Sauvage
La couverture est digne d’un livre de fables : une princesse, vêtue en rouge et or, tenant un arc, avec autour d’elle des enluminures et des fleurs. Avec Sauvage, Rosalia Radosti, autrice et dessinatrice italienne, bouleverse les codes en réinventant les contes de son enfance.

© Sauvage – Rosalia Radosti – Ankama – 2026
Le ton est donné dès la première page : l’histoire qui va être racontée est « cruelle, faite de désespoir, de larmes et de sang. Mais c’est aussi une histoire faite d’espoir, de courage, de rêves et de sentiments. »
C’est l’effervescence au Royaume de Val des Roses. La Reine vient de donner naissance à une petite fille. Malgré toutes les propositions reçues, la Reine veut un prénom puissant et audacieux, celui d’une femme courageuse, forte et libre. C’est décidé, sa petite fille s’appellera Sauvage. Pendant toute son enfance et son adolescence, la princesse Sauvage, espiègle et vive, fait tourner le personnel du château en bourrique. À ses seize ans, son mariage devient le sujet de préoccupation majeur du Royaume. Les prétendants défilent sans succès jusqu’à ce qu’elle rencontre le prince Rodrigue dans la forêt. Son cœur s’emballe alors pour lui qui a l’air de la comprendre si bien…

© Sauvage – Rosalia Radosti – Ankama – 2026
Tout commence comme un conte de fées
La première partie de la narration a tout d’un conte de fées avec un Royaume heureux et paisible où les seuls « soucis » tournent autour des extravagances et de l’avenir de la Princesse. La sélection des prétendants au mariage met le sourire aux lèvres car la séquence, drolatique, foisonne de répliques bien senties. La spontanéité de Sauvage insuffle, à l’album, un air rafraîchissant et virevoltant. Le dessin sur papier glacé fait mouche. Sous un physique de petite fille modèle se cache une jeune fille malicieuse, adroite, audacieuse et qui sait ce qu’elle veut. Rosalia Radosti s’amuse et détourne l’imaginaire collectif de la princesse sage, docile et aux répliques policées.

© Sauvage – Rosalia Radosti – Ankama – 2026
L’envers du décor
Sans rien divulgâcher de l’intrigue, Rodrigue s’avère ne pas être un mari à la hauteur. La première page de l’album a tenu sa promesse : la deuxième partie de la narration est, effectivement, cruelle, injuste et violente dans les émotions qu’elle génère. Là où les couleurs de la première partie jouent avec la lumière et la joie, les couleurs de l’envers du décor sont, quant à elles, sombres et s’inscrivent dans une atmosphère nocturne et inquiétante.

© Sauvage – Rosalia Radosti – Ankama – 2026
Dans le malheur qui la frappe, Sauvage se révèle comme une femme forte, capable de prendre ses responsabilités et d’affronter ses démons. Rosalia Radosti conserve les codes des contes classiques mais elle les détourne en supprimant une morale explicite et en donnant à son héroïne une profondeur émotionnelle contemporaine. La cohabitation entre la dureté de la narration et les illustrations qui empruntent les références graphiques des albums jeunesse est brillamment réussie et déstabilise juste suffisamment pour en faire une lecture qui reste en mémoire.
Rosalia Radosti passe, avec talent et malice, d’une ambiance féerique – où résonne l’enchantement d’un « Il était une fois… » – à une atmosphère plus amère – où l’amour est voué à l’échec. Une autrice à suivre pour retrouver ce petit grain de folie qui fait tellement de bien !
Une chronique écrite par : Claire
Informations sur l’album :
- Scénario : Rosalia Radosti
- Dessin : Rosalia Radosti
- Couleurs : Rosalia Radosti
- Éditeur : Ankama
- Date de sortie : 06/02/2026
- Pagination : 128 pages en couleurs
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