Les Vents Ovales 3/3 : Mai 68

Certains évènements marquent l’histoire du monde ou d’un pays, surtout quand les anonymes, hommes et femmes de province, peuvent les vivre et les ressentir. De ce moment naîtront des souvenirs, une nostalgie et un héritage. C’est le cas de ceux ayant connu mai 1968, objet du troisième et dernier tome des Vents Ovales.

Les vents ovales 3/3 Mai 68 Aire Libre couverture
©Dupuis / Aire Libre – Les vents ovales 3/3 : Mai 68 – Horne, Mermilliod, Tripp

Mai 1968. Une étincelle a fini par mettre le feu aux poudres et, dès le début du mois, une vague de contestation qui ne va aller qu’en s’amplifiant, embrase Paris. Des rixes entre militants d’Occident et trotskistes ou maoïstes jusqu’aux grèves ouvrières en passant par la fermeture de la Sorbonne, le pays est en crise. À Larroque et Castelnau-sur-Garonne, bien qu’éloignés de Paris, les habitants de ces petits villages du Sud-Ouest, et particulièrement les jeunes, ne comptent pas rester hors de l’Histoire. Ils veulent, à leur manière, selon leurs moyens, en embarquant les revendications qui sont les leurs, montrer qu’ils entrent, eux aussi, dans la contestation. Tandis qu’Yveline est étudiante à Nanterre, au cœur des évènements, Monique est enceinte de plus de huit mois et toujours en froid avec son père, un chef d’entreprise n’acceptant pas son union hors mariage avec Éric, un enseignant encarté au Parti Communiste où il est très actif. Alors que, jour après jour, le pays se bloque, entraînant tour à tour une vague d’espoirs, de peurs et d’incertitudes, les habitants de Larroque et Castelnau-sur-Garonne vont vivre un printemps qu’ils n’oublieront pas.

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©Dupuis / Aire Libre – Les vents ovales 3/3 : Mai 68 – Horne, Mermilliod, Tripp

Un printemps hors du temps

Dans l’imaginaire collectif, le printemps 1968 est une date historique connue comme ayant participé à changer les sociétés de nombreux pays. Avec les révoltes de mai, la France ne fait pas exception. C’est par ces évènements que les scénaristes Jean-Louis Tripp et Aude Mermilliod clôturent leur saga des Vents Ovales. Davantage que dans les deux précédents opus de cette trilogie, ils focalisent dans ce troisième tome leur récit sur la « grande Histoire » plutôt que sur les « petites histoires » de leurs personnages. Tripp et Mermilliod ne les oublient cependant pas, leur récit étant déroulé du point de vue des contestataires, de ceux qui, comme dans les deux villages du Sud-Ouest théâtre de la BD, ont espéré un monde nouveau, sans forcément pouvoir le décrire et qui, en ce printemps-là, ont vécu une parenthèse pleine d’espoirs et de gaieté. N’étant focalisé que sur un point de vue, l’histoire parait parfois manichéenne, voire orientée. Racontée par Yveline, la fille du Sud-Ouest « montée » étudier à Nanterre, elle n’en est pas moins touchante, car écrite avec le cœur et, même si elles ont été déçues, par les illusions des lendemains qui chantent. Ces lendemains, comme le suggèrent les auteurs par la voix de leur personnage, ont laissés place à la réalité, et l’utopie soutenue par Yveline et ses amis était sans réel fondement, si ce n’est celui de pouvoir vivre sans aucune contrainte, au moins pour un mois. Les scénaristes, sans rien enlever à la sincérité des manifestants, ne signent cependant pas un ouvrage politique ou polémique, mais une belle chronique douce-amère, au goût de nostalgie. Dans les Vents Ovales, on comprend que si les mouvements de la politique et de la société sont importants, les évènements de chaque jour montrent qu’il existe quelque chose qui les dépasse : la vie, elle-même. Ainsi, la naissance du bébé de Monique, comme un symbole, montre que l’essentiel est ailleurs que dans les revendications ou les conservatismes, quels qu’ils soient.

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©Dupuis / Aire Libre – Les vents ovales 3/3 : Mai 68 – Horne, Mermilliod, Tripp

L’image de la nostalgie, la couleur des souvenirs

Feuilleter un ouvrage est un moment d’évasion, particulièrement lorsque celui-ci décrit la vie, tout simplement. En mettant en image les Vents Ovales, le dessinateur Horne fige le moment présent pour entraîner le lecteur dans un voyage qui, plus que le ramener à la fin des années 60, le dirige vers l’éternité, celle des lectures importantes. Par les décors intemporels des deux villages, lieux du récit, par la campagne environnante, Horne illustre à merveille l’idée que chacun se fait, dans son inconscient, du territoire de l’Hexagone, de la France éternelle. Ce point de départ est essentiel pour s’imprégner visuellement de l’histoire nostalgique décrite dans la BD. Les acteurs des Vents Ovales sont eux-aussi parfaitement représentés par le dessinateur. Alertes, toujours en mouvement, souriants et attachants, ils remplissent avec bonheur la scène du théâtre de la vie. La vie, Horne la représente en alternant tour à tour planches classiques avec des cases prenant toute la page, comme pour montrer l’importance du décor à des moments clé du récit. L’un d’eux est celui où les jeunes villageois veulent matérialiser leur association à la protestation parisienne, à leur niveau. Sans s’associer pleinement à la « révolution » prônée au quartier latin, ni mesurer tous les enjeux ou la récupération politique de certains, les jeunes se regroupent dans un sanctuaire de ce pays du Sud-Ouest : le stade de rugby. Ces scènes sont mises en images comme un grand bal sympathique par Horne, qui fait passer, à travers ses cases, toute la chaleur d’une jeunesse qui avait, même pour quelques jours, envie de vivre hors du quotidien. Les couleurs de Jérôme Maffre sont parfaitement complémentaires du dessin. Toutes en nuances, sans ostentation aucune, comme passées, elles appuient le caractère historique de l’album, mais aussi un certain aspect irréel, comme si la parenthèse vécue par les protagonistes n’avait été qu’un rêve joyeux. Un peu comme la patine s’imprègnent des vieux objets pour les rendre uniques et fascinants, les pages des Vents Ovales par leurs dessins et leurs couleurs, brillent de la lumière des souvenirs et de la nostalgie.

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©Dupuis / Aire Libre – Les vents ovales 3/3 : Mai 68 – Horne, Mermilliod, Tripp

Mai 68 clôt la trilogie des Vents Ovales en se focalisant sur ce moment important de l’histoire moderne. En forte gestation dans les deux tomes précédents, il prend toute son importance, tant cet évènement attendu va marquer à vie des personnages, qui vont manquer aux lecteurs de cette belle saga.

Une chronique écrite par : Mathieu Depit

Informations sur l’album :

  • Scénario : Aude Mermilliod et Jean-Louis Tripp
  • Dessin : Horne
  • Couleurs : Jérôme Maffre
  • Editeur : Dupuis « Aire Libre »
  • Date de sortie : 07/05/2026
  • Pagination : 136 pages en couleurs

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