XIII pour remplacer Bruno Brazil
À la fin des années 70, William Vance et Jean Van Hamme se voyaient bien travailler ensemble sur Bruno Brazil, série scénarisée par Greg depuis 1969. Devant l’impossibilité de réaliser ce projet, les deux auteurs vont créer une nouvelle série : XIII.

© Dargaud – XIII : Le jour du soleil noir – W. Vance et J. Van Hamme
En 1978, William Vance est un auteur installé du journal de Tintin grâce à, notamment, ses dessins pour la série Bruno Brazil, une bande dessinée mélangeant aventures et espionnage, écrite par Greg. Mais, ce dernier a aussi de grandes responsabilités éditoriales, qui lui prennent de plus en plus de temps et rognent sur l’écriture de scénario. Cela fait d’ailleurs un moment qu’il n’a plus livré une histoire du « grand gars aux cheveux blancs ».

Lors d’une réception organisée à Bruxelles dans les bureaux de Dargaud Benelux, Vance fait la connaissance, par l’intermédiaire de Greg, d’un scénariste qui commence à percer : Jean Van Hamme. Et surprise : Greg présente Van Hamme comme étant le nouvel auteur de Bruno Brazil. L’idée plaît aussi bien au scénariste qu’au dessinateur mais ils veulent une confirmation écrite de Greg… Qui ne viendra jamais. Greg aurait-il fait une blague mal comprise par Vance et Van Hamme ? Avait-il changé d’avis ? Nul ne le sait.

Le temps passe et en 1980, Vance propose à Van Hamme de créer une nouvelle série d’aventures policières. Le papa de Largo Winch vient de lire « The Bourne Identity », un roman d’espionnage écrit par Robert Ludlum dans lequel un tueur amnésique de la CIA doit échapper à ses anciens employeurs. Van Hamme reprend l’idée du protagoniste amnésique mais mêle le tout à l’histoire des États-Unis en faisant référence à l’assassinat du président Kennedy. Vance et Van Hamme intitulent cette nouvelle série XIII car le héros porte ce chiffre romain tatoué sur la clavicule.

Le premier scénario, rapidement écrit, rencontre l’enthousiasme de Vance qui n’attend plus que le feu vert des éditions du Lombard pour dessiner ses planches. Seulement, Guy Leblanc, fils de Raymond Leblanc cofondateur des éditions du Lombard, ne semble pas partager l’optimisme de son dessinateur et fait lanterner les deux auteurs. En effet, Guy Leblanc songe à créer un nouveau périodique BD plus adulte que « Tintin ». Pour lui, XIII en serait la figure de proue idéale mais le projet n’aboutira pas.

À bout de patience, Vance et Van Hamme décident d’aller proposer le projet, à d’autres éditeurs. Vance recommande les éditions Dargaud avec lesquelles il a déjà travaillé.
En juillet 1983, l’affaire est conclue : Dargaud publiera la nouvelle série de William Vance, scénarisée par Jean Van Hamme : XIII… À la grande colère de Guy Leblanc qui fera promettre de nouveaux albums de Bruce J. Hawker à Vance (ils seront écrits par André-Paul Duchâteau) afin de faire passer la pilule.

Autre surprise : XIII est donc publié par Dargaud mais les trois premiers albums de la série (le Jour du soleil noir, Là où va l’indien et Toutes les larmes de l’enfer) seront pré publiés dans le journal de Spirou des éditions Dupuis, concurrentes de Dargaud ! Pourtant la maison d’édition française a des magazines de BD : Pilote et Charlie Mensuel. Il semblerait que le contrat signé par Van Hamme et Vance soit avec Dargaud Benelux, filiale donc de Dargaud créée pour « améliorer la diffusion commerciale des ouvrages » dans cette aire géographique. Or, la maison mère ne se préoccupait pas beaucoup des séries de sa filiale. D’ailleurs, les rédacteurs en chef des deux magazines disent que personne chez Dargaud ne leur a proposé XIII.

Van Hamme, lui, a un bon contact avec le rédacteur en chef de Spirou, Philippe Vandooren ! Ce dernier se fiche pas mal que la série appartienne à un autre éditeur, il la considère comme un excellent produit d’appel pour Spirou et la met à l’honneur dans son journal.

En octobre 1984, le premier volume de XIII sort dans les librairies. D’après le scénariste, en trois mois, 18 298 exemplaires trouvent preneurs en français et 15 200 en néerlandais. À l’époque, on estime qu’une nouvelle série a un avenir si elle parvient à dépasser les 10 000 exemplaires, ce qui est donc le cas de XIII.

Le succès ira grandissant jusqu’au quatrième puis cinquième albums (S.P.A.D.S et Rouge total) qui finiront d’installer la série comme un best seller de la BD franco-belge.

Un article écrit par : Frédéric P.









