Nouvel auteur et nouveau one shot pour le Label 619 avec la première bande dessinée de Martin Robic, Une Fête sans Fin, dont la couverture, toute en douceur et riche en bizarreries, est une invitation à un voyage des plus oniriques et sensibles.
Violette et Dorothée sont dans un train, direction la Nuit sans Fin. Si la seconde remercie la première de l’accompagner dans cet événement qu’elle désire couvrir en tant que journaliste, c’est bien Violette qui a le plus besoin d’un moment d’évasion hors du temps afin de guérir de ses blessures intérieures.
© Une fête sans fin – Martin Robic – Label 619, Rue de Sèvres, 2026
« Tiens… une Violette qui sort de l’eau »
Comme l’écrit Mathieu Bablet dans la préface de l’album, « Suivre Violette, c’est entrer dans un monde loufoque où l’on est d’abord perdu, puis qui prend doucement forme ». Violette et Dorothée se rendent pour la première fois à la Nuit sans Fin, le lecteur est donc invité à découvrir l’environnement du festival avec les protagonistes, guidés par les amis de la journalistes, Ulysse et Fleur, des habitués de l’événement. Le récit accompagne principalement Violette et se construit comme une suite d’épisodes courts se déroulant dans différents lieux de la Fête. À chaque étape, Violette s’émerveille, doute, ressent la peur ou l’espoir, bref, se confronte à ses démons ou à ses entraves afin d’en sortir grandie, à défaut d’être « guérie ».
© Une fête sans fin – Martin Robic – Label 619, Rue de Sèvres, 2026
Une suite d’épisodes réels ou une suite de rêves ? En effet, très tôt dans l’album, des personnages font plusieurs références aux rêves, notamment Ulysse qui doute de la réalité de tout ce qu’il vit et expérimente, tout en ayant cette phrase récurrente : « Ça c’est sûr ». Et puis, on retrouve tout au long de cette intense nuit beaucoup de thèmes habituels du monde du songe : la chute, l’isolement, le danger face au monde sauvage, la culpabilité, l’enfance ou encore la plongée dans l’eau, avec la noyade ou la renaissance. Sur ce dernier point, Violette « renaît » plusieurs fois, toujours en présence de Fleur qui répète alors « Tiens… une violette qui sort de l’eau ».
© Une fête sans fin – Martin Robic – Label 619, Rue de Sèvres, 2026
Et puis, dans l’immensité de la fête, les protagonistes ne font que se perdre et se retrouver, comme par magie. Et puis il y a ces ellipses étranges, ces scènes qui semblent ne pas s’enchaîner, comme si elles n’étaient liées que par les émotions sans vraie logique narrative. Le festival existe-t-il réellement ou bien est-il un rêve de Violette ? Une troisième alternative peut s’immiscer, petit à petit, dans l’esprit du lecteur au gré des pages et des rencontres. En effet, Violette et ses amis croisent plusieurs personnages qui leur racontent leur histoire, ou du moins une anecdote, assez improbable pour avoir été rêvée. Le festival pourrait alors être un monde onirique où différentes personnes se croisent pour y confronter leurs rêves afin de les comprendre, de se comprendre.
© Une fête sans fin – Martin Robic – Label 619, Rue de Sèvres, 2026
Vrai ou non, « un souvenir reste un souvenir »
Martin Robic ne donne pas de réponse claire à la fin de l’histoire, peut-être pour laisser le lecteur décider, ou peut-être parce que, pour l’auteur, son monde existe au premier degré et toutes ces questions n’ont pas lieu d’être… Comme Violette qui s’approprie le festival, le spectateur appréhende l’album selon sa propre sensibilité, ses propres besoins, s’identifiant à certains personnages ou non. D’ailleurs, les noms de personnages ne sont, sans doute, pas choisis au hasard. Fleur et Violette, enracinées et délicates, fragiles invitées à s’épanouir et fleurir. Dorothée et Ulysse, personnages issus de la mythologie grecque, la première, « don de dieu » est une figure protectrice alors que le second évoque le voyage, notamment intérieur. Un travail d’appellation qui n’est pas sans rappeler l’œuvre de Jean Cocteau, auteur et réalisateur du songe s’il en est.
© Une fête sans fin – Martin Robic – Label 619, Rue de Sèvres, 2026
Le doute sur la réalité du monde d’Une Fête dans Fin doit également beaucoup au dessin de Martin Robic. Pour sa première bande dessinée, il est indéniable que l’illustrateur frappe fort. Dans un style graphique éthérée qui colle parfaitement à son univers, avec des personnages tout en douceur, des décors aux formes arrondies, des couleurs vives et lumineuses parfois en décalage avec ce qu’elles montrent, le festival tient plus du monde imaginaire que de Woodstock, et ce malgré les apparitions d’êtres étranges symptomatiques de la consommation de certaines drogues. Mais le doute subsiste surtout dans les scènes de début et de fin d’album, censées se dérouler hors du festival. Si les décors sont plus concrets, du train entrant dans une gare à un chemin de campagne au pied des montagnes, le trait et la colorisation de Martin Robic ne tranchent pas complètement avec ceux de la nuit festive. Entre cette similarité visuelle et certains protagonistes interagissant, comme Violette et Dorothée au début, peut-on alors penser que le festival est bien réel ?
© Une fête sans fin – Martin Robic – Label 619, Rue de Sèvres, 2026
Le lecteur peut être rassuré, cette interrogation entre rêve et réalité ne vient jamais interrompre l’immersion, elle apparaît surtout une fois l’album fermé. Dès l’arrivée sur le festival, le lecteur est plongé dans ce monde merveilleux, à la fois exubérant et introspectif. Les planches sont superbes, pleines de détails, les protagonistes sont attachants aussi bien dans leur personnalité bienveillante que dans leur aspect qui l’est tout autant et chaque page tournée promet son lot de surprises et d’étonnement, aussi bien pour les personnages que pour le lecteur. Comme dans un rêve.
© Une fête sans fin – Martin Robic – Label 619, Rue de Sèvres, 2026
Pour citer une fois de plus la préface de Mathieu Bablet, passionnante, « La Fête sans Fin, c’est cet état de grâce où le temps semble s’arrêter, exaltant le sens et rendant les interactions plus intenses que jamais ». Festival réel ou songe poétique, finalement peu importe, ce qui compte c’est l’émotion, retrouver le moment présent loin des regrets du passé et de la peur du futur. Avec ses personnages attachants, la folie de son univers et son graphisme lumineux, Martin Robic parvient à entraîner son lecteur dans un tourbillon onirique de ressentis forts et doux à la fois. Un état de grâce, effectivement.
Chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard
© Une fête sans fin – Martin Robic – Label 619, Rue de Sèvres, 2026
Informations sur l’album :
- Scénario : Martin Robic
- Dessin : Martin Robic
- Couleurs : Martin Robic
- Éditeur : Label 619 / Rue de Sèvres
- Date de sortie : 20/05/2026
- Pagination : 182 pages en couleurs
© Une fête sans fin – Martin Robic – Label 619, Rue de Sèvres, 2026
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