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Rêver la rivière

Écrire un ouvrage à plusieurs mains, c’est partager un chemin de création fait de hauts et de bas. Aude Mermilliod et Edmond Baudoin abordent Rêver la rivière avec une certitude : celle d’avoir des choses à dire. Mais cette conviction s’accompagne de doutes, d’hésitations et d’une question essentielle : jusqu’où ce chemin les mènera-t-il ? De cette incertitude naît une expérience créative et introspective qui déstabilise autant qu’elle fascine.

© Rêver la rivière – Aude Mermilliod et Edmond Baudoin – Futuropolis – 2026

C’est un livre dont l’histoire commence dans un train. Enfin, c’est ce que l’on cherche à nous faire croire. Car derrière ce point de départ se dessine surtout la rencontre de deux âmes, deux personnalités, que tout, ou presque, oppose. Pourtant, une même préoccupation les rapproche : celle du monde qu’ils vont transmettre à leurs enfants et le désir de contribuer à le réparer.

© Rêver la rivière – Aude Mermilliod et Edmond Baudoin – Futuropolis – 2026

Un livre aux chemins multiples 

Il n’y a pas une mais une multitude d’histoires et de réflexions dans cet album. Construit comme un album-conversation, les pages d’Emmanuel Baudoin répondent à celles d’Aude Mermilliod. Les premiers échanges portent sur le livre lui-même, sur ce que chacun souhaite en faire. Pour Aude Mermilliod, cette question se révèle particulièrement complexe : comment réussir à exprimer sur le papier ce qu’elle ressent au plus profond d’elle-même ? Puis la conversation bifurque et s’aventure vers le monde, la vie, les enfants, le consentement, Gaza et bien au-delà. Le divulguer dans cette chronique empêcherait le lecteur de vivre pleinement cette expérience et de se laisser embarquer par le cheminement des pensées des deux auteurs. Tout ne se comprend pas forcément et certaines réflexions peuvent laisser à distance. Mais une qualité traverse chaque page : la sincérité. Aude Mermilliod et Edmond Baudoin ne cherchent ni à lisser leurs contradictions ni à masquer leurs incertitudes. Ils se dévoilent avec leurs convictions, leurs failles et leurs blessures. Ce qui surprend dans cet album, c’est le foisonnement de remises en question. Ces deux auteurs confirmés choisissent de montrer le doute plutôt que la certitude. Cette fragilité fait du bien et apporte de la force au propos. Elle révèle l’humain dans toute sa complexité, dans ses côtés lumineux mais aussi plus sombres.

© Rêver la rivière – Aude Mermilliod et Edmond Baudoin – Futuropolis – 2026

L’album raconte aussi la relation entre les auteurs. Deux regards sur la vie se confrontent, se répondent et se heurtent. Quarante ans les séparent et l’un refuse le mystère quand l’autre cherche à s’y accrocher. Deux générations, deux sensibilités, deux manières d’appréhender l’existence qui pourtant finissent par trouver un terrain commun. En ouvrant cet album, le lecteur doit accepter de quitter les sentiers balisés. Impossible de savoir où mènera le prochain détour ni ce que les propos vont réveiller en soi. Cette liberté peut dérouter et laissera même des lecteurs sur le bord du chemin. Mais il est difficile de rester insensible face à la prise de risque des auteurs de se dévoiler ainsi. Rêver la rivière s’éloigne clairement des codes de la bande dessinée classique. Mais cette échappée ouvre une autre voie, celle de regarder le monde autrement.

© Rêver la rivière – Aude Mermilliod et Edmond Baudoin – Futuropolis – 2026

La rencontre de deux univers graphiques 

Visuellement aussi, la rencontre surprend. Les univers d’Aude Mermilliod et Edmond Baudoin semblent d’abord évoluer aux antipodes l’un de l’autre. La première privilégie un style plutôt réaliste et coloré, traversé par le mouvement et la danse. Le second déploie un dessin plus brut, torturé, parfois inquiétant, davantage tourné vers l’immobilité et les méandres de la pensée. Ces différences se complètent et l’alternance des planches dans l’album transforme cette « opposition esthétique » en dialogue visuel. Les échanges prennent la forme d’une correspondance où les mots trouvent leur prolongement dans les traits.  Aude Mermilliod et Edmond Baudoin exploitent ici pleinement la liberté permise par la bande dessinée.

© Rêver la rivière – Aude Mermilliod et Edmond Baudoin – Futuropolis – 2026

Rêver la rivière est le fruit de deux êtres qui continuent de se chercher, avec beaucoup -parfois presque trop- de choses à dire et une même volonté de laisser un monde meilleur aux générations futures. Abîmés, cabossés par la vie, ils parviennent pourtant à construire un pont entre leurs différences. Une chose est sûre, c’est un album qui se vit plus qu’il ne se raconte et qu’il faut laisser infuser en soi une fois refermé.

Une chronique écrite par : Claire

Informations sur l’album :

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