et de modelés, technique déjà utilisée auparavant. Et enfin, ultime plaisir du natif de Luson, l’album reproduit les splendides enluminures des livres de cette époque.

À part Umberto Eco, qui ne revient pas dans cette seconde partie, tout le reste est là. L’histoire est teintée d’un gris brumeux, alors qu’une partie de l’intrigue se passe dans un brouillard épais, symbole du mystère et de la dissimulation. Mais les moments les plus marquants pour les yeux sont ceux où Manara reproduit des enluminures. Ce sont les passages les plus réussis de l’album. La planche illustrant le rêve d’Adso est magnifique et sera, assurément un coup de cœur visuel des cette année 2026. Remarque : c’est Simona Manara qui a travaillé sur les couleurs pour ce livre.
Graphiquement parlant, l’auteur italien ne déçoit jamais dans ce livre second.

Une réussite plus visuelle que narrative
Proposer une adaptation BD du Nom de la rose était un projet ambitieux et pas à la portée du premier venu. Si Manara s’en sort avec les honneurs dans tout ce qui touche au visuel de l’album, avec l’aide de Simona Manara pour les couleurs, le point faible de cet album se situe bien au niveau de la narration. Le récit est, certes, toujours envoûtant mais souffre de certaines longueurs que, peut-être, Manara aurait pu éviter en se détachant plus du texte d’Eco.
Une chronique écrite par : Frédéric P.
Informations sur l’album :
- Scénario : Milo Manara d’après le roman écrit par Umberto Eco
- Dessins : Milo Manara
- Couleurs : Simona Manara
- Traducteur : Jean-Noël Schifano
- Éditeur : Glénat
- Date de sortie : 21/01/2026
- Pagination : 72 pages en couleurs
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