Les Âges Perdus, série complète en quatre tomes

Avec la sortie de son quatrième et dernier tome, c’est l’occasion de revenir sur la série Les Âges Perdus du trio Didier Poli, Jérôme Le Gris et Luca Bulgheroni édité par Dargaud. Bienvenue dans les terres les plus hostiles du neuvième art.

©Les Âges Perdus Dargaud

© Les Âges Perdus, tomes 1 à 4 – Le Gris / Poli / Bulgheroni – Dargaud, 2021/2022/2025/2026

Le 1er janvier de l’an mil, le monde sombra. Une pluie de feu s’abattit sur la terre, anéantissant toute civilisation et lançant l’âge de l’Obscure. Les derniers représentants de l’humanité se terrèrent au fond de grottes alors qu’à la surface la nature reprenait ses droits dans la violence et le chaos. Après plusieurs millénaires, le soleil revint et les humains purent sortir de leurs refuges. Mais tout était à refaire, l’humanité entrait dans les Âges Perdus.

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© Les Âges Perdus, tome 4 – Le Gris / Poli / Bulgheroni – Dargaud, 2026

Acte 1, le chamboulement

L’action des Âges Perdus se déroule encore plusieurs milliers d’années après le retour à la surface des humains. Le monde ressemble à notre Moyen-Âge mais version chaotique. Sur les Terres d’Anglia, les humains sont rares, regroupés en clans nomades qui suivent les troupeaux et se relaient dans des fortins sensés les protéger du froid et des animaux sauvages qui les déciment. Alors que ce n’est pas leur tour, Tanis pousse sa tribu à s’installer au Fort des Landes car il est enfin parvenu à faire pousser du blé en quantité suffisante pour assurer l’alimentation des siens mais également des autres clans. Hélas ce geste est contraire aux lois.

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© Les Âges Perdus, tome 1- Le Gris / Poli – Dargaud, 2021

Voilà le pitch du premier tome des Âges Perdus. Si le monde de fantasy post-apocalyptique dépeint par Jérôme Le Gris n’est pas révolutionnaire, il ne manque toutefois pas d’originalité, notamment par la géopolitique tribale qui le régit. La loi cyclique maintient la paix entre les clans. Tous migrent d’un fort à l’autre, qu’ils doivent avoir quitté avant l’arrivée des suivants. Mais malheur à celui qui rompt le cercle. L’entêtement de Primus a des conséquences de sang et de flamme. Trois membres de sa tribu doivent alors prendre la route, pour fuir les représailles, en direction des terribles Terres des Meutes, à la recherche des vestiges du monde d’avant. Ce trio de guerriers est constitué d’Elaine, fille de Primus, du pisteur Faucon et du colosse Haran.

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© Les Âges Perdus, tome 1- Le Gris / Poli – Dargaud, 2021

Acte 2, la découverte

Après une introduction à l’univers de la série, racontant l’apocalypse puis l’exil des derniers humains sous terre et leur retour à la surface, le ton est rapidement donné. Les Âges Perdus sera sombre, violent et impitoyable. Les premières planches du second tome le confirment, en présentant de nouvelles contrées, plus sauvages, mais aussi encore plus dangereuses. De nouveaux peuples et personnages font leur apparition, notamment Mara, voyageuse du savoir, d’autres disparaissent, et le cycle de violence est incessant, de plus en plus captivant, de plus en plus oppressant. Il devient alors difficile de lâcher ce second tome qui présentent l’une des grandes forces de la série les Hommes-Cerfs.

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© Les Âges Perdus, tome 2- Le Gris / Poli – Dargaud, 2022

Si tous les personnages, Elaine en tête, sont pertinents et solides, les Hommes-Cerfs se révèlent, que ce soit dans la narration ou dans leur graphisme, vraiment impressionnants. Avec leur arrivée, le monde des Âges Perdus gagne à la fois en personnalité et en épaisseur. Entre les scènes d’action impressionnantes, des moments de campements ainsi que des rencontres permettent d’en savoir plus sur la Terre des Meutes via des dialogues très riches en révélations, sur le présent comme sur le passé. Petit à petit l’univers s’étoffe sans que ce flot d’informations ne viennent saborder l’intrigue. Le dosage entre découverte du lore par le lecteur, mais aussi Elaine, et l’implacable menace de l’environnement est parfaitement équilibré.

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© Les Âges Perdus, tome 2- Le Gris / Poli – Dargaud, 2022

Acte 3, devoir prendre une décision

Le troisième tome s’ouvre sur une bataille assez courte, plus brutale et désespérée qu’épique et iconique. Le monde des Âges Perdus n’est pas une terre de héros mais plutôt de survivants. Alors viennent de nouveau la fuite, l’exploration, les rencontres, les combats, les morts… Un éternel recommencement, thème même de la série, qui parvient à ne jamais lasser le lecteur tant l’univers de la série propose des idées, certes classiques, mais parfaitement écrites et, surtout, dessinés. Que ce soit dans les personnages, tous charismatiques avec leurs tenues bestiales et leurs maquillages, les divers animaux surdimensionnés, les créatures humanoïdes étranges et difformes, chaque planche impressionne

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© Les Âges Perdus, tome 3 – Le Gris / Poli / Bulgheroni – Dargaud, 2025

Et, bien sûr, il y a les décors, indispensable théâtre de ce genre de récits de fantasy à grande échelle. Des forêts aux plaines, des grottes aux vestiges de l’ancien monde, les paysages de Didier Poli, rejoint au troisième tome par Luca Bulgheroni, sont somptueux. L’arrivée de l’italien coïncide justement avec les premières touches d’architectures urbaines médiévales, notamment l’incroyable cité du Roi-Taon qu’Elaine découvre au troisième album et qui donne son nom au quatrième. La première image de la ville est dingue, riche en détails, avec des couleurs presque mystiques. Réaction d’Elaine : « Cette ville… C’est magnifique ! ». Le lecteur ne pourra pas la contredire.

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© Les Âges Perdus, tome 3 – Le Gris / Poli / Bulgheroni – Dargaud, 2025

Acte 4, la révélation

En dehors d’une Elaine assez lisse, « défaut » nécessaire pour lui permettre de découvrir avec un regard neuf et presque naïf tous les mystères, les dangers et les merveilles des Terres des Meutes, la série évite tout manichéisme. La jeune femme est la narratrice de la série et partage ainsi ses réflexions et doutes avec le lecteur. Pour tous ceux qu’elle croise dans son voyage, la survie, individuelle comme collective, nécessite quelques entorses à la morale, mais aussi à l’équilibre de l’entente entre les clans, les peuples, et les espèces. Chacun sa place, chacun son droit à l’accès aux troupeaux pour nourrir ses familles.

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© Les Âges Perdus, tome 4 – Le Gris / Poli / Bulgheroni – Dargaud, 2026

Pourtant, dès l’ouverture du quatrième tome, Elaine perd sa naïveté en comprenant le sens et la nécessité d’une vie nomade. Mara lui dit ainsi qu’elle vient de s’éveiller au savoir issu de la disparition de l’ancien monde, lui qui s’est bâti « dans la violence et le sang, une société brillante mais brutale et cruelle ». Depuis, une autre voie s’est ouverte et la cité du Roi Taon qui tend à revenir en arrière par la sédentarisation et la possession risque de menacer l’équilibre très précaire et plein de danger d’aujourd’hui. Il faut, au contraire, avancer sans regarder en arrière. « À temps nouveaux, savoirs nouveaux » conclut Elaine. Des paroles lourdes de sens dans notre monde capitaliste et égoïste où la richesse s’évalue en possession et non en expériences. Alors la tragédie se met en place et le récit prend des atours shakespeariens jusqu’à une conclusion presque parfaite, fermant une épopée à la fois grandiose et intime, désespérée et philosophique, moderne et ancienne.

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© Les Âges Perdus, tome 4 – Le Gris / Poli / Bulgheroni – Dargaud, 2026

Les œuvres de fantasy sont pléthores en bande-dessinée et il est de plus en plus compliqué pour les auteurs de se démarquer tant tout semble déjà avoir été fait. Les Âges Perdus commence comme nombre d’entre elles et son univers ou ses protagonistes ne sont pas réellement nouveaux, pourtant la quadrilogie de Dargaud parvient à tirer son épingle du jeu par un savant mélange de concepts philosophiques et sociétaux assez optimistes, savamment distillés eu sein d’une intrigue profondément sombre et désespérée. Avec des planches superbes, riches en décors somptueux ou oppressants et d’acteurs au charisme indéniable, la série est une réussite en tous points.

Chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

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© Les Âges Perdus, tome 4 – Le Gris / Poli / Bulgheroni – Dargaud, 2026

Informations sur la série :

  • Scénario : Jérôme Le Gris
  • Dessin : Didier Poli & Luca Bulgheroni (à partir du tome 3)
  • Couleurs : Bruno Tatti
  • Éditeur : Dargaud
  • Dates de sortie : 26 mars 2021 (T.1), 20 mai 2022 (T.3), 30 mai 2025 (T.3), 30 avril 2026 (T.4)
  • Pagination : 56 pages par tome

© Les Âges Perdus, tome 4 – Le Gris / Poli / Bulgheroni – Dargaud, 2026

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