Matthieu Bonhomme : « Quand je fais un Lucky Luke, j’ai l’impression d’être à la maison »

Matthieu Bonhomme a désormais trois Lucky Luke à son palmarès. Les amis de la BD ont eu le privilège de rencontrer le dessinateur à l’occasion d’une séance de dédicace à Genève. L’entretien s’est déroulé dans la cafétéria de l’immeuble de la Radio Télé Suisse – RTS.

Matthieu Bonhomme en dédicace chez Payot Genève - 05.05.2026 ©Bruce Rennes
Matthieu Bonhomme en dédicace chez Payot Genève – 05.05.2026 ©Bruce Rennes

Les amis de la BD : Matthieu Bonhomme, bonjour. Vous avez publié trois Lucky Luke entre 2016 et 2026. Pouvez-vous nous rappeler comment débute cette aventure ?

Matthieu Bonhomme : Au départ, je voyais autour de moi des reprises de personnages, avec plein de propositions. Celle qui m’a le plus marqué, c’est ce qu’a fait Émile Bravo avec Le Journal d’un ingénu : prendre un héros qu’on a adoré et lui faire vivre autre chose, autrement.

LABD : À ce moment-là, vous vous dites : « je veux tenter ça avec Lucky Luke » ?

MB : Oui. Je suis allé voir Dargaud en leur disant : « Il a fait ça avec Spirou, moi je veux faire ça avec Lucky Luke. » Au début, on m’a répondu : « Ce n’est pas possible. » Et puis ça s’est fait : une fois, deux fois, trois fois. Le premier album est tombé au moment des 70 ans du personnage, c’est un anniversaire qui a soutenu l’idée de cet hommage en dehors de la série officielle. Le fait qu’on me dise « OK » m’a légitimé, et je me suis senti responsable de quelque chose de « bigger than me ». Mais surtout, il y avait beaucoup d’excitation : l’envie, le plaisir, le côté très ludique du projet.

LABD : Vous aviez, dès le départ, des « ingrédients » indispensables ?

MB : Oui. Je trouvais qu’avec le temps, le Lucky Luke de la série principale avait un peu quitté le monde du western pour aller davantage vers la blague. Or, son ADN, c’est aussi un vrai amour du western, en plus de l’humour, évidemment. Comme je suis passionné de western et que je suis arrivé à la BD par des séries comme Lucky Luke, Buddy Longway, Blueberry ou Comanche, toute cette culture s’est retrouvée aspirée par le projet. C’est aussi pour ça que j’ai appelé mon premier album L’Homme qui tua Lucky Luke, en hommage à John Ford. Et puis, dedans, je voulais revenir sur le personnage du héros solitaire.

LABD : Donc, pour vous, il n’aurait pas été question de reprendre le destin d’un autre personnage que celui de Lucky Luke ?

MB : Ah non, je ne voulais pas reprendre autre chose. Ce n’était pas du tout un plan de carrière de me dire qu’un jour j’allais reprendre une série. Ce qui a rendu le truc intéressant, c’était d’abord évidemment que ce soit Lucky Luke, mais aussi que je puisse écrire l’histoire.

Matthieu Bonhomme en dédicace chez Payot Genève - 05.05.2026 ©Bruce Rennes
Matthieu Bonhomme en dédicace chez Payot Genève – 05.05.2026 ©Bruce Rennes

LABD : Vous l’avez abordé comme un projet personnel ?

MB : Oui. Je l’ai écrit avec la même sincérité et la même envie que si c’était un projet complètement singulier, créé de toutes pièces. Le fait que ce soit Lucky Luke ne m’a pas empêché d’y mettre vraiment tout mon cœur.

LABD : Pourquoi réaliser deux autres albums derrière ?

MB : Le premier a très bien marché, et moi je me suis énormément amusé. Quand l’album s’est terminé, j’étais triste : j’ai eu assez vite envie d’en refaire un autre. Quelques années après, on en a reparlé avec Dargaud, et ils ont été d’accord.

LABD : Et, sur ce deuxième, qu’aviez-vous envie de lui faire vivre ?

MB : J’avais des idées pour le mettre davantage en relation avec des femmes, justement pour le questionner sur sa solitude, sur ses choix de héros, de justicier, etc. Ça s’est mis en place comme ça.

LABD : Quand l’idée d’un troisième album arrive, comment relancez-vous la machine ?

MB : Dargaud a eu envie d’en faire un troisième assez rapidement. De mon côté, j’avais quelques pistes en tête. En creusant, en relisant et en allant chercher tout ce que je voulais dessiner du côté de la documentation que j’ai accumulé. Je disposais d’une sorte d’« engrais » pour faire pousser les idées. Ensuite, je propose une première intention, puis un scénario, puis un storyboard, etc.

LABD : Sentez-vous que votre Lucky Luke évolue, album après album ?

MB : Ce n’est pas tellement prémédité : comme tous les personnages de BD, il évolue naturellement dans la main de son auteur. Le premier, j’étais dans du nouveau, avec des contraintes que je découvrais. Aujourd’hui, je me sens mieux installé dans cet univers : quand je réalise un Lucky Luke, j’ai un peu l’impression d’être à la maison. Mon envie reste d’abord narrative et graphique : je me recrée mon « théâtre » avec ce personnage.

LABD : Quand vous élaborez un nouveau scénario, cherchez-vous à découvrir une autre facette de Lucky Luke ?

MB : Oui. C’est une façon de m’amuser avec Lucky Luke, mais aussi avec tout le mythe du héros solitaire avec lequel on a grandi. Dans les années 50, de nombreux héros de BD sont seuls, sans attache – un peu comme Tintin ou Spirou, avec parfois des amitiés, mais sans « vie » intime.

LABD : Quels éléments vous incitent à aller chercher cette part d’humanité chez Lucky Luke?

MB : Je l’ai toujours considéré comme un proche, presque un grand frère. Sa part d’humanité, je la vois surtout quand il est en relation avec d’autres : Calamity Jane, le Pied-Tendre… Là, quelque chose germe. Et je me suis demandé : si ce n’était plus seulement un personnage, mais un humain, pourquoi est-il seul ? Pourquoi rend-il justice sans arrêt ? Pourquoi s’en va-t-il toujours à la fin ? Toutes ces questions, je me les pose avec mon regard d’adulte, avec ce que j’ai traversé et avec l’idée des sacrifices que le héros fait pour tenir ses choix.

Dédicace de Matthieu Bonhomme pour Les amis de la BD ©Bruce Rennes
Dédicace de Matthieu Bonhomme pour Les amis de la BD ©Bruce Rennes

LABD : L’adulte que vous êtes aujourd’hui, a-t-il trouvé une réponse aux questions que vous vous posiez enfant ?

MB : Oui, peut-être. En tout cas, je m’en amuse. J’essaye de jouer, effectivement. Alors ça, c’est vrai que c’est très gratifiant et amusant d’avoir l’impression de faire une BD que j’espère, peut-être, j’aurais aimé lire enfant. Je le fais vraiment pour le jeune que j’ai été toutes ces années.

LABD : Et, très concrètement, comment naît une histoire, chez vous ?

MB : La genèse, ce n’est pas tellement « j’ai plusieurs idées de scénario ». C’est plutôt : je réunis plein d’ingrédients, et j’essaie d’en faire une histoire.

LABD : Vous partez d’abord d’une ambiance, d’un décor…

MB : Souvent, oui. Le premier album se déroule sous la pluie, le second dans le désert, le troisième est dans la neige : ça donne déjà une direction. Pour la neige, je le voyais en pleine nature, dans la forêt, avec une grosse référence à Jeremiah Johnson de Sydney Pollack : le monde des trappeurs, et la relation avec les peuples amérindiens.

LABD : Vous y ajoutez des thèmes plus contemporains, comme l’écologie, et cette notion de paternité…

MB : Oui. En avançant, je me suis dit que j’allais mettre en avant le rapport à la crise environnementale. Et puis est arrivée cette histoire d’enfant. Le western a des sous-genres : la cavalerie, les récits « indiens », les films de trappeurs… Et dans le mythe du western, on retrouve souvent ces histoires d’enfants recueillis, élevés par les Indiens. On a retrouvé des enfants qui deviennent « indiens » et qui ne veulent plus quitter ce monde, présenté comme plus libre, plus juste, plus en accord avec la nature.

Donc, opposer Lucky Luke à un enfant le confronte aussi à la paternité… et à son refus de celle-ci. Mes idées se sont mises à se « coller » les unes aux autres. Ensuite, j’écris des petites scénettes, des bouts de dialogues… et progressivement, la mayonnaise prend, jusqu’au scénario que je présente.

LABD : Finalement, on est dans des thèmes à la mode : le retour à la nature, l’envie d’y rester, de s’éloigner du bruit de la ville.

MB : Exactement. Mais moi, quand je fais de la bande dessinée, je ne le fais pas pour raconter mon quotidien : au contraire, je le fais pour m’en échapper. Je vois la BD — et spécialement la BD d’aventure — comme des voyages : des voyages dans le temps, des voyages géographiques, l’occasion de découvrir de nouvelles choses.

LABD : Il y a ce parallèle avec notre monde contemporain…

MB : Oui, parce que le western est un super véhicule : c’est vraiment le Grand Ouest.Il y a des émotions qui me traversent. Les questions environnementales me traversent. La paternité aussi — moi qui ai deux enfants. Le rapport à la nature, c’est quelque chose qui me questionne beaucoup.

LABD : Vous, personnellement, vous avez besoin de nature ?

MB : Oui, beaucoup. Je suis très urbain : je suis né à Paris, j’y ai grandi, mais j’ai souvent besoin de m’échapper pour voir les arbres, l’horizon, la montagne, la mer. C’est ce supplément d’âme, cette sensibilité, que je mets dans ce personnage. Je le charge d’émotions personnelles.

LABD : Vous abordez l’écologie, l’exploitation des ressources naturelles. Il y a aussi un antagoniste face à Lucky Luke, qui n’est pas sans rappeler un président omnipotent…

MB : Exactement.

LABD : Comment  amenez-vous ces petits pics d’actualité dans le récit ? C’est prévu au départ ?

MB : Oui, c’est prévu. Je savais qu’il fallait un grand méchant : une quête, un danger de vie ou de mort pour cet enfant, et donc un antagoniste aux Indiens. Et comme les Indiens se battent contre la déforestation, assez vite est né ce Ronald Cramp, omnipotent.

LABD : Vous jouez aussi sur sa présence « fantôme » ?

MB : Oui, je me suis amusé à le faire apparaître sans arrêt, en fait, il est là et jamais on ne le voit. Presque jamais. Sauf une demi-tête.

LABD : On aperçoit une houppette qui le relie à sa descendance du XXIe siècle…

MB : Pendant tout le temps du bouquin, je voulais qu’il soit partout sans qu’on le voie. Dès les premiers panneaux dans la ville, tout lui appartient : l’usine de scierie, puis c’est lui qui fabrique le thé, le café, les fusils… On a l’impression que tout est une marque, que tout est lui, qu’il est partout dans notre environnement.

LABD : Comme une multinationale avant l’heure ?

MB : Oui, comme un « Coca-Cola » des temps anciens. Et donc, le voir déforester, forer, détruire la nature, c’était représenter ce grand capital : il personnifie la prédation des Blancs, un capitalisme destructeur et de moins en moins contrôlé. Je m’amuse avec cette référence au président américain, évidemment, mais surtout, pour parler de la nature et de sa destruction, il fallait que j’aie ce grand méchant.

LABD : C’est un fil que vous avez dès le départ : vous vous dites « je vais aborder ces thèmes-là », au-delà du côté ludique de l’aventure ?

MB : Oui. J’aime bien avoir plusieurs niveaux de lecture. Je sais que je suis « sur deux pieds » à chaque fois. Le premier est évident : la quête de l’enfant, la paternité, l’aventure, le trajet géographique.

LABD : Et le « deuxième pied », quel est-il ?

MB : Le second pied, ici, c’est la destruction de la nature et une forme de « justice climatique » portée par Lucky Luke. Sur les précédents albums, j’avais aussi ces deux pieds : par exemple l’arrêt de la cigarette et la question du prestige du héros ; ou, sur le deuxième, son rapport aux femmes, et en sous-texte Lucky Luke comme « marque » que tout le monde veut s’approprier. Même si le lecteur ne l’identifie pas toujours, moi ça me sert de fil : ça guide des dialogues, des clins d’œil, des situations, et ça oriente toute l’histoire.

©Dargaud, La Longue Marche de Lucky Luke Matthieu Bonhomme
©Dargaud – La Longue Marche de Lucky Luke – Matthieu Bonhomme

LABD : C’est le socle discret du récit…

MB : Exactement. Et dans cette histoire, le socle n’est pas si discret puisque je parle vraiment des questions environnementales, mais c’était important pour moi que ce sujet soit assez vite mis en place

LABD : Votre héros n’est pas si solitaire, entre les femmes et cet enfant… Quand vous vous lancez dans la scénarisation, avez-vous une liberté artistique ? Comment se déroulent les étapes de validation ?

MB : J’ai très peu de contraintes, contrairement aux auteurs de la série principale, qui ont un cahier des charges très précis. Ma seule interdiction claire, au départ, c’était : « tu as le droit de tout faire, sauf le faire fumer. »

LABD : Jusqu’où êtes-vous allé dans le respect de cette consigne ?

MB : Je leur ai posé toutes les questions : « Il a le droit de rouler une cigarette ? » Oui. « Il peut l’allumer ? » Non. « On peut lui en proposer une ? » Oui… mais il ne peut pas l’attraper. Et toutes ces questions-là sont devenues le fil narratif du premier album.

LABD : Vous fixez-vous des limites ?

MB : Oui, il y a un accord tacite, évident : je suis dans l’hommage. Je ne vais pas faire un Lucky Luke qui se déguise en pirate, ni le mettre dans une manifestation pour je ne sais quoi. Il reste à sa place de cow-boy solitaire, justicier, tel qu’il est présenté dans la série. Ça s’est mis en place naturellement.

LABD : Ça rejoint ma prochaine question : est-ce qu’il y a des règles que vous refusez d’enfreindre ?

MB : Il n’y a pas vraiment de règle parce qu’en fait, la règle que je n’ai pas le droit d’enfreindre, c’est cette histoire de cigarette.

LABD : Peut-être en vous disant : « ah non, je ne peux pas faire ça, parce que ça trahirait le personnage » ?

MB : C’est complètement intuitif. Je ne suis pas un technicien du scénario : je fais ça à cœur ouvert, et je sens à quel moment c’est Lucky Luke… ou à quel moment ça ne l’est plus.

LABD : Et en pratique, ça se traduit comment ?

MB : La seule chose que je m’impose vraiment, c’est d’essayer de le faire parler le moins possible : il faut qu’il soit taiseux. Tout ce que je peux résoudre par un geste, un regard, plutôt que par une longue phrase, je le fais. Parfois, au lieu de le faire expliquer, je fais poser des questions à un autre personnage, et lui, il valide. Mon « interdiction », au fond, c’est le moment où je me dis : là, je trahis Lucky Luke. Et ça, c’est très intuitif, très personnel.

LABD : Dans La Longue Marche, on retrouve de vieilles connaissances, avec les Dalton. C’était une nécessité, pour vous, d’enfin les intégrer ? Pourquoi maintenant et pas avant ?

MB : Avant, ils ne trouvaient tout simplement pas leur place dans les histoires. Sur l’album précédent, j’ai même tenté l’apparition d’un « vague cousin » : mais s’il ressemblait trop aux Dalton, on n’aurait vu que ça, comme une promesse à moitié tenue.

LABD : Qu’est-ce qui vous fait dire : « là, c’est le bon album, c’est le bon moment » ?

MB : Sur le troisième, je savais que Lucky Luke allait être pourchassé. Je me suis dit : « c’est maintenant . » Ça s’est imposé très tôt dans la préparation : « je sais qu’il y aura les Dalton ». Et dans l’album, on retrouve également Pendergast, le caporal de la police montée canadienne.

Matthieu Bonhomme en dédicace chez Payot Genève - 05.05.2026 ©Bruce Rennes
Matthieu Bonhomme en dédicace chez Payot Genève – 05.05.2026 ©Bruce Rennes

LABD : Dessiner les Dalton, est-ce un défi particulier ?

MB : Oui, au départ c’était un défi graphique. Je voulais garder l’aspect des « têtes en escalier ». On arrive à la limite de mon réalisme. Il fallait que je les aie bien en main : leurs formes très « iconiques », et en même temps des visages crédibles selon l’angle. Je voulais qu’on les reconnaisse immédiatement.

LABD : Et sur le plan du scénario, qu’est-ce qui était le plus délicat ?

MB : Le vrai défi, c’était de leur trouver une place qui ne vienne pas « manger » l’aventure. Mon histoire reste celle de Lucky Luke, pourchassé par eux, mais l’album est un peu plus long parce que j’avais besoin, par moments, de leur dédier une planche ou une séquence. Et à l’écriture, il fallait leur trouver un rôle, des lignes de dialogue, des situations. Ça a été très amusant à faire.

LABD : Durant votre carrière, vous avez fait des albums en solo, puis d’autres en collaborations avec des scénaristes. Qu’est-ce qui change, dans votre approche, entre ces deux manières de travailler ?

MB : Sur Lucky Luke, ça faisait partie du projet que ce soit mon interprétation du début à la fin : jusqu’aux couleurs, j’ai voulu garder la main tout le temps. Donc il était impératif de travailler seul.

LABD : Même la couleur : pourquoi était-ce important pour vous ?

MB : Sur une série longue, je peux déléguer la couleur pour avancer plus vite sur le reste. Mais pour Lucky Luke, comme au départ je ne devais en faire qu’un, puis le deuxième devait être le dernier, puis le troisième devait être le dernier… je décide de garder la main sur la couleur.

LABD : Et sur le choix de collaborer ou non avec un scénariste ?

MB : J’ai un temps de maturation long. Je ne peux pas compter uniquement sur moi pour produire du scénario très vite, donc j’alterne. J’ai commencé la BD avec des scénaristes auprès desquels j’ai beaucoup appris : écriture, mise en scène, dialogues… J’y ai gagné de grandes amitiés. Aujourd’hui, j’ai le luxe de faire un coup tout seul, un coup avec d’autres, en choisissant sujets et collaborateurs. Quand je suis seul, j’ai davantage de liberté — et aussi plus de stress, parce que je ne peux pas dire que c’est la faute de l’autre. Mais le plaisir est décuplé. J’aime les deux.

LABD : Arrivez-vous à trouver un point commun entre Lucky Luke et des héros qui ont jalonné votre carrière, Messire Guillaume ou Esteban, par exemple ?

MB : Oui. Un premier point commun, c’est ma façon d’appréhender la BD : une aventure, intergénérationnelle, avec une quête de quelque chose d’assez intemporel, en dehors des modes, et un dessin plutôt sobre, puis une mise en scène très lisible.

LABD : Et ça, vous l’associez aussi au journal de Spirou ?

MB : Oui, ces trois séries sont passées dans Spirou, qui représente bien cette tradition : la BD qu’on pose sur la table du salon, et qui peut être lue par le gamin de 8, 10, 12, 15 ans… et ses parents.

LABD : Oui, l’adulte de 50 ans que je suis…

MB : C’est cette bande dessinée-là que j’aime beaucoup : elle n’empêche pas de dire les choses, elle peut avoir plein de sons différents selon les auteurs. Mais c’est aussi une BD un peu moins pratiquée aujourd’hui, et je trouve ça dommage.

Interview de Matthieu Bonhomme dans les locaux de la RTS. ©ACB
Interview de Matthieu Bonhomme dans les locaux de la RTS. ©ACB

LABD : C’est-à-dire ?

MB : Aujourd’hui, on a beaucoup de mangas qui deviennent plus clivants passé l’adolescence : c’est souvent pour les jeunes, moins pour les parents. On a aussi beaucoup de BD du réel, du documentaire, qui est plutôt pour les adultes, moins pour les enfants. Au milieu, le vide se creuse. Et je trouve important de remplir cette fonction : créer une BD partagée, qui se transmet.

LABD : Un grand merci Matthieu Bonhomme pour cette franchise… Très personnellement, je rêve d’une suite aux aventures d’Esteban.

Propos recueillis par : Bruce Rennes

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