Selon l’UNICEF, l’Afghanistan est un des pires endroits au monde où naître fille. C’est pourtant un autre visage du pays que Sarah El Younsi, réalisatrice de films documentaires et Léa Taillefert, graphiste et illustratrice, choisissent de raconter. Loin des quarante années de guerre qui ont marqué son histoire récente, elles mettent en lumière le destin de femmes qui, par la musique, tentent de faire entendre une autre voix de l’Afghanistan, celle du premier orchestre féminin du pays.
© La symphonie de Kaboul – Sarah El Younsi et Léa Taillefert – Steinkis – 2026
Tout est né de l’ambition d’un homme : Ahmad Sarmast qui crée, en 2010, l’Afghanistan National Institute of Music (ANIM). Cette école de musique accueille des collégiens et lycéens de tout le pays, toutes ethnies confondues, et s’adresse aussi bien aux garçons qu’aux filles. Son projet va plus loin encore lorsqu’il fonde Zohra, le premier orchestre féminin afghan, qui n’est pas du goût de tout le monde. En 2014, alors que l’orchestre se produit à l’Institut français de Kaboul, un attentat kamikaze est perpétré. Dès lors, Ahmad n’aura plus qu’une idée en tête : faire rayonner la culture afghane par-delà les frontières, envers et contre les talibans. En 2017, son pari prend une dimension internationale lorsque l’orchestre Zohra est invité au Forum économique mondial de Davos. Les jeunes filles de l’orchestre se produisent désormais partout. Mais en 2021, le retour des talibans au pouvoir vient mettre fin à cette fragile liberté. Pour les musiciennes, l’exil devient alors la seule issue.
© La symphonie de Kaboul – Sarah El Younsi et Léa Taillefert – Steinkis – 2026
La musique comme combat
Ce récit entrelace plusieurs destins. Celui de Sarah d’abord, l’autrice, qui réalise un documentaire télévisé consacré à l’orchestre et qui accompagne ses membres lors de leurs voyages. Et ceux de Sahar, Zarifa et Fazila, trois musiciennes confrontées chacune à une histoire familiale et une réalité sociale différentes. Sarah devient le trait d’union entre ces femmes et le reste du monde. Elle cherche à faire connaître leur histoire tandis que les musiciennes tentent, chacune à leur manière, de trouver leur place dans une société profondément patriarcale et de gagner leur liberté. Toutes sont guidées par la musique et une même volonté : montrer un autre Afghanistan, un pays qui ne se résume ni à la guerre ni aux talibans mais qui abrite une jeunesse qui espère et croit encore en son avenir.
© La symphonie de Kaboul – Sarah El Younsi et Léa Taillefert – Steinkis – 2026
Le destin de ces femmes, porté par la détermination d’un homme qui fait rayonner la culture afghane aux quatre coins du monde, touche en plein cœur. À travers leur histoire, c’est aussi celle des droits des femmes en Afghanistan qui se dessine avec ses avancées, ses espoirs et ses violents retours en arrière. La symphonie de Kaboul est le récit d’une liberté acquise par la musique puis menacée par l’Histoire, autour de femmes qui, malgré tout, continuent de faire entendre leurs voix.
© La symphonie de Kaboul – Sarah El Younsi et Léa Taillefert – Steinkis – 2026
La couleur de l’Afghanistan
Ce qui frappe d’emblée visuellement dans cet album, c’est la couleur, la joie, la luminosité qui s’en dégagent. La couverture, particulièrement réussie, semble vibrer autour de ces femmes qui jouent de la musique tout en laissant affleurer une tension palpable : les barbelés et la présence d’une femme qui les observe derrière un rideau semblent rappeler que cette joie est fragile. Le dessin, sans contours francs, apporte une grande douceur presque picturale. Le trait réaliste s’accompagne de nombreux jeux d’ombres et dégradés de couleurs. Parfois déstabilisants sur les visages, ils donnent à l’album une identité singulière, particulièrement pertinente au regard de ce qu’il raconte.
© La symphonie de Kaboul – Sarah El Younsi et Léa Taillefert – Steinkis – 2026
La symphonie de Kaboul nous rappelle le prix de la liberté dans certains pays. L’album nous livre une voix fragile mais essentielle, celle des artistes qui continuent de croire et d’espérer, envers et contre tout. Et l’on ne peut que souhaiter que le slogan « la musique adoucit les mœurs » trouve un écho particulier en Afghanistan.
Une chronique écrite par : Claire
Informations sur l’album :
- Scénario : Sarah El Younsi
- Dessin : Léa Taillefert
- Couleurs : Léa Taillefert
- Éditeur : Steinkis
- Date de sortie : 27/08/2026
- Pagination : 128 pages en couleurs
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