Avant d’être le vingtième titre de la collection Marcel Pagnol de Grand Angle, Naïs était l’adaptation cinématographique, en 1945, par le réalisateur marseillais de la nouvelle, relativement méconnue, Naïs Micoulin d’Émile Zola, se déroulant elle-même dans la cité fosséenne. L’immortel Fernandel y côtoyait la jeune actrice Jacqueline Bouvier, qui deviendra l’épouse de Pagnol et l’inoubliable interprète de Manon des Sources. C’est donc aujourd’hui dans le Neuvième Art que le chef d’œuvre de Pagnol fait l’actualité, sous le stylo d’Éric Stoffel et les pinceaux de David Ratte.

Naïs Grand Angle couverture

© Naïs – Stoffel/Ratte/Atomix – Grand Angle, Bamboo – 2026

Naïs Micoulin vit dans la campagne provençale avec son père qui exploite une ferme pour la riche famille Rostaing, d’Aix. Alors qu’elle se rend à la ville pour livrer à ses propriétaires leur part de la récolte, elle croise le fils de la famille, Frédéric. Ces deux-là se sont déjà vus plusieurs fois, pendant des séjours des Rostaing à la ferme Micoulin et, la dernière fois, à l’adolescence, avaient même flirté. Lorsque Frédéric voit la superbe femme que Naïs est devenue, il tombe sous le charme et décide d’en faire sa nouvelle conquête. Il retourne alors quelques semaines à la campagne avec ses parents, où il retrouve également Toine, son ami bossu au grand cœur, lui-même amoureux de Naïs mais pragmatiquement conscient des faibles chances de réciprocité. Toine est devenu à la fois un ami, un confident et un protecteur pour Naïs, notamment face au père Micoulin souvent agressif avec sa fille. Un tempérament explosif qui risque de faire des ravages s’il apprend la romance entre la jeune femme et Monsieur Frédéric.

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© Naïs – Stoffel/Ratte/Atomix – Grand Angle, Bamboo – 2026

« Je te tutoie quand je suis seul avec vous »

Le marseillais Pagnol qui réécrit le parisien Zola, ça a de quoi émoustiller plus d’un amateur de littérature française : les bons mots chantants du premier qui se posent sur la verve intimement tragique du second, avec toutefois une conclusion beaucoup plus positive que celle de la nouvelle originelle. Sans pour autant égaler les triomphes de sa trilogie marseillaise ; Marius, Fanny et César ; ou de la Fille du puisatier, le film Naïs rencontra un succès important. Il marqua, en effet, le grand retour au premier plan de Marcel Pagnol après la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il avait dû, pour ne pas être récupéré par l’occupant, brûler les pellicules de son film en cours, La Prière aux étoiles, et vendre ses studios.

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© Naïs – Stoffel/Ratte/Atomix – Grand Angle, Bamboo – 2026

C’est donc tout naturellement que Naïs trouve sa place dans la collection dédiée à Marcel Pagnol éditée par Grand Angle et supervisée par Nicolas Pagnol, petit-fils de Marcel et garant de la transmission de l’œuvre, aussi magnifique que variée, de son illustre grand-père. Comme d’habitude, c’est le scénariste Éric Stoffel qui se charge de l’adaptation en bande-dessinée, alors qu’un nouveau dessinateur fait son apparition dans la collection. Après, entre autres, Marko, Morgann Tanco, Eric Hübsch, Sébastien Morice, Christelle Galland, Efix, Amélie Causse ou encore Winoc, c’est au tour du prolifique David Ratte d’illustrer la magie de la Provence pagnolesque.

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© Naïs – Stoffel/Ratte/Atomix – Grand Angle, Bamboo – 2026

« Ça sera quelque chose à crever l’œil d’un borgne ! »

Comme ses prédécesseurs, David Ratte n’essaie pas de reproduire les comédiens de Pagnol mais insuffle au récit sa propre patte graphique. Le dessinateur, dont la bibliographie regorge de pépites comme Le Voyage des Pères, Toxic Planet ou encore le récent Whisky, aux côtés de Bruno Duhamel, convoque ses propres acteurs : une Naïs d’une beauté très moderne aux côtés d’autres personnages aux yeux presque exorbités, une des marques de fabrique de l’illustrateur. Mention spéciale pour Toine dont les expressions sont si convaincantes que même les fans de Fernandel seront touchés par sa bienveillance et sa bonhommie.

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© Naïs – Stoffel/Ratte/Atomix – Grand Angle, Bamboo – 2026

Les décors sont totalement immersifs et on y entendrait presque chanter les cigales si chères à Pagnol, avec des couleurs aussi chaudes que le cœur de Toine. David Ratte, comme toujours, maîtrise également à la perfection sa mise en scène, s’adaptant aux émotions véhiculées par chaque instant, par chaque case. Le classicisme de Pagnol est de la partie avec des scènes débutant par des cases larges de contextualisation situations puis les plans suivent les personnages, se rapprochant d’eux, parfois dans de très gros plans, quand l’intensité de leurs propos l’impose. C’est classique, mais efficace et vraiment cinématographique.

Naïs Grand Angle planche

© Naïs – Stoffel/Ratte/Atomix – Grand Angle, Bamboo – 2026

Le dessin se met alors réellement au service du récit, alternant comédie purement pagnolesque à la tragédie de Zola, le tout dans ce qui pourrait être décrit comme un thriller de l’intime. Le drame s’annonce rapidement, paraît inévitable et Éric Stoffel, tout comme Pagnol et Zola avant lui, parvient à captiver le lecteur dans une tension grimpant tranquillement mais inexorablement. Et puis, il y a cette double page, superbe, dans laquelle Toine raconte son enfance, avec des mots émouvants et une mise en page simple mais belle. C’est d’ailleurs au gentil bossu que reviennent les phrases les plus touchantes de l’album, des bons mots parfois drôles et sarcastiques, souvent touchants dans leur honnêteté, toujours très fins et percutants : « J’ai peut-être le cœur plus gros qu’un autre mais je n’y ai pas de mérite, j’ai la place ».

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© Naïs – Stoffel/Ratte/Atomix – Grand Angle, Bamboo – 2026

Naïs, comme la plupart des titres de la collection Marcel Pagnol, c’est une bande-dessinée qui se lit à voix haute « avé l’accent, peuchère». Un moment à la fois doux par la naïveté de Naïs et la bienveillance de Toine, captivant par son intrigue montant en intensité, drôle par les dialogues exceptionnels de Pagnol, mais à la tragédie s’annonçant inévitable. Comme d’habitude, l’album se conclut par un petit dossier historique remettant le film de Pagnol dans son contexte.

Chronique écrite par : Cédric « Sedh » Sicard

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© Naïs – Stoffel/Ratte/Atomix – Grand Angle, Bamboo – 2026

Informations sur l’album :

  • Scénario : Éric Stoffel
  • Dessin : David Ratte
  • Couleurs : Atomix & David Ratte
  • Éditeur : Grand Angle
  • Date de sortie : 01/07/2026
  • Pagination : 72 pages en couleurs
Naïs Grand Angle p28

© Naïs – Stoffel/Ratte/Atomix – Grand Angle, Bamboo – 2026

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