J’ai toujours rêvé d’être un fermier
Talentueux dessinateur de bandes dessinées, Jean Harambat mène une carrière nourrie d’expériences diverses : passion pour l’histoire, mission humanitaire au Libéria ou encore jeunesse passée sur les terrains de rugby. Avec J’ai toujours rêvé d’être fermier, l’auteur tisse un lien fort entre son enfance rurale et l’achat d’une vieille ferme gasconne.

Fermier : « le métier des derniers aventuriers », selon la mère de Jean Harambat. L’auteur a grandi à la campagne, mais cette jeunesse rurale s’est brusquement frottée à ses excellents résultats scolaires, qui l’ont conduit vers des études l’éloignant du monde agricole. Parti au Libéria comme logisticien pour l’ONG Action contre la faim, il en revient amaigri et malade, vaincu par un virus tropical. De retour dans la ferme de son enfance, il est embauché comme ouvrier agricole par son frère.
Sa reconstruction passe par l’achat de La Bouyrie, une vieille ferme située sur les terres de ses ancêtres. C’est le début d’une rénovation intensive du bâtiment, mais aussi de l’ensemble du paysage qui l’entoure.
Filiation avec Henry David Thoreau
Le récit de J’ai toujours rêvé d’être fermier est constitué de saynètes consacrées à la vie paysanne. La rénovation de la ferme devient une invitation à mieux comprendre le monde rural, ses difficultés au XXIᵉ siècle, mais aussi à envisager autrement la nature et le paysage. Le quotidien de Jean Harambat est nourri de ses propres racines paysannes, mais également de ses expériences passées dans les fermes de Tasmanie. Il convoque aussi les philosophes de la Grèce antique, tels que Xénophon, pour qui la nature fait écho à l’expérience humaine : comprendre l’une, c’est comprendre l’autre.
L’auteur évoque avec poésie la transmission du geste paysan et ce fameux bon sens grâce auquel l’homme dialogue avec la nature lorsqu’il façonne son paysage. Au fil des rénovations et du travail manuel, il éveille la conscience de ses lectrices et de ses lecteurs en les interrogeant : « Mesurons-nous ce qu’il coûte d’exclure la main de nos vies ? De rompre l’alliance immémoriale de la main et de l’esprit ? » Henry David Thoreau ne disait pas autre chose, cent quatre-vingts ans plus tôt, dans Walden. Entre les deux hommes se dessine une filiation : celle d’une vie menée au plus près de la nature, source de réflexions écologiques et philosophiques sur le sens de l’existence.

Carnet de voyage rural
On pourrait croire que le dessin de Jean Harambat repose sur une économie du trait, à nouveau ce bon sens paysan qui va à l’essentiel. Ce n’est pas tout à fait faux. J’ai toujours rêvé d’être fermier, tient du carnet de voyage rural. À l’image de la rénovation de sa ferme, où chaque geste prépare et rend possible le suivant, chaque illustration constitue une étape essentielle dans la progression du récit.
Les récitatifs servent de fil conducteur et apportent une dimension philosophique à la compréhension des écosystèmes, mais aussi des comportements humains. Les dialogues, plus rares – un côté taiseux – insufflent pourtant une forme de fraîcheur au quotidien de Jean Harambat et de son entourage. On ne parle que lorsque la conversation apporte une véritable plus-value aux travaux de rénovation. On discute utile.

L’homme est responsable du paysage
La France a perdu environ 75 % de ses paysans en cinquante ans. Rien qu’au cours des quatre dernières années, selon une récente étude publiée par le ministère de l’Agriculture, près de 40 000 exploitations agricoles ont disparu. Il existe aujourd’hui une rupture nette entre le monde rural et les espaces urbains. Pourtant, une grande partie des quinquagénaires ont au moins un grand-parent qui était paysan ou qui vivait en milieu rural. J’ai toujours rêvé d’être fermier, ce n’est pas un hommage funèbre à un monde qui disparaît. C’est avant tout le récit d’un univers où l’entraide s’oppose à la loi du plus fort.

Au fil de son récit, Jean Harambat démontre l’importance d’un lien étroit entre l’être humain et le monde du vivant. « L’harmonie est à considérer », écrit-il, rappelant que l’homme est responsable du paysage. Il ne propose pas une vision nostalgique de la ruralité, mais offre plutôt une clé pour mieux appréhender collectivement les changements à venir, en invitant aussi bien les ruraux que les citadins à préserver l’équilibre de la nature.
Chronique écrite par : Bruce Rennes
Informations sur l’album :
- Scénario : Jean Harambat
- Dessin : Jean Harambat
- Couleur : Jean Harambat – Isabelle Merlet – Benjamin Pancheri (préparation)
- Éditeur : Dargaud
- Date de sortie : 10/04/2026
- Pagination : 112 pages en couleurs
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