Avec Calvitie, Florence Dupré La Tour s’empare d’un complexe typiquement masculin – la perte des cheveux – pour livrer une fiction pleine d’humour, bien plus profonde qu’il n’y paraît. Car derrière cette histoire de crâne dégarni, l’autrice interroge avec malice les injonctions liées à l’apparence et à la virilité.
© Calvitie – Florence Dupré La Tour – Glénat – 2026
Emmanuel travaille dans la mode et connaît un certain succès auprès des femmes. Sûr de lui et confiant dans l’avenir, il semble avoir tout pour réussir. Il ne jure que par le physique et nourrit des convictions bien arrêtées sur la beauté et la réussite. Jusqu’au jour où un stagiaire lui lance « Tu perds tes cheveux » en pleine réunion. Sa vie bascule, lui qui ne s’était rendu compte de rien…
© Calvitie – Florence Dupré La Tour – Glénat – 2026
« Le pouvoir des tifs »
Pour Emmanuel, l’équation est simple : être chauve, c’est vieillir. Et s’il y a bien une chose qu’il refuse catégoriquement, c’est de voir apparaître sur son visage et son corps les signes du temps qui passe. Il se lance alors dans une véritable quête pour retrouver ses cheveux, quitte à sombrer dans une obsession qui prend rapidement un tour démesuré.
À travers ce personnage qu’elle n’épargne jamais, Florence Dupré La Tour dresse un réjouissant panorama de ce qui fait qu’on est – ou plutôt de ce qui fait qu’on se sent – homme. Emmanuel voit sa confiance en lui s’effondrer dès lors qu’il estime ne plus correspondre aux standards de beauté qu’il s’est lui-même imposés. Il se focalise sur son crâne alors que son entourage, et notamment les femmes, n’y accorde que peu d’importance.
© Calvitie – Florence Dupré La Tour – Glénat – 2026
L’autrice décortique les représentations liées à la calvitie : la vieillesse, la maladie, la perte de séduction ou encore le déclin physique. Elle détourne ces clichés avec beaucoup d’ironie et les pousse jusqu’à l’absurde, donnant à cet album une tonalité irrésistiblement drôle. Sous la légèreté du récit se dessine une réflexion plus sérieuse sur la fragilité de l’estime de soi. Il suffit parfois d’une remarque ou d’un regard pour fissurer l’image que l’on a construite.
Une invitation à voir au-delà des apparences
À travers les mésaventures d’Emmanuel, Florence Dupré La Tour questionne plus largement la place disproportionnée que nos sociétés accordent au paraître. En faisant de la perte de ses cheveux une véritable obsession pour Emmanuel, elle souligne, en creux, combien nous avons accepté et intériorisé des normes esthétiques sans jamais vraiment les questionner, tout en prenant au sérieux le mal-être bien réel que celles-ci peuvent engendrer.
© Calvitie – Florence Dupré La Tour – Glénat – 2026
Cette invitation à voir au-delà des apparences se prolonge jusque dans le dessin. Florence Dupré La Tour prend un malin plaisir à glisser dans ses planches de nombreuses références féminines et féministes, que le lecteur découvre en prenant le temps de s’attarder sur les images. C’est l’un des aspects les plus jubilatoires de l’album : derrière un trait volontairement simple se dissimule une multitude de clins d’œil et de détails, savamment disséminés. Ce décalage entre la simplicité du dessin et la richesse de ce qu’il renferme fait tout le sel de Calvitie. L’autrice nous invite à faire avec les images ce qu’elle nous encourage à faire avec les individus : regarder au-delà de la surface.
Piquant et plus subtil qu’il n’en a l’air, l’album Calvitie démonte les diktats de l’apparence et de la virilité. Florence Dupré La Tour rappelle une chose essentielle : ce qui importe, c’est le regard que l’on porte sur soi.
© Calvitie – Florence Dupré La Tour – Glénat – 2026
Une chronique écrite par : Claire
Informations sur l’album :
- Scénario : Florence Dupré La Tour
- Dessin : Florence Dupré La Tour
- Couleurs : Florence Dupré La Tour
- Éditeur : Glénat
- Date de sortie : 02/09/2026
- Pagination : 128 pages en couleurs
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