Eclepsis tome 1
Pour son premier album, Aloïs propose un récit mêlant fantasy et question de genre. Cette dernière thématique est de plus en plus mise en avant au travers des différentes œuvres de fiction, parfois à l’excès, allant jusqu’à supplanter leur intrigue principale. Mais ici, l’auteur arrive à doser les deux, au point de transformer des question de plus en plus actuelles en un récit magique et entraînant.

©Dargaud – Eclepsis – Aloïs
Naig est une jeune sorcière, et suit l’enseignement de sa maîtresse, avec Rozenn son amie. Mais bien qu’elle aime la magie apprise sur son île, la jeune femme s’intéresse d’un peu trop près à l’occultisme. Surtout qu’elle se sent mal dans sa peau. Grâce aux pouvoirs combinés de la sorcellerie et de l’ésotérisme, appris en cachette, elle se transforme en homme. Mais les règles de son île sont strictes : seules les femmes peuvent exercer la magie, et uniquement la sorcellerie. Naig, s’appelant désormais Basile, quitte donc son île, Gouès, pour tenter d’étudier les sciences occultes sur l’île d’Eclepsis, un endroit où les filles ne sont pas les seules à pouvoir lancer des sorts. Mais leur utilisation est-elle compatible avec celle de la sorcellerie ?

©Dargaud – Eclepsis – Aloïs
Le fantastique au service de l’acceptation
Même si la transidentité de Basile est le point de départ de son aventure, l’histoire ne tourne pas autour de ce sujet à l’excès. Il y a bien d’autres références à la communauté LGBT à quelques endroits du livre, comme un baiser au second plan, mais le sujet est loin d’être mis en avant plus que ça. En parcourant l’album, le lecteur va découvrir une histoire de sorcière et de magie comme on en trouve de plus en plus souvent. D’autres romans graphiques suivent le même fil conducteur, tel que le Garçon Sorcière, les Enfants du Solstice ou Rebis, mais chacun des quatre fait passer l’aventure avant les questions de genre, ce qui permet de ne pas alourdir la lecture avec des questions intimes, mais bien de découvrir un nouveau monde par les yeux des personnages.

©Dargaud – Eclepsis – Aloïs
Lire sur un visage comme dans un livre ouvert
Le visage de Naig (Basile) est plutôt androgyne : le lecteur est ainsi moins perturbé lors de sa transformation vers le sexe opposé. C’est seulement grâce à quelques détails habiles qu’Aloïs parvint à faire comprendre que Naig est devenue Basile, comme par exemple la taille des sourcils, plus épais en tant qu’homme. En plus de ça, son visage est une vraie mine d’information : il est très expressif, et certaines de ses mimiques vont jusqu’à faire sourire, et remplacent n’importe quelle phrase. Même ses cheveux délivrent des informations : grâce à eux, il est plus facile de se rendre compte du temps qui passe au fur et à mesure qu’ils poussent.

©Dargaud – Eclepsis – Aloïs
La manière de comparer la question du genre à divers types de magie est un combo qui marche : il permet d’inclure les personnes queer sans pour autant mettre les autres au rebut. Alors que l’histoire se finit par un traître « à suivre » le lecteur, tenu en haleine jusque-là, ne peut qu’attendre la suite en imaginant ce qu’il pourra arriver à Basile.
Chronique écrite par Séréna MORCIANO
Informations sur l’album :
- Scénario : Aloïs
- Dessin : Aloïs
- Couleur : Aloïs
- Éditeur : Dargaud
- Date de sortie : Le 23 Mai 2025
- Pagination : 224 pages en couleurs
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