Une vie pour les autres
Pour sa première bande dessinée, l’écrivain et journaliste suisse Blaise Hofmann explore la complexité des sentiments lorsqu’on cherche à consacrer sa vie à l’action humanitaire. Associé au dessinateur Elmax, il retrace le parcours de Sophie, qui entreprend de confronter les mythes à la réalité de l’engagement pour les autres.

Sophie est étudiante. Rêveuse, elle imagine des voyages dans des terres lointaines et la découverte d’un autre monde. Des aspirations propres à la jeunesse. Après une visite scolaire au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, à Genève, Sophie et ses camarades ont l’occasion de rencontrer un collaborateur de l’institution. Au cours de la conversation, un élève ukrainien, récemment arrivé en Suisse, interpelle l’intervenant : « Pourquoi continuer à croire à l’ONU alors qu’elle n’a jamais su empêcher la guerre ? »
Cette rencontre est l’occasion pour Sophie de s’intéresser de plus près à l’histoire de ce réfugié qui a rejoint sa classe moins de trois mois auparavant. Il lui raconte l’invasion russe, le stress d’une vie bouleversée et le départ qui l’a conduit sur les routes de l’exil. De son côté, le fonctionnaire des Nations unies rappelle que le quotidien de son institution n’est finalement pas si différent de celui des élèves. Les interrogations sont les mêmes : comment maintenir un climat de bienveillance en classe, éviter les crises ou encore réfléchir à notre réaction face à un abus de pouvoir ? Pour illustrer son propos, il évoque le destin d’un homme : Sergio Vieira de Mello.

Parcourir le monde
Une vie pour les autres est une bande dessinée hommage. Le 19 août 2003, Sergio Vieira de Mello, sous-secrétaire général des Nations unies et envoyé spécial en Irak, perd la vie dans un attentat. La fondation qui porte son nom s’est engagée pour que cette date devienne la Journée mondiale de l’action humanitaire. Pour perpétuer le travail de celui qui aurait dû être le successeur de Kofi Annan, l’institution a confié à Blaise Hofmann la mission de raconter une histoire qui parle à la jeunesse. La transmission était d’ailleurs un thème cher à Sergio.
L’écrivain s’est attelé à la tâche en s’écartant volontairement de la biographie pour concentrer son récit sur Sophie, cette jeune fille de 18 ans. Les jeunes parlent aux jeunes. Touchée par la pauvreté et la souffrance des peuples, elle est également animée par le désir de parcourir le monde. Blaise Hofmann raconte toute l’ambiguïté d’une jeunesse tiraillée entre l’envie d’aider et le quotidien, presque terre à terre, d’une famille qui retient son élan.

Les inégalités médiatiques
Tout au long des onze chapitres de l’album, les lectrices et les lecteurs accompagnent les questionnements de Sophie. À ses côtés, ils découvrent le fonctionnement de grandes organisations telles que l’ONU ou encore le Comité international de la Croix-Rouge. L’album présente également le rôle des organisations non gouvernementales. Toutefois, Blaise Hofmann ne délivre pas un cours de science politique rébarbatif. Bien au contraire, il intègre harmonieusement ces éclairages au parcours de l’héroïne.
La narration se construit par étapes : d’abord la découverte des malheurs qui parsèment le monde, puis l’incompréhension face aux inégalités dans le traitement médiatique des conflits, jusqu’à la prise de conscience du poids des idées reçues qui entourent l’action humanitaire, entre fantasmes et désillusions.

Provoquer le malaise
Avec une palette de couleurs sobre, le dessinateur Elmax fait également le choix graphique de représenter les protagonistes de son histoire sans pupilles. L’absence de ce repère visuel intrigue, voire dérange. C’est peut-être même là tout son rôle : provoquer un malaise. On ne peut regarder les personnages dans les yeux ; alors, on se concentre sur leur posture et leurs dialogues.
La dynamique du récit n’est pas structurée par un gaufrier traditionnel, mais plutôt par des éclatés qui ébranlent le regard. Une démarche audacieuse qui fonctionne : lectrices et lecteurs sont amenés à interroger leur propre responsabilité face à la solidarité humaine. Pourtant, Une vie pour les autres n’est ni une leçon de morale pédante ni un hommage aveugle à l’action de Sergio Vieira de Mello. On y découvre plutôt, peu à peu, la construction psychologique d’une jeune femme confrontée à un monde imparfait avec lequel elle cherche à interagir.
Chronique écrite par : Bruce Rennes
Informations sur l’album :
- Scénario : Blaise Hofmann
- Dessin : Elmax
- Couleur : Elmax
- Éditeur : La joie de lire
- Date de sortie : 19/08/2026
- Pagination : 152 pages en couleurs
Nous avons fait le choix d’être gratuits et sans publicité. Néanmoins, nous avons des frais qui nous obligent à débourser de l’argent. Vous pouvez donc nous soutenir en adhérant à l’association des Amis de la bande dessinée et/ou en achetant un T-shirt avec notre logo. L’ensemble de l’équipe vous remercie d’avance pour votre aide.
Consultez la liste de nos librairies partenaires pour vous procurer l’album Une vie pour les autres








