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Le western est vivant !

Genre phare du cinéma américain entre les années 30 et 50, le western a connu un déclin sur les écrans poussant certains à le déclarer mort. En bandes dessinées, ce genre mythique continue à inspirer les auteurs. Il suffit de passer en revue les albums sortis en 2025 pour s’en convaincre.

©Delcourt – Marshall Bass tome 12 : Crépuscule – Macan, Kordey, Anubis

Avant de parler des différentes bandes dessinées western de 2025, il convient d’abord de s’accorder sur l’objet d’étude : le western, kesako ?

Le western, dans le sens commun, est un genre cinématographique qui illustre la conquête de l’Ouest de l’Amérique du Nord, période historique s’étalant de 1787 à 1890, à l’origine du mythe des Etats Unis d’Amérique, durant laquelle des individus, d’origines et d’horizons très différents, ont conquis et colinisé un territoire, déjà habité, s’étalant du fleuve mississippi à l’océan Pacifique et où régnait la loi du plus fort.

©Glénat/Fayard – Fort Alamo – Gabella, Toulhoat, Martinello, Ameur

Hollywood va en forger une véritable légende avec des films comme la Chevauchée fantastique (1939-John Ford), la Poursuite infernale (1946-John Ford) ou Rio Bravo (1959-Howard Hawks) sans oublier John Wayne qui en est l’incarnation par excellence avec notamment Alamo (1960) et son rôle de Davy Crocket ou le Dernier des Géants (1976-Don Siegel) qui symbolise aussi la fin de cette époque.

Les européens, surtout les italiens, vont aussi investir ce genre typiquement américain pour y poser une regard plus sombre. Le plus connu est, bien sur, Sergio Leone qui prendra le contre pied de John Ford en montrant la face sombre du Dollar. Il sera le père de ce que certains ont nommé le « Western spaghetti » avec des films encensés par la critique comme le bon, la brute et le truand ou Il était une fois dans l’Ouest.

©Le Lombard – Au cœur du désert – Maryse et Jean-François Charles – 2025

Un genre avec ses codes

Si le western est un genre, alors il a des codes. En effet, les lecteurs ou les spectateurs espèrent retrouver des motifs propre à cette catégorie. Dans le cas qui nous occupe, l’audience s’attendra à avoir des cow-boys, des chevaux, des duels au revolver, etc…

© O.K. Corral – Morvan/Tcherkézian/Scietronc/Furlani/Lebreton – Glénat/Fayard, 2025

Le western se base sur la notion de frontier… imparfaitement traduite en français par la frontière. Les Américains, eux, entendaient par ce terme, une terre où la loi et l’ordre ne se sont pas encore imposés. Pourtant, il se trouve des hommes de lois, comme le shériff et ses adjoints ou les marshalls, seuls représentants de l’état Fédéral avec la fameuse cavalerie (les tuniques bleues). Il est bon de remarquer que ces deux dernières catégories ont tendance à arriver après la bataille ou à être injoignables.

Une terre sans lois suppose donc des bandits, parfois aussi appelés desperados, pillant les banques, attaquant les trains, les diligences, les fermes isolées… faisant régner la terreur chez les honnêtes gens. Heureusement, pour protéger les veuves et les orphelins, il y a le cow-boy et son fidèle cheval, un as de la gâchette, peu bavard mais avec un cœur sous sa carapace. Du moins, selon l’imaginaire collectif construit par Hollywood.

© Pump, tome 1 – Rodolphe/Gnoni – Anspach, 2025

Un peu plus haut, la cavalerie a été évoquée. Qui dit cavalerie, dit indiens ou plutôt les Amérindiens. Au départ, les films en font les méchants : ce sont des sauvages assoiffés de sang et de scalps qui s’attaquent aux malheureuses caravanes et aux colons sans défense. Petit à petit, le cinéma reviendra sur cette caricature et rappellera que les tribus Amérindiennes ont été les grandes victimes de la conquête de l’Ouest. À cette liste, il serait possible d’ajouter les « seconds rôles » comme le blanchisseur asiatique, les filles du Saloon, les joueurs de poker qui trichent, les marchands ambulants , les esclaves en fuite, le curé évangélisateur sans oublier les magnifiques paysages mis en valeur par le format cinémascope.

©Le Lombard – Au cœur du désert – Maryse et Jean-François Charles – 2025

Le western « historique »

La conquête de l’Ouest a duré un peu plus d’un siècle. Cette période a été marquée par plusieurs événements historiques (les guerres indiennes par exemple) et donc pourquoi ne pas raconter l’Histoire avec un grand H ? La bien nommée série la véritable histoire du Far West a suivi le même raisonnement. Le 25 juin 2025, Glénat en association avec Fayard a publié le nouvel opus consacré à la fusillade d’O.K. Corral, muni d’un cahier historique permettant aux néophytes de mieux saisir le contexte historique et les personnages impliqués. La même année, la série avait également publié deux autres albums : l’un consacré à la Ruée vers l’or et un autre sur le fort Alamo.

©Glénat/Fayard – O.K. Corral – Morvan, Macutay, Scie Tronc, Tcherkezian, Ameur

L’album Chiens de prairie, republié par Anspach[1] le 23 mai 2025 évoque aussi des légendes de l’Ouest. D’ailleurs, la narratrice en est une : Calamity Jane ! Une façon pour le scénariste Philippe Foerster d’inscrire son histoire parfaitement fictive d’un truand ramenant le corps de son acolyte chez lui dans l’Histoire réelle.


[1] L’album a été publié initialement par Delcourt en 1996.

©Anspach – Chiens de prairie – Berthet et Foerster

Le western « réaliste »

La grande histoire c’est bien mais la fiction c’est pas mal non plus. Plusieurs albums ont traité le western d’une manière réaliste. Au cœur du désert (14 mars 2025-Charles-Le Lombard), par exemple, raconte les aventures du lieutenant Norman Pyle chargé de retrouver et raisonner son frère, le colonel Adam Pyle. Ce dernier s’est allié à une tribu d’indiens Navajos et sème la terreur dans plusieurs états. Les amateurs de littérature auront remarqué les références au livre Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad qui avait déjà servi de base au chef d’œuvre de Francis Ford Coppola Apocalypse Now. Les Charles ont appliqué le même traitement au roman en situant l’action dans l’Ouest. Le lecteur remarquera aussi l’originalité du titre : Jean-François Charles ayant expérimenté une technique consistant à peindre à l’acrylique directement sur son crayonné avec une toile prévue pour la peinture à l’huile. Le résultat est magnifique.

©Le Lombard – Au cœur du désert – Maryse et Jean-François Charles – 2025

PUMP (19 septembre 2025-Rodolphe et Gnoni-Anspach) est un exemple différent de western « réaliste ». Rodolphe n’en est pas à son coup d’essai dans le genre : il était déjà responsable de la magnifique série Trent publiée chez Dargaud. Ici, l’album, dessiné par Laurent Gnoni, est plus psychologique puisque le personnage principal, inspiré par un ancêtre de Donald Trump, est un manipulateur des plus vils. Cette intrigue psychologique se greffe à toute l’iconographie du western : des shériffs, des bandits qui attaquent les diligences, etc…

©Anspach – Pump, un si gentil garçon – Laurent Gnoni et Rodolphe

Le huitième album de la série Undertaker, intitulé le monde selon Oz (19 septembre 2025-Dorison, Meyer et Delabie-Dargaud), lui s’attaque plus aux côtés religieux des États-Unis. En effet, l’antagoniste principale est sœur Oz, membre de la ligue pour la suppression du vice, religieuse fanatique, ancienne combattante de l’armée confédérée, elle est prête à tout pour empêcher une jeune femme d’avorter. Probablement l’une des meilleures méchantes de la série et de la BD.

©Dargaud – Undertaker tome 8 – Ralph Meyer, Caroline Delabie, Xavier Dorison

Mélange des genres

Le lecteur des deux premiers volumes de Six (29 août 2025-Pelaez, Casado et Daniel-Dargaud) pourrait ranger la série dans la catégorie « western réaliste ». Et puis, il a lu le troisième album (le serment de Gabaldón) et il a été surpris. En effet, il est question dans cet album d’une mine d’or hantée par les fantômes de deux conquistadors espagnols. Un aspect que le scénariste Philippe Pelaez maîtrise plutôt bien. D’ailleurs, ce n’est qu’un passage de l’album, le reste colle plutôt aux codes du western même si Six s’attache à mettre en avant des personnages habituellement secondaires : un déserteur de la cavalerie, une nonne défroquée, un esclave en fuite ou une prostituée…

©Dargaud – Six, troisième partie : Le serment de Galbadón – Pelaez et Casado

Pour un mélange un peu plus poussé, le lecteur pourra se tourner vers Skinwalker (27 août 2025-Katz et Dhondt-Drakoo) dans lequel le western se mélange avec le genre fantastique et l’horreur. Ici, les auteurs ont gardé l’époque historique et l’aire géographique ainsi que certains codes mais ceux de l’épouvante sont bien présents. Cela se voit, notamment, avec le but du voyage des protagonistes : rejoindre une grande demeure perdue dans les bois du Montana… Plus horreur que ça, tu meurs !

©Drakoo – Skinwalker – Gabriel Katz, Steven Dhondt

Les auteurs peuvent aussi se tourner vers la parodie. C’est ce qu’ont fait le scénariste Robin Recht et le dessinateur Jean-Baptiste Hostache pour leur album On les appelle Junior & Senior (12 septembre 2025-Le Lombard), hommage aux films du duo Bud Spencer & Terence Hill qui mélangeaient comédie et d’autres genres comme le western.

©Le Lombard – On les appelle Junior & Senior – Hostache et Recht

Le western « dépoussiéré »

Enfin, il faut parler des iconoclastes. Ceux qui veulent casser les codes, briser les conventions, apporter du sang frais, revisiter le genre, réinjecter de la magie ou comme disent certains : « dépoussiérer ».

À ce niveau, difficile de ne pas citer Ladies with guns (le tome 4 est paru le 7 mars 2025-Anlor, Bocquet, De Cock-Dargaud). La série compte cinq héroïnes avec lesquelles il vaut mieux ne pas trop tirer sur la corde car elles savent utiliser leurs armes. Rajouter à cela un rythme parfaitement maîtrisé et une façon dynamique de mettre en dessins l’action (la fusillade qui ouvre l’album est un modèle du genre) et vous obtenez un western radicalement moderne.

©Dargaud – Ladies with guns tome 4 – Anlor, Olivier Bocquet

Mais en cherchant, il y a moyen de trouver encore plus radical : le 15 janvier 2025, les éditions Glénat publiaient La Veuve de Glen Chapron d’après le roman de Gil Adamson The Outlander. Oubliez les couleurs chatoyantes des paysages de l’Ouest sauvage : Chapron a opté pour un style minimaliste en noir et blanc. Cela n’enlève rien à la force évocatrice de l’album qui tout au long de ses 176 pages maintient tension et sensation d’oppression.

©Glénat – La veuve – Glen Chapron, d’après l’oeuvre de Gil Adamson

Enfin, il reste un dernier album chroniqué par les Amis de la BD en 2025 à évoquer : l’Or du spectre par Matz, Philippe Xavier et Jérôme Maffre paru le 9 mai dans la collection signé du Lombard. Bon, l’époque historique n’y est pas puisque l’action prend place dans les années 1970. Pourtant, la lecture de l’album n’empêche pas de penser qu’il s’agit bien d’un western. Certes les chevaux ont laissé la place à de puissantes automobiles mais sinon tout est là : les paysages, les stetsons, un magot à retrouver, des bandits, des Amérindiens, des fusillades, une petite ville abandonnée au milieu du désert, un vieux fou prétendant être l’heureux propriétaire d’une mine d’or. 

©Signé – L’or du spectre – Xavier Matz

Oui c’est un polar noir mais qui pourrait très bien être ce que les historiens du cinéma ont appelé le « western crépusculaire ». Il s’agit de films dans lesquels les héros sans peur et sans reproche étaient remplacés par des personnages plus ambigus pas totalement mauvais mais pas totalement bons non plus. Cela fait penser à l’album Revoir Comanche (2024-Romain Renard-Le Lombard) qui rend hommage à la mythique série Comanche d’Hermann.

©Le Lombard – Revoir Comanche, Romain Renard

Quelques mentions honorables

Les albums évoqués dans cet article sont ceux chroniqués par les Amis de la BD en 2025. Seulement, tous les westerns parus cette année n’ont pas fait l’objet d’une chronique et le calendrier des sorties prévoit d’autres westerns. C’est pourquoi, ils seront évoqués dans ce paragraphe.

La série Nephilims (5 septembre 2025-Runberg, Dusa, Créty et de Cock-Le Lombard) se termine avec la publication sa troisième et dernière partie. Le lecteur amateur du mélange des genres western et fantastique sera aux anges.

©Le Lombard – Nephilims tome 3 – D. Dusa, S. Runberg, S. Créty

Marshal Bass tire aussi sa révérence avec un douzième et dernier album (7 mai 2025-Macan, Kordey, Anubis et Thuillier-Delcourt) intitulé Crépuscule.

Anthony Pastor a publié chez Casterman le 5 mars 2025 l’album Billy Lavigne, un one shot au style graphique coloré.

Le 15 octobre 2025, Bamboo publiera dans sa collection Grand Angle le très attendu Leave them Alone (Seiter et Regnault) qui s’annonce sanglant.

©Grand Angle – Leave them alone – Roger Seiter et Chris Regnault

Les amateurs d’Histoire auront pointé sur leurs calendriers la date du 29 octobre 2025 et la sortie de Women of the West toujours chez Bamboo. Écrit par Tiburce Ogier et dessiné par plusieurs artistes, l’album reviendra sur le parcours de plusieurs femmes ayant connu la conquête de l’Ouest.  

Il était une fois l’Ouest

Aujourd’hui, plusieurs personnes disent que le western au cinéma est mort. Alors, il est vrai que l’échec du méga projet Horizon de Kevin Costner, que ce dernier ne pourra sans doute pas mener à son terme, donne du crédit à cette affirmation. Pourtant, Hollywood produit régulièrement des westerns et si tous ne sont pas des succès au box office, ils sont la preuve que le genre est toujours vivant.

La bande dessinée a un avantage sur le cinéma : il est beaucoup plus facile de produire un western. Il faut une large avenue remplie de passants et de figurants à cheval ? Le dessinateur de BD va la mettre en scène en quelques coups de pinceaux, là où le cinéma mettra des mois (et des centaines de millier de Dollars) avant d’être prêt à tourner la scène ! Cela explique peut-être le fait que le genre est toujours autant prisé en bandes dessinées.

De par sa nature mythique, la légende de l’Ouest ne peut pas mourir. Elle a été imprimée sur le papier des dimes novels[1], fixée sur la pellicule de l’âge d’or hollywoodien ou italien et mise en dessins par la BD. Oui, la légende est vivante et elle continue d’inspirer les romanciers, les scénaristes, les réalisateurs et les dessinateurs. Le western est vivant !


[1] Romans imprimés sur du papier de mauvaise qualité qui coûtaient 10 cents.

Un article rédigé par : Frédéric P.

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