Tout mais pas Beyrouth
Mathieu Diez s’associe au dessinateur Jibé pour raconter dans un roman graphique les péripéties de ses quatre années comme attaché à l’ambassade française à Beyrouth, au Liban. Tout mais pas Beyrouth est à l’image de la capitale où se déroule le récit : dense, intense, un peu chaotique. Attachant.

Beyrouth, novembre 2024. Le noir du ciel qui s’étend au-dessus de la capitale libanaise essayant de dormir est déchiré par des explosions lumineuses d’où s’élèvent de larges volutes de fumée. À peine sonné malgré le bruit, Mathieu Diez allume une cigarette, tire sur le bout d’un rouleau de scotch et scelle dans un carton ce qu’il reste de ses affaires.
Quatre ans plus tôt, ce Français, spécialiste du livre et en particulier de la bande dessinée, postulait depuis le calme de sa maison lyonnaise pour partir travailler dans le réseau culturel français à l’étranger. Sur les huit villes pour lesquelles il avait posé sa candidature, une seule avait vraiment retenu l’attention de sa mère. « Tout, mais pas Beyrouth ! », lui avait-elle assené.
Mais qu’à cela ne tienne. Quelques mois plus tard, c’est bien pour le Liban que Mathieu s’envolait avec sa femme et leurs deux enfants, pour un bout de chemin au Moyen-Orient qui les marquerait durablement.

Immersion totale dans Beyrouth
Récit autobiographique, Tout mais pas Beyrouth raconte les quatre années passées par Mathieu Diez et sa famille au Liban avant qu’ils ne soient brusquement rattrapés par la guerre.
Avec ses 245 pages, ce roman graphique bien fourni brosse un portrait complexe, réaliste et attachant de la capitale libanaise et de ses habitants. Si le point de vue de Mathieu Diez, en tant qu’attaché « livre et débat d’idées » à l’ambassade de France, ne peut forcément pas totalement correspondre à la réalité vécue par un Libanais, le scénario fait l’effort d’apporter du contexte et des éléments historiques pour permettre au lecteur de mieux appréhender les enjeux et le quotidien des habitants de ce pays coincé entre la Méditerranée, la Syrie et Israël.

Du travail acharné de Mathieu et de ses collègues pour créer des événements culturels riches pour les Beyrouthins, aux bombardements que la capitale, surnommée en son temps « le Paris du Moyen-Orient », subira après les événements du 7 octobre 2023*, l’immersion est totale et réussie. Sans le mettre en scène, Mathieu Diez prend le lecteur par la main et l’emmène avec lui dans son quotidien et dans celui de sa famille, dans un rythme soutenu qui raconte autant ses joies que ses peurs.
Des personnages à l’expression douce
Si le visage de Beyrouth est plus propre dans ce roman graphique qu’en réalité, le trait franc de Jibé rend malgré tout un bel hommage à la capitale libanaise, croquant tout au long du récit ses places et monuments célèbres. Pensé lors de certains passages comme un manuel illustré d’histoire-géo, « Tout mais pas Beyrouth » reproduit fidèlement les cartes et figures historiques connues du Liban et de la région.

Le dessin réussit le tour de force d’apporter de la légèreté constante malgré le ton parfois plus dur du récit, grâce à l’expression relativement douce des personnages, et notamment de Mathieu Diez, résolument optimiste.

La mise en couleurs laissera cependant un peu le lecteur sur sa faim, tout comme le manque de grandes cases de paysages – le pays offre pourtant largement de quoi en dessiner. Le choix de n’apporter qu’une seule couleur (en plus du trait noir) à la majorité des cases rend le dessin moins profond que ne le laisse penser la couverture. Dommage, surtout pour rendre compte d’un pays où la lumière est aussi omniprésente.
Le travail sur les nuances de gris et de noir qui donne à voir Beyrouth sous les bombes est, lui, particulièrement réussi. Même à des milliers de kilomètres, impossible de ne pas ressentir le cauchemar vécu dans la capitale et la tension qui envahit chaque jour un peu plus Mathieu.

Alternant entre analyse historique, politique, géographique, et vécu quotidien, ce récit autobiographique offre une belle immersion dans Beyrouth, théâtre souvent malgré elle d’autant d’images de beauté que de destruction.
Une chronique écrite par : Emmeline Van den Bosch.
*Le 7 octobre 2023, le Hamas a lancé une série d’attaques contre des localités civiles et bases militaires israéliennes du pourtour de la bande de Gaza. Israël a répliqué en imposant à l’enclave palestinienne un siège, des bombardements intensifs, et une invasion terrestre du territoire. La guerre s’est ensuite étendue à d’autres pays du Moyen-Orient, et notamment au Liban, qui a également subi de nombreux bombardements israéliens.
Informations sur l’album :
- Scénario : Mathieu Diez
- Dessin : Jibé
- Couleurs : Jibé
- Editeur : Delcourt
- Date de sortie : 05/03/2026
- Pagination : 245 pages en couleurs
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